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35 heures : l'inassumable réforme ?

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L’enterrement des 35 heures ?

Récit d’un basculement du droit du travail
par Jérôme Pélisse [05-09-2008]
La vie des idées.fr

Les trente-cinq heures ont-elles disparu ? En réalité, l’essaim de réformes
auxquelles elles ont donné lieu a surtout eu pour effet de modifier en profondeur
le droit du travail en France.

En réalité, la mise à mort juridique de la réduction du temps de travail a commencé dès l’automne 2002, avec un décret du ministre du Travail de l’époque, François Fillon, relevant les contingents d’heures supplémentaires de 130 à 180 heures par an. Cette mesure technique désactivait en effet la manière dont le gouvernement socialiste avait utilisé la durée légale pour promouvoir une politique de réduction de la durée effective du travail (...)

(...)Ce que démantèle le décret d’octobre 2002, élargi en décembre 2004 (le contingent maximal passe alors à 220 heures par an et par salarié), c’est une politique qui visait à réduire les durées effectives et collectives du travail, en utilisant un instrument qui ne l’avait plus été depuis 1982 et les ordonnances fixant à 39 heures la durée hebdomadaire légale du travail.(...)

De fait, dès 2000 – 2001, la gauche gouvernementale a souhaité limiter l’ampleur de cet électrochoc, qui a revivifié comme jamais la principale organisation patronale : en reculant en 2001, via des périodes transitoires, la date à partir de laquelle les petites entreprises allaient être concernées par ce nouveau seuil légal (prévu initialement à 2002 pour les entreprises de moins de 20 salariés), et surtout, dès la seconde loi Aubry adoptée en janvier 2000, en assouplissant les conditions d’obtention des aides financières promises aux entreprises qui passaient aux 35 heures.(...)Ainsi, dès la seconde loi Aubry, en n’exigeant plus un pourcentage minimal d’embauches ni une réduction de la durée du travail à mode de calcul constant pour obtenir les aides financières de l’État, la politique très volontariste et incitative de RTT était terminée. Autrement dit, dès 2000, le « carcan » si décrié des 35 heures – s’il a jamais existé tant, entre 1998 et 2000, l’incitation seule opérait – était largement assoupli. Après la seconde loi, seule restait une forte incitation à négocier, puisque, par contre, pour toucher ces fameuses aides, les employeurs devaient signer des accords majoritaires. La loi Fillon de 2003 généralise ces aides à toutes les entreprises, qu’elles soient passées aux 35 heures ou non, et, par un abaissement de la majoration salariale des heures supplémentaires pour les petites entreprises, neutralise la hausse des salaires qu’implique le maintien du seuil légal des 35 heures et le refus de la plupart de ces petites entreprises de négocier des accords et de réduire la durée effective du travail.(...)

Les mesures prises en juillet 2008 accentuent en effet trois processus antérieurs, initiés à l’orée des années 1980, approfondis par les modalités de mises en œuvre des 35 heures et constamment employés pour démanteler la RTT.

Décentralisation de la négociation collective

Loin de signifier une centralisation ou une uniformisation décidée autoritairement par l’État, les 35 heures ont en effet dopé les négociations collectives et accéléré leur décentralisation au niveau de l’entreprise. Il faut se déprendre du constat trop répandu, y compris à gauche, selon lequel les 35 heures pouvaient être une bonne idée, mais que l’État n’avait pas à les décider et qu’il fallait laisser faire la négociation [6]. Tout ou presque avait été essayé sans succès pour engager une RTT collective : négociations interprofessionnelles en 1984 et 1995 ; relances des négociations de branche en 1989 et 1996 ; dispositifs incitatifs en 1982, 1993 (amendement Chamard) et 1996 (loi Robien) ; etc. (...)

Car si la première loi d’orientation et d’incitation sur les 35 heures a été imposée lors d’une conférence sur l’Emploi en octobre 1997, la seconde loi, et surtout les modalités d’application du passage aux 35 heures, ont été très largement négociées, en particulier au niveau des entreprises. Certes, les acteurs de branche, sur initiative patronale, se sont emparés des 35 heures, revivifiant le rôle de ce niveau de régulation de manière inattendue. Il s’agissait en réalité déjà, dans certains cas, de vider de sa substance la réduction du temps de travail [7]. Mais, comme vont aussi le proposer constamment les textes ultérieurs visant à assouplir les lois Aubry, c’est bien une logique continue de décentralisation de la négociation collective que l’on peut repérer dans ce domaine, comme dans d’autres.

La loi adoptée cet été accentue encore ce processus, voire le pousse à son comble, en particulier en donnant le primat aux accords d’entreprise sur les conventions de branche dans la détermination des contingents d’heures supplémentaires.(...)

Dérogations

Combinée avec la précédente, la logique dérogatoire est aussi poussée à son comble, après avoir été, elle aussi, renforcée par les lois Aubry.(...)
elle ouvre un espace de négociation en permettant aux acteurs de branche, et de plus en plus d’entreprise, d’adopter des règles différentes, et surtout moins favorables aux salariés, que les règles légales. La dérogation vise en effet le principe de faveur, qui faisait qu’un texte de niveau inférieur (l’accord d’entreprise par rapport à la convention collective, la convention collective par rapport à l’accord interprofessionnel, ce dernier par rapport à la loi) ne pouvait être que plus favorable au salarié. Introduite en 1982 et alors très encadrée, cette logique dérogatoire « négative » a été progressivement étendue, dans le domaine du temps de travail, à de plus en plus de règles, en particulier en matière de flexibilité.(...)

