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Commentaires

Esthétique de la violence

Il n'y a pas si longtemps, les films de cinéma engrangeaient des millions dès leur première semaine de sortie et ça faisait les gros titres. Aujourd'hui, plus besoin d'aller faire la queue devant le Rex ou le Trianon. Le cinéma vient chez vous et c'est un cinéma dont vous êtes le héros.

Derniers commentaires

Fort instructive chronique, comme d'hab.

Pour illustrer la violence j'aurais bien vu aussi une petite gravure de Jacques Callot

A regarder en écoutant "Strange Fruit" de Billie Holiday, bien sûr. (que je crois qu'Alain l'a déjà évoqué il y a peu)
Une chronique très intéressante. Ayant un peu joué aux premiers call of duty, il y a quelques années, je suis un peu parti pris.
Merci Alain Korkos. En différenciant Esthétique et Beau, vous pourriez presque faire de moi un amateur d'art. je suis très fan de cette analyse esthétique de la violence comme catharsis. La violence doit elle être chassée, bannie, méprisée, crainte, soignée ou bien doit elle être apprivoisée, gérée.... Une autre façon de s'interroger sur notre animalité, et le fantasme qu'est l'humanité.
Ce qu'il y a de bien avec les chroniques d'Alain Korkos, c'est que non seulement elle comble les béances de votre inculture, mais elle corrige aussi les errances de vos certitudes: j'avais toujours cru que les Sabines de David, c'était L'enlèvement. Et non. C'était L'intervention. Et Wikipédia de préciser: L'enlèvement, c'est Poussin. Nicolas Poussin. Et tout ça dans la bonne humeur et sans cuistrerie.
Merci.
Call of Duty = jeux vidéo = violence est un peu rapide. Après tout pourquoi pas Rambo 2 = cinéma = violence?
Il serait néanmoins intéressant de faire une émission sur le jeux vidéo dans les médias. Violence, dépendance, otaku, terrorisme, problèmes de santé: la plupart des médias traditionnels ne traitent ce sujet que sous cet angle apocalyptique. Pourtant beaucoup de gens jouent (et pas qu'à des jeux violents).
De nombreuses personnes se mettent à regarder du sport électronique (e-sport), les streams de parties professionnelles ou de tournois se multiplient dans le monde entier avec de fortes sommes en jeux (le meilleur joueur hors Corée sur Starcraft 2 est un français, il est très connu pour des milliers de personnes et vit très bien financièrement: avec un salaire de 8000e/mois et près de 250000e de gains sur 1 an), des structures se mettent en place et les finales Starcraft 2 ont rempli le Grand Rex plus rapidement que n'importe quel chanteur, pourtant tout ça passe par des médias nouveaux (webTV par exemple) tant tout ceci semble boudé par la télévision (même les chaînes spécialisées). Le seul reportage sur l'e-sport (qui ne soit pas un "au secours les jeux vidéos vont nous bouffer") date d'il y a 5 ans sur France 5.
Dediou, même le curling a droit à plus d'intérêt de la part des médias.
J'écris juste pour dire qu'écrire "martyrs [...] découpés en fines lamelles" juste après avoir évoqué Carpaccio m'a fait bien rire... La meilleure blague de maître Korkos depuis longtemps...
Il y a une petite nuance entre dire "la beauté de la violence" et "l'esthétique de la violence".
Mais laquelle?
Aucune idée.

Est-ce que le côté "beau" nous rend la violence désirable, agréable? Comme le seraient une femme avec du rimmel, du mascara, du rouge à lèvres et aux joues tout à la fois poudrées, ou un homme le mollet galbé par un bas blanc et la perruque aux longues anglaises dévoilant la dentelle du col (ouais à une autre époque, dacodac)?
Je ne crois pas. C'est le côté jeu qui nous vend la violence ou l'intrigue quand il s'agit d'un film. L'esthétique est dans le jeu, dans le scénario tout autant que dans le visuel.