La loi de juillet 2008 sur la représentativité et le temps de travail s’inscrit dans cette logique dérogatoire : elle étend par exemple le type de salariés qui peuvent se voir proposer un forfait jour, un statut qui déroge en tout point du régime légal du temps de travail puisque celui-ci n’est plus compté en heures mais en jours. En supprimant (par exemple en matière de modulation) ou en élargissant (pour les cadres) les contreparties justifiant ces dérogations, elle en fait de plus en plus la norme et de moins en moins l’exception. On sort en quelque sorte d’un cycle d’assouplissement du droit du travail qui passait par la négociation collective et l’existence de contreparties jugées suffisantes car collectives, pour aller vers une technique de modification du droit qui renforce la prérogative de l’employeur et le lien de dépendance individuel, affaiblissant la portée collective des règles du travail.

Surréglementation juridique et dérégulation pratique

La combinaison de ces deux processus de promotion et de décentralisation de la négociation collective d’une part, et d’élargissement des dérogations d’autre part, contribue ainsi à associer à une surréglementation juridique une dérégulation pratique accentuée du temps de travail.(...)
En approfondissant la combinaison entre surréglementation, dérogations et décentralisation des instances productrices de normes, la dernière loi sur le temps de travail contribue, après d’autres, au mouvement de « contractualisation de la société » et de « reféodalisation » analysé par A. Supiot [9].
Par ces expressions, ce juriste spécialiste du travail désigne une « hybridation de la loi et du contrat et le symptôme de la réactivation des manières féodales de tisser le lien social ». N’assiste-t-on pas, avec ces réformes prétendant « assouplir » et « sortir du carcan des 35 heures », à la concrétisation de cette intuition, qui transforme radicalement les manières de réguler le temps de travail, et peut-être plus largement, les fonctions et la nature du droit du travail ? Trois éléments présents dans la réforme votée cet été constituent autant d’indices de ce basculement.(...)
La contractualisation de plus en plus individualisée, et de moins en moins garantie collectivement des relations de travail [13] engage alors le droit de travail dans une voie inédite, qui affecte ses fonctions publiques – notamment protectrice et régulatrice – et les met au service de stratégies et de luttes privées, l’instrumentalisant comme un outil de gestion du travail et de concurrence entre les firmes, caractéristique du capitalisme actuel et des politiques qui le soutiennent.
Et pendant ce temps là : "Durant la dernière nuit de la session extraordinaire de l’Assemblée nationale, le 23 juillet, les députés de la majorité ont définitivement enterré la définition de la durée du travail des salariés"
Comment Sarkozy a effacé 90 ans d’acquis sociaux
"...En une petite heure à peine, les débats sont clos, après que le texte du projet de loi "portant rénovation de la démocratie sociale et réforme du temps de travail" est adopté...Pourtant, l’article L3121-38 précise bien que "la durée de travail de tout salarié peut être fixée par une convention individuelle de forfait en heures sur la semaine ou sur le mois." Cette simple mention ouvre la porte à la remise en cause de toutes les conditions de travail dans les entreprises. La date a même été fixée, au 1er janvier 2010, qui obligera toutes les entreprises à renégocier des accords..."
"...Le président de la République a cependant peut-être fait le plus beau cadeau à son opposition avec sa réforme récente de la Constitution. Le référendum d’initiative populaire peut devenir l’arme avec laquelle les contestataires parviendront à renverser la vapeur. Pour peu qu’un cinquième des élus propose l’abrogation de ce texte, en étant soutenu par quatre millions d’électeurs et la loi pourrait être annulée ! "
Bonjour les michels et michelines,

je passais juste pour passer mon engouement personnel au 35Heures, qui semble n'être partagé vraiment par pas grand monde... Je suis affligé par mes propres amis et ma femme d'ailleurs qui pensent de mèche que les 35H sont une conneurie !
Leurs arguments sont surtout basés sur :
- à cause des 35H, je gagne moins que si j'en travaillais 40
- à cause des 35H, on a rien résolu, pas plus de boulot, et on a mis un maximum de société dans la merde.

Malgré tout ce qui a pu arriver de bien ou de mal avec cette réforme, il est un seul point positif que PERSONNE ni notre cher président ne peut nier, est que l'on gagne toutes les semaines 4heures à buller avec ceux qu'on aime. Etant de nature à pouvoir me passer sans problème de travailler dans la vie, cette réforme est une des plus belles réformes du 20ème siècle, soit d'accorder plus de temps à vivre, tout simplement.

Et c'est déjà un joli combat.
J'ai une solution radicale pour luter contre " l'invasion" des ingénieurs chinois et indiens... Rétablissons l'esclavage : que les patrons fassent travailler les gens pour rien et là nous serons compétitif, ne croyez-vous pas ?