Bon au niveau de l'individu quand se rompt l'équilibre entre la réalité et l'imaginaire, j'ai fait un sondage rapide: c'est 100% à cause de la réalité.
C'est pourquoi on préfère incriminer le rapport à l'imaginaire, souvent l'homme tourne le dos à l'évidence pour se mettre à l'abri. On se dit qu'on aura plus de prises et ça nous arrangerait car question réalité, on a comme un pré-sentiment que c'est fichu, l'impact est irréversible à un moment donné.
Donc les romans, le cinéma, la télé, les jeux vidéo, l'internet, par ordre d'apparition et en évitant de remonter à Mathusalem, sont des plaies.
La solution à tous les problèmes me semble toute trouvée.
La pensée esthétique courante, abusivement nommée "classique", se réduit au "beau" et l'oppose tacitement à tout le reste, soit: le laid ou l'indifférent. Mais il existe aussi, depuis Kant, une pensée critique de l'esthétique, dont on n'enseigne évidemment qu'une partie, et encore dogmatiquement: celle consacrée à la faculté de juger portant sur la beauté. Mais Kant la fait suivre par une seconde partie portant, elle, sur le sublime, soit le grand, mais aussi l'effrayant: ce à quoi nous répugnons parce qu'il signifie destruction. Et Kant, comme pour le beau, n'entend pas par là seulement, ni d'abord, l'oeuvre d'art, mais le réel, naturel, ou politique: contemporain de la Révolution française, il en a jugé la grandeur doublement: célébré l'éveil de tout un peuple à la liberté, mais condamné aussi par après le crime commis contre la royauté. Plus que d'esthétique, il faudrait parler ainsi, en reprenant le terme forgé par Merleau-Ponty, d'esthésiologie, soit une pensée libérée de l'académisme en lequel finit toujours par verser l'esthétique, fût-ce en prétendant s'y opposer: comme ceux que Rezvani appelait les "anartistes".

De sorte qu'il y aurait, à cette éblouissante lumière confinant à la plus totale obscurité, à reconsidérer la beauté. Car si, "la beauté sauvera le monde" (Baudelaire), comme elle l'a toujours fait, il faut bien éprouver qu'il n'y a de beauté que conquise à l'épreuve de l'horrible. Et que la catharsis dont Aristote fit le ressort de la tragédie a pour principe l'expérience d'Oedipe à Colone ou d'Hamlet : celle du ne pas être, et, même, de préférer n'être pas, n'être plus...

À la lumière de quoi toutes les violences n'apparaissent que pour ce qu'elles sont: d'inesthétiques contrefaçons.
Le jeu vidéo s'appel call of duty BLACK ops 2 et non call of duty Ops 2...

Je m'attendais à mieux comme analyse...
Les photos des infirmes sont vraiment impressionnantes.

Je ne connais pas ces jeux video mais vraiment je ne suis pas tentée. En revanche je m'interroge sur une chose que j'observe depuis un petit mois. Dans le couloir de métro qui me permet de me rendre à mon travail chaque matin sont installées maintenant des publicités sur écran. En ce moment, elles vantent un jeu video de castagne intergallactique à ce que j'ai compris. Et c'est là que je m'interroge : le CSA pour la télévision dispose d'un barème pour les moins de 18 ans etc. Ces publicités ne sont-elles pas incluses dans le périmètre du CSA. Je pose la question parce que dans le métro il y a aussi des enfants qui passent et qui sont exposés à cette violence. Et sans filtre manifestement ...
Quelqu'un saurait il me répondre ?
Soir de bataille

Le choc avait été très rude. Les tribuns
Et les centurions, ralliant les cohortes,
Humaient encor, dans l'air où vibraient leurs voix fortes,
La chaleur du carnage et ses âcres parfums.

D'un oeil morne, comptants leurs compagnons défunts,
Les soldats regardaient, comme des feuilles mortes,
Tourbillonner au loin les archers des Phraortes,
Et la sueur coulait de leurs visages bruns.

C'est alors qu'apparut, tout hérisse de flèches,
Rouge du flux vermeil de ses blessures fraîches,
Sous la pourpre flottante et l'airain rutilant,

Au fracas des buccins qui sonnaient leur fanfare,
Superbe, maitrisant son cheval qui s'effare,
Sur le ciel enflammé, l'Imperator sanglant.