Parce que finalement, vues les conditions de travail de ces ingénieurs, à nos portes qui vont envahir notre réserve de matière grise, sont assez proche de l'exploitation et quoi de mieux que l'esclavage pour être concurrent de l'exploitation !!!

Je persiste à penser que si les 35h ne fonctionnent c'est qu'une partie de la société n'a pas jouer le jeu. Je vous laisse deviner quelle partie !!!
moi je dis : une prime pour David T et Yannick G, ils ont largement dépassé les 35 heures sur ce forum !!! ;-)
Bien le bonsoir à tous,
Je copie ici un commentaire récupéré sur le site de Marianne.
Il confirmerait ce que je crains : le gouvernement veux étendre la notion de "forfait jour" à l'ensemble
des salariés. C'est à dire déconnecter le temps travaillé du salaire. Auquel cas, ne vous fatiguez plus à parler des 35h.
S'il y a un spécialiste du droit du travail dans le coin, merci de préciser.

"A propos de ce projet, les medias et les politiques, y compris les organisations syndicales stigmatisent la durée légale du travail, les 35 H hedomadaires ainsi que les condition de comptabilisation des heures supplémentaires.

Certes ce sont des sujets que le projet intégre bien, mais comme en ce qui concerne la plupart des lois et proposition du gouvernement il faut regarder ce projet de plus haut et en même temps plus en détail.

De ce point de vue, le projet comporte trois articles remarquables :

L 3121-38 : la durée du travail de tout salarié peut être fixé, sans accord collectif préalable, par une convention individuelle de forfaits en heure sur la semaine ou sur le mois.

Article L. 3121-39 : la conclusion de conventions individuelles de forfaits en heure où en jours sur l'année est prévus par un accord collectif d'entreprise ou d'établissement ou à défaut par une convention ou un accord de branche. L'accord fixe la durée annuelle du travail à partir de laquelle le forfait est établi et prévoit les catégories de salariés susceptibles de bénéficier de ces conventions individuelles de forfaits ainsi que les modalités et les caractérisitiques principales des conventions de forfaits susceptibles d'être conclu.

Article L3121 : peuvent conclure des conventions de forfaits en jours sur l'année, dans la limite de la durée annuelle du travail applicable aux conventions individuelles de forfaits fixés par l'accord collectif :

2 ° les salariés dont la durée du temps de travail ne peut être prédéterminée et qui dispose d'une réelle autonomie dans l'organisation de leur emploi du temps pour l'exercice des responsabilités qui leur sont confiées


La constante de ces articles est la forfaitisation des rémunérations qui autrefois reservés à certaine fonctions, a vocation à pouvoir s'appliquer à tous salariés.

Loin d'être accessoire ou un banal élément de futures négociations syndicales, il sagit de d'introduire la deconnexion des heures de travail effectives du salaires payés.

Si cette déconnexion est réalisée les employeurs pourront proposer un salaire à la semaine ou au mois ou à l'année sans autres forme de procés dont les heures de travail supposées seront déterminées par avance par l'employeur selon ce qu'il estime être le temps de travail necessaire à l'execution du travail confié.

C'est le début de la fin annonçée de la mesure du temps de travail et de la notion même de temps de travail au profit d'un salaire forfaitaire proposé, à prendre ou à laisser.

Ce que l'histoire ne dit pas c'est que cette possiblité offerte aux employeurs d'estimer le temps de travail est déja incluse dans le code du travail depuis janvier 2007, ils sont prévoyant et ont de la suite dans les idées :

Article D3171-8
- Lorsque les salariés d'un atelier, d'un service ou d'une équipe, au sens de l'article D. 3171-7, ne travaillent pas selon le même horaire collectif de travail affiché, la durée du travail de chaque salarié concerné est décomptée selon les modalités suivantes : 1° Quotidiennement, par enregistrement, selon tous moyens, des heures de début et de fin de
chaque période de travail ou par le relevé du nombre d'heures de travail accomplies ;2° Chaque semaine, par récapitulation selon tous moyens du nombre d'heures de travail accomplies par chaque salarié.


sauf que : Article D3171-9

- Les dispositions de l'article D. 3171-8 ne sont pas applicables :

1° Aux salariés concernés par les conventions ou accords collectifs de travail prévoyant des conventions de forfait en heures lorsque ces conventions ou accords fixent les modalités de contrôle de la durée du travail ;

2° Aux salariés concernés par les conventions ou accords collectifs de branche étendus prévoyant une quantification préalablement déterminée du temps de travail reposant sur des critères objectifs et fixant les modalités de contrôle de la durée du travail.


Si il y a une qualité qu'il faut reconnaitre a ce gouvernement c'est qu'il sait faire prendre des vessies pour des lanternes et qu'il sait comment faire en sorte que l'imbécile regarde le doigt au lieu de la lune."
Il faut aller aux 32 heures pour créer des emplois.

Des CDD de 32 heures créeront des emplois , comme les 35 heures en ont créés 400.000 au début des années 2000.

Mais pour cela il va falloir changer démocratiquement le personnel politique actuel !
les autres qui n'arrivent pas a comprendre, ils ne font pas semblant, ils n'insultent personne, et ils ne travestissent pas ce qu'ils lisent.

Comment le savez-vous puisqu'ils ne vous répondent pas. :D

Pour l'insulte, je n'apprécie pas que vous raisonniez comme vous le faites, autrement dit, l'appréciation, le qualificatif d'égotiste que j'attribue à votre raisonnement ne me réjouit aucunement, j'aurai préféré ne pas le voir poindre dans vos exemples, mais je lis mal, c'est vrai, j'oubliai, je suis un clown, tyrannique, infantile, etc...

yG
Bonjour,

Il est intéressant de constater que Sarkozy souhaite conserver les 35H, tout en les contournants. Plus exactement, le Medef (les entreprises qui y cotisent) souhaite conserver les avantages des 35H, c'est à dire les subventions, en s'affrichissant du reste . On subventionnerait alors les entreprises, pour aucune raison.

Mais au sujet des 35H et plus généralement des heures supplémentaires, un buzz potentiel est passé totalement inaperçu, et c'est le moment (le dernier moment) d'en parler:

Le Ministre du Travail Xavier Bertrand est en train de remettre en cause les 35 heures dans son dernier projet de loi. Il nie cette affirmation en précisant que les 35 heures restent l’horaire de référence, et en particulier servent à déclencher le seuil de majoration des heures supplémentaires.

Rappelons-nous les propos de Nicolas Sarkozy tenus le 2 mai 2007 lors de son débat avec Ségolène Royale :

« S’agissant des 35 heures, qu’est-ce qu’on fait ? On garde les 35 heures comme durée hebdomadaire. D’abord, je suis pour une durée hebdomadaire du travail, 35 heures ! Bon ! Tout ce qui est travaillé au-dessus est payé (de) 35 (à) 39 + 25% de salaire, au-delà de 39 +50%. Je dis d’ailleurs Madame Royale, dans le privé comme dans le public. »

voir la vidéo
(début à 16 minutes et 8 secondes)

Oui oui, vous avez bien entendu. Le candidat Sarkozy annonçait le plus posément du monde (avec la voix qui va bien), dans un débat d'une grande importance qu'il allait payé les heures supplémentaires au-delà de 39 heures, + 50%.

C'est une énormité, qui n'était évidemment pas dans son programme, mais qu'aucun média, aucun journaliste n'a relevé. Plus c'est gros, plus ça passe.

Un buzz tout à fait d'actualité, qui mériterait d'entrée dans "Les belles histoires de l'oncle Nicolas", non ?
Je reponds ici au dernier message de yg qui me concernait.

D'abord, desole pour la reponse tardive, je profitais de mes conges payes... ce qui ne nous eloigne pas trop du sujet! Desole aussi par avance, je vais etre un peu long, parce que je voudrais etre precis. Je reprends un nouveau fil parce qu'au dela de mes reponses aux points particuliers que fait yg, je voudrais developper sur le fond.

Cher YG, donc, dans un debat, la seule chose interessante c'est d'arriver au moins a savoir sur quoi exactement les gens sont en desaccord. C'est pourquoi j'ai d'abord essaye de vous dire, sans succes jusqu'ici, de ne pas systematiquement vous placer sur un plan moral. Les valeurs morales sont essentielles, mais seulement une fois qu'on est alle au bout du desaccord intellectuel. Sinon, c'est une facilite qui ne fait pas avancer les choses, et la meilleure preuve en est que ca obscurcit votre lecture.

Ainsi, vous me faites le reproche de ne pas avoir mentionne les fois ou un employe depasse ses pures obligations legales. Or non seulement je n'ai parle que de ca, mais j'ai meme mentionne mon admiration pour les infirmieres qui le font quotidiennement, collectivement, sans que leurs heures supplementaires soient remunerees ou meme compensees (la loi prentend le contraire, mais dans les faits les infirmieres ne peuvent pas prendre compenser toutes leurs heures sous forme de conges sans risque pour l'hopital). Et il suffit d'avoir frequente un peu l'hopital pour savoir qu'elles n'ont meme pas toujours droit a la consideration des malades, des familles, et des medecins. Croyez moi, cette generosite la ne passe pas inapercue en ce qui me concerne.
Mais je ne m'en suis pas tenu la. Je vous ai dit precisement dans quelles circonstances generales le fait d'aller au dela de ses obligations legales est legitime. Et ce n'est pas parce que j'en appelle a la generosite des employes que je suis alle jusqu'a dire aussi que c'etait generalement le cas dans une relation de travail saine et normale entre un employeur et ses employes. Je vais donc redire cela en essayant d'etre plus precis, et ca va me permettre j'espere d'aller au fond des choses sur les 35h elles-memes.

D'abord je veux distinguer ici l'ideal et le reel, puisque pour paraphraser jaures, il s'agit de viser le premier, et pour cela de comprendre le second terme. Dans ma conception de l'ideal, le travail n'est pas uniquement, ou plutot ne devrait pas etre du tout, une penible obligation a laquelle il faut malheureusement se soumettre mais dont il faudrait arriver a se passer. Au sens le plus large, mais aussi le plus vrai, du travail, rien de ce qui est bon, rien de ce qui est beau, rien de ce qui est agreable a l'homme n'existe sans travail. C'est parce qu'on s'arrache les cheveux sur un texte philosophique difficile qu'il est si bon de finir par le comprendre. C'est parce que des l'enfance il a longuement fait des gammes, eventuellement sans aucun plaisir et force par ses parents, qu'un grand pianiste vous arrache une emotion qui vous submerge. Plus prosaiquement, c'est parce qu'il a bien travaille a l'ecole qu'un enfant peut s'arracher a son milieu, aux eventuels prejuges de sa famille et de son milieu, et plus generalement a sa condition. Mais pour autant je ne fais pas du travail une "valeur", parce que le travail reste un moyen, pas une fin en soi. Il y a de la place dans mon ideal pour les contemplatifs, pour les flaneurs et les promeneurs, car la seule fin qui soit une valeur, c'est l'individu et ses aspirations. Si j'ai de la gratitude pour les grands penseurs de la gauche a travers lesquels j'ai acquis une conscience politique (je sais que vous me trouvez indecrotablement de droite, mais d'une part ce n'est pas ce que je pense de moi-meme, et d'autre part on n'est jamais aussi fidele a ses maitres que quand on les trahit puisqu'un bon maitre est celui qui vous apprend a penser par vous-meme), c'est pour avoir place au coeur de leur pensee la magnifique idee d'emancipation. Dans mon ideal, et je crois pouvoir dire sans me tromper dans celui de marx, de jaures, de sartre et de quelques autres, la societe doit pouvoir offrir a chacun (a chaque-UN) la possibilite de realiser ses aspirations les plus profondes, quelles qu'elles soient. Cela suppose que chacun soit pleinement libre de definir ses aspirations, de faire des choix en en maitrisant toutes les consequences, et de travailler pour les realiser.

Cet ideal est, je vous l'accorde d'avance, different de l'ideal d'egalite materielle que de nombreux partis de gauche mettent en avant. Les inegalites qui me choquent moi ne sont que celles qui rendent impossible pour les moins bien lotis la possibilite meme de faire des choix. Mais l'inegalite materielle en elle-meme ne me choque pas. Pour le dire autrement, j'ai eu le privilege de pouvoir faire des etudes poussees, qui ouvrent de nombreuses portes. Je gagne correctement ma vie, mais j'aurais pu faire le choix comme d'autres avec qui j'ai etudie, de gagner considerablement plus d'argent en choisissant une autre carriere. Si je n'ai pas fait ces choix, ce n'est ni parce que j'etais mal informe, ni parce qu'on m'a ferme les portes, mais parce que j'ai considere librement que je ne m'y serais pas epanoui intellectuellement et que je risquais de m'y perdre moralement. Donc l'inegalite entre eux et moi ne me choque en rien. Mon ideal n'est pas de la reduire par principe, mais d'etendre a tous le privilege que j'avais de pouvoir choisir.

Il s'agit en effet d'un privilege, mais pas non plus d'une exception. Un medecin qui choisit une carriere hospitaliere sait qu'il gagnera moins que dans le secteur prive; il fait ce choix parce qu ses aspirations lui font considerer cette carriere comme plus interessante, plus gratifiante, etc.. un jeune diplome est souvent confronte au choix d'integrer une petite entreprise qui lui donnera des responsabilites plus importantes, des perspectives potentiellement interessantes, mais une remuneration plus faible et une demande d'investissement personnel plus importante, ou bien une grande entreprise ou une administration ou il aura plus de securite, moins de responsabilite, et dans un premier temps au moins une remuneration superieure. On peut multiplier les exemples, dans tous les secteurs, et tous les mileux. Ce que j'essaye de vous faire comprendre en tous cas, c'est que ce qui m'interesse, ce n'est pas que ces choix generent des inegalites de fait, c'est que certains n'ont pas le choix. Voila pour moi la vraie injustice et la vraie alienation. Parce qu'ils ont ete mal informes, parce qu'ils n'ont pas pu beneficier de la bonne education, parce qu'ils n'ont pas les bonnes relations (ce dernier point est particulierement vrai en france qui est reste un pays de castes professionnelles fermees les unes aux autres et qui s'auto-reproduisent), voire parce qu'ils n'ont pas le bon accent ou le bon nom de famille, c'est la possibilite meme de faire un choix qui leur est fermee.

Alors voila la premiere reponse: pour quelqu'un qui a pu faire des choix, ou meme pour quelqu'un qui peut encore en faire aujourd'hui meme s'ils sont limites, si a un moment de sa carriere aller au dela de ses obligations legales va dans le sens de ses aspirations (parce qu'il veut faire des heures supplementaires pour gagner plus, parce qu'il veut etre augmente, parce qu'il veut etre promu, parce qu'il aime ce qu'il fait tout simplement, parce qu'il prend plaisir a rendre service, ou pour toute autre raison librement assumee), je trouve juste et normal qu'il ait la possibilite de le faire, et indecent qu'on la lui refuse. De quelqu'un qui ne peut realiser aucune aspiration par son travail, je n'attends aucun zele, meme si j'attends parfois un peu d'humanite. C'etait le sens de mes exemples: les employes de guichet dans les grandes administrations n'ont presque aucune possibilite d'avancement; leur zele n'est recompense par rien, et leur travail est difficile et peu gratifiant en lui-meme. Je suis scandalise a la fois qu'on les engueule, mais plus generalement par le mepris social dont ils font souvent l'objet (moqueries et autres...). Traiter de faineants des gens dont jamais le zele ne sera recompense, et que personne ne remercie jamais, c'est n'avoir rien compris du moteur des hommes. Mais c'est vrai, c'est mon petit cote moraliste, meme cette alienation si fondamentale qui est la leur ne justifie pas a mes yeux qu'eux-memes traitent mal le prochain que le hasard a place devant eux quand il est demuni. Et c'est vrai qu'a chaque fois que je suis dans la salle d'attente d'une prefecture ou d'une mairie, je tue le temps en observant en moraliste ce concentre d'humanite: la rencontre entre des employes au travail ingrat qui ne disposent que d'un pouvoir de nuisance, et de toute la societe puisqu'il faut toujours se deplacer personnellement pour rencontrer l'administration: l'homme presse arrogant, la femme immigree qui maitrise mal le francais et se fait rabrouer injustement par ces memes employes que je plaignais la minute d'avant (parce que ca leur occasionne un surcroit de travail de l'aider a remplir ses dossiers!), la vieille dame demunie, le gentil etudiant qu'on a fait revenir 3 fois en lui demandant chaque fois un nouveau papier qu'on ne lui avait pas demande avant et qui parce qu'il a le luxe du temps s'en fiche, etc... C'est toujours fascinant, et ca permet aussi de ne jamais oublier que meme quand on est place dans des situations ou on n'a rien a gagner, ce qui nous arrive parfois a tous, il nous reste la possibilite fondamentale de choisir entre le bien et le mal. Vous avez raison d'objecter a l'exemple que j'ai donne qu'on peut projeter de bonnes raisons pour la guichetiere qui refuse d'aider la vieille dame, a condition qu'elle lui parle convenablement, qu'elle lui dise tout simplement qu'elle est desolee de ne pas pouvoir l'aider mais qu'elle aurait bien voulu, seulement voila ce n'est pas ce qui s'etait passe. Pour finir sur ce point et revenir a mon premier exemple, que l'ecrasante majorite des infirmieres fasse le choix d'un zele qui n'est pas ou mal recompense, c'est a la fois beau et tres encourageant pour l'humanite: parce que de leur zele dependent des etres humains souffrants, elles en font spontanement et collectivement!

Voila pour l'ideal, et pour les valeurs. "Egotiste", dites-vous... vous etes evidemment libre de vos jugements, mais il serait bon de les lier a ce que je dis, plutot qu'a des interpretations fantasmagoriques. Et si un doute vous etreint, vous pouvez aussi me poser la question plutot que de me preter par avance et par principe des idees et des propos qui ne sont pas les miens.

Reste le reel de la loi sur les 35h elle-meme. D'une maniere qui me parait symptomatique, vous niez que l'evaluation en soit necessaire, sous le pretexte que vous m'autoriserez a trouver fallacieux que les precedentes lois sur le temps de travail n'ont pas ete evaluees. Avec ce genre de raisonnements, inutile d'evaluer les lois du gouvernement actuel sur le temps de travail, contentons nous de revoir la millieme edition du debat entre un representant autorise de la "gauche" qui criera au scandale et un representant autorise de la droite qui criera encore plus fort que les 35h ont devalorise le travail et rendu les francais faineants, ou je ne sais quelle autre absurdite non mesurable. Au passage, autre symptome interessant, vous avez bien retenu que j'avais des doutes sur cette loi, qui date d'il y a 10 ans, mais les objections que j'ai sur les lois actuelles, qui sont le sujet politique du jour, ne vous interessent pas.
Alors, puisque les outils n'existent pas, je vais me contenter de dire ce qu'ils auraient pu etre, et pourquoi ils me paraissent necessaires a travers quelques hypotheses qui evidemment ne demandent qu'a etre discutees

Il y avait 4 parametres a evaluer pour cette loi telle qu'elle a ete votee et mise en place (on aurait pu imaginer une autre loi, mais c'est celle la qu'il s'agit de discuter bien entendu):
- l'impact sur le temps de travail, et plus generalement sur l'equilibre travail/vie privee des salaries concernes
- l'impact sur la croissance economique
- l'impact sur les salaires
- l'impact sur le budget de l'etat (qui pose la question de savoir si cet argent aurait pu etre mieux employe ailleurs)


1- sur le temps de travail:
3 situations distinctes: le cadre qui a beneficie de jours de RTT; l'employe dont la duree hebdomadaire de travail a ete reduite; et l'employe dont le temps de travail annuel a ete reduit mais dont on a annualise le temps de travail.
Pour les cadres, l'impact est evidemment et largement positif; pour les employes de la premiere categorie, il est simplement positif; et pour les employes de la seconde categorie, je n'en sais rien, j'imagine que ca depend. Et j'ai la faiblesse de croire qu'il serait utile de savoir avec precision combien de personnes sont dans chaque categorie, et d'etudier un peu mieux que par de vagues sondages un peu debiles l'impact reel sur la vie de famille et les conditions de travail des employes de la seconde categorie. Ca n'etait surement pas insurmontable.

2- sur la croissance economique
Dans un pays ou le taux de chomage atteignait a l'epoque plus de 10%, il est assez douteux de penser que limiter la duree de travail hebdomadaire a pu freiner la croissance, d'autant qu'elle a ete elevee a cette epoque. Une entreprise croit parce qu'elle gagne des marches, pas parce que ses salaries travaillent plus s'ils n'ont pas de marche a developper.
cela dit, on ne peut pas en rester la et il faut aller dans le detail. Si vous etes un salon de coiffure avec une unique employee qui doit travailler 4h de moins, et que vous devez fermer votre salon 4h de plus dans la semaine, il y a forcement un impact. Bien sur, s'il y avait des heures creuses avant la loi, certains clients pourront y deplacer leurs rendez-vous, mais dans le cas contraire cette entreprise y perd. On peut generaliser: pour une petite entrerprise dont le chiffre d'affaires depend en partie des horaires d'ouverture, la loi a pu etre penalisante. Je pense que l'impact global de ce phenomene est limite sur l'economie en general, mais d'une part je comprends qu'il ait pu etre difficile pour des individus dont les difficultes sont aussi respectables que d'autres, et surtout la encore j'aimerais avoir les moyens de le quantifier.

Inversement, une entreprise disons de communication n'a subi en pratique aucun impact lie aux 35h. Ce n'est pas parce qu'un "creatif" a 10 jours de RTT de plus par an qu'il aura moins d'idees a vendre a ses clients! Ces entreprises ont eu des employes plus heureux, et des aides de l'etat qui etaient presque un pur cadeau. Pour celles-la, et plus generalement partout ou la productivite n'a pas grand chose a voir avec le temps de travail, l'impact n'a pu etre que positif, et il a sans doute pu etre tres positif.
Reste a savoir si l'objectif etait de favoriser cette derniere categorie d'entreprises au detriment de la premiere...

Quoi qu'il en soit, certaines entreprises ont pu soufrir, d'autres non. Si ce sont des entreprises a faible marge, certaines ont meme pu fermer. Mais toutes ont beneficie egalement d'aides de l'etat. Est-ce que ces aides ont compenser efficacement, et la ou c'etait necessaire, les impacts negatifs de la loi, je m'autorise a en douter pour cette seule raison qu'elles ont ete distribuees sans tenir compte des situations effectives qu'il s'agissait soi-disant de compenser!

3- sur les salaires
Il faut comprendre comment se fixent les salaires pour repondre a cette question. Schematiquement, il y a deux categories d'employes en fonction de leurs qualifications: ceux qui sont sur un marche du travail ou la main d'oeuvre est excedentaire, et ceux qui sont sur un marche du travail en penurie de main d'oeuvre. Et il y a deux types d'entreprise par rapport a ces marches du travail: celles qui recrutent sur un marche ou elles sont en competition avec d'autres, et celles qui sont dans une situation de monopole (eventuellement de monopole local).
- La main d'oeuvre excedentaire confrontee, que le marche soit competitif ou monopolistique, sera payee globalement au SMIC ou pas loin, donc l'impact des 35h pour leurs salaires n'existe que dans la mesure ou on pense que le gouvernement aurait davantage augmente le SMIC sans les 35h. C'est difficile de savoir ce qu'il en est!
- La main d'oeuvre en penurie sur un marche competitif (par exemple les creatifs du premier exemple, certaines categories d'ingenieurs, etc...) a un salaire qui est grosso-modo le salaire maximal que l'entreprise qui l'embauche peut se permettre de lui donner pour qu'il ne parte pas chez la concurrence. Ce salaire maximal peut etre abaisse s'ils doivent travailler moins, mais uniquement de maniere tres marginale, et mon hypothese c'est que l'impact est presque nul.
- La main d'oeuvre en penurie sur un marche monopolistique (par exemple re-les infirmieres) est payee au salaire minimal qui fait qu'elle ne preferera pas faire carrement autre chose ou rester chez elle. La ou les gains de productivite ne peuvent pas compenser la reduction du temps de travail, il est probable que cette categorie de salaries a ete moins augmentee ces dernieres annees en partie a cause des 35h.
Dans tous les cas il serait utile pour la reflexion d'analyser l'evolution des salaires selon les types de marche du travail afin de valider ou d'invalider ces hypotheses, et donc de connaitre l'impact reel de la loi sur les salaires, au niveau ou ca a un sens de l'evaluer.

4- sur le budget de l'etat
15 milliards d'euros par an, c'est une somme considerable. Vous pourriez me dire que vous auriez prefere que ces aides n'existent pas, il m'arrive de le penser, mais d'une part nul ne sait quel aurait ete l'impact des 35h sans ces aides, et d'autre part il faut evaluer la loi telle qu'elle est s'il s'agit de la juger, pas telle qu'on pourrait la rever. Evidemment, pour savoir si cette somme a ete bien employee, il faudrait avoir des reponses sur les points precedents. Or on ne les a pas, et c'est bien le probleme.

Pour resumer, si je dois juger la loi sur les 35h, je veux d'abord souligner, et c'est important pour moi, que ca n'a pas de sens de la juger dans l'absolu, independemment de ses effets reels, parce qu'on imagine pour les uns que c'est le sens de l'Histoire, ou pour les autres que c'est un signe de decadence. Je sais dans quel monde je veux vivre, et la seule question qui doit m'interesser c'est de savoir si cette loi m'en rapproche ou m'en eloigne. Et pour toutes les raisons qui precedent, je dis que malheureusement c'est presque impossible d'en juger. Mais j'ai aussi fait quelques hypotheses: que l'impact economique global a du etre globalement neutre; que l'impact sur le temps de travail et son organisation a ete tres positif pour les salaries les mieux lotis et singulierement pour les cadres, globalement positif pour une majorite de salaries, et sans aucun doute tres negatif pour certains, surement d'ailleurs les moins bien lotis; que l'impact sur les salaires a du etre neutre pour la plupart des salaries, mais quand meme negatif dans certains cas pour des raisons qui etaient previsibles au moment ou la loi a ete votee, et la encore dans un sens qui accroit les inegalites au lieu de les reduire. Cela suffit pour l'opinion que j'ai exprimee, a savoir des doutes et un scepticisme, ce qui n'est pas la meme chose qu'une franche et farouche hostilite.
Il se trouve par ailleurs que la maniere dont le debat ideologique a ete mene a ete desastreuse pour la gauche qui, et c'est ce que constate judith, est constamment sur la defensive sur ce sujet depuis au moins 5 ans. Et il se trouve aussi que de larges categories de la population (artisans, commercants, professions liberales, petits entrepreneurs, etc...) ne sont tout simplement pas concernees par une loi qui coute cher au budget de l'etat sans avoir ete evaluee, dans une periode ideologique ou il faudrait au contraire convaincre du bien-fonde de l'impot et de la depense publique en montrant clairement qu'elle peut beneficier a tous et etre efficace. Et c'est tres dommageable pour l'avenir, et meme tout simplement pour aujourd'hui ou l'opposition n'arrive meme plus a articuler cette evidence la.

Bref (facon de parler), ce qu'il manque dans ce debat, c'est que personne ne parle jamais de choses concretes et mesurables. On debat sur des pseudo valeurs et le debat oscille entre le ridicule et le derisoire. La phrase de Stiglitz est belle parce qu'elle rappelle sobrement et joliment que l'economie c'est la science des choix, qu'en posant clairement ses hypotheses tout peut se mesurer et se comparer, et que les choix restent entre les mains du corps politique. Encore faut-il, donc, que ces choix soient eclaires, assumes dans toutes leurs consequences, explicites et deliberes.
J'ai vu il y a quelque temps j'ai vu un sujet dans le 20 heures de tf1 qui se terminait en disant (à peu près):
" Les 35 heures sont entrées dans les habitudes des français. C'est une réforme qui a profondément changé la société, et à laquelle ils sont profondément attachés."
Il serait bon que les journaux et les politiques de gauche défendent des réformes populaires de gauche !
Pourquoi ne le font-ils pas ? La bataille idéologique est-elle vraiment perdue ?
Au delà du sujet des 35h, l'article soulève une juste carence du journalisme français. Vos critiques envers l'article de Martine Aubry me rappellent la couverture par Libération de l'Université d'été de la Rochelle. Leur grand article de conclusion - une pleine page bien masturbatoire- était exclusivement consacré au fait que Ségolène Royal et François Hollande s'étaient évités pendant 3 jours. Une pleine page sur les mouvements de couloirs, rien sur les débats !

On a beau jeu de railler «l'armée mexicaine» du PS après....

Concernant les 35h, elles étaient déjà dans les 100 propositions de François Mitterrand en 1981. Quand Lionel Jospin est entré a Matignon, beaucoup d'économistes au PS estimaient que maintenant il fallait passer aux 32h pour créer le choc de croissance nécessaire. Bon, on s'est arrêté à 35, c'est déjà pas si mal.
Une première observation : la méthode. Je pense que pour une réforme d'une telle importance (pour le coup, j'ose le dire, de civilisation) il eut êté préférable de passer par référendum. Au moins, ça aurait calmé les critiques de la droite qui les accuse de tous les maux depuis 8 ans mais ne les a jamais supprimées.

Enfin, la couardise des dirigeants du PS. Qu'aura le PS à défendre s'il abandonne cette lutte historique pour la baisse du temps du temps de travail, pour une autre société et l'émancipation ? Le projet d'une société organisée en vue de l'émancipation des individus, de leurs loisirs, de leur famille, où le travail n'est pas la valeur absolue qui guide l'existence humaine, si le PS ne le défend plus, qu'aura-t-il à défendre ?

Oui, on dirait que je fais un pastiche d'Utopia ? Eh, l'article se demande qui au PS défend encore les 35h ! En voilà Et ils demandent même plus.! Lisez donc alors leur contribution en vue du prochain congrès. Pour info, Utopia est un courant commun aux Verts et au PS, avec comme figures tutélaires André Gorz et Dominique Méda. Mais ce ne sont pas les derniers tenant des 32h et de la baisse du temps de travail en général au PS hein, il y a euh, et bien, euh, aussi... Le MJS tiens ! Mais c'est le MJS... En cherchant bien il doit bien y avoir quelques autres du côté du NPS et du beffroi de la Mairie de Lille. Il sera intéressant de voir comment la question sera traitée en vue du congrès.

On nous bassine avec la droite décomplexée, il serait temps