José Maria de HEREDIA
Poème sur le désastre de Lisbonne

O malheureux mortels ! ô terre déplorable !
O de tous les mortels assemblage effroyable !
D’inutiles douleurs éternel entretien !
Philosophes trompés qui criez : « Tout est bien » ;
Accourez, contemplez ces ruines affreuses,
Ces débris, ces lambeaux, ces cendres malheureuses,
Ces femmes, ces enfants l’un sur l’autre entassés,
Sous ces marbres rompus ces membres dispersés ;
Cent mille infortunés que la terre dévore,
Qui, sanglants, déchirés, et palpitants encore,
Enterrés sous leurs toits, terminent sans secours
Dans l’horreur des tourments leurs lamentables jours !
Aux cris demi-formés de leurs voix expirantes,
Au spectacle effrayant de leurs cendres fumantes,
Direz-vous : « C’est l’effet des éternelles lois
Qui d’un Dieu libre et bon nécessitent le choix ? »
Direz-vous, en voyant cet amas de victimes :
« Dieu s’est vengé, leur mort est le prix de leurs crimes ? »
Quel crime, quelle faute ont commis ces enfants
Sur le sein maternel écrasés et sanglants ?
Lisbonne, qui n’est plus, eut-elle plus de vices
Que Londres, que Paris, plongés dans les délices :
Lisbonne est abîmée, et l’on danse a Paris.
Tranquilles spectateurs, intrépides esprits,
De vos frères mourants contemplant les naufrages,
Vous recherchez en paix les causes des orages :
Mais du sort ennemi quand vous sentez les coups,
Devenus plus humains, vous pleurez comme nous.

(...)
Voltaire 1756
Vous n'abordez pas un élément essentiel du type "Jeux vidéo", c'est-à-dire l’interactivité. Il ne s'agit plus uniquement de représentation de la violence passive, dans laquelle le spectateur ressent l’œuvre mais n'y contribue pas, n'agit pas en elle.

Le jeux vidéo, grâce a l'informatique, permet d'influer sur ce qu'il se passe. Dans certains jeux vidéos, comme Alpha Protocol, le joueur peut choisir de tuer ou de ne pas tuer le chef d'un groupe terroriste, de prendre ou non l'argent de telle mission etc. Ces actes ont une influence sur la suite de l'histoire.

En ce qui concerne les représentations, il faut bien voir qu'il s'agit d'une suite de réappropriations. Le jeu vidéo s'inspire du cinéma qui lui même s'inspire de la peinture. Par exemple, les arènes romaines pour la gladiature proviennent d'un tableau de Gérôme. Les autres médias ont utilisés cette représentation et encore aujourd'hui, on représente l'arène de cette manière.

Finalement, la violence dans les jeux vidéos est différente de celle des œuvres classiques. Le joueur peut recommencer à loisir sa partie, tenter différentes stratégies et n'a pas la problématique de la mort physique.

Enfin, il faut noter que l'armée américaine, entre autre, utilise le jeu vidéo pour recruter de jeunes soldats.
Diderot avait-il la cataracte? Il n'a pas les mêmes cheveux non plus, la couleur, la quantité... (si mon sens de l'observation peut aider, le Louvre, le figaro)

Si David fut un genre de photoshopeur de la peinture, alors Fragonard en est le paparazzi, il faisait des portraits en douce sans faire poser le modèle, des portraits volés, de mémoire. D'ailleurs des fois "ça bouge", l'image.
"Scarlett O'Hara et C-3PO peuvent bien continuer de gesticuler à l'avant du Titanic en mangeant des frites"

J'ai raté ce remake et c'est dommage, il devait être sympa. ;)

(J'imagine que C-3PO était une version antérieure à C-6PO)
Mouais la catharsis mon œil.
Je crois qu'on est simplement dans l'habituation des masses à la violence, hétéro ou autoagressive.
La question que je me pose c'est comment la violence fait consommer, parce que bon c'est ça le but, quoi.
En passant par le sexe car malheureusement, dans un modèle patriarcal le sexe est défini comme prédateur pour les hommes et prédaté (haha) pour les femmes (ne hurlez pas je parle de grande tendance, le mainstream).
Bref on n'est pas rendu·e·s et la violence n'a rien d'esthétique en fait.
Ca crie et ça pue.
That's all folks.
Juste un mot sur la première partie de la chronique pour dire qu'il y a boire et à manger dans la production actuelle :

Spec Ops : The Line (2012)

Le ton est légèrement différent d'un Call of Duty avec une sacrée mise en abîme sur le thème "T'as voulu être un héro"

après ça reste du pif paf pouf, je recharge et j'avance mais il y a des bon films de guerre non ?
Merci à Alain Korkos pour cette édifiante contribution à la compréhension du drame atroce qui frappe l'UMP.
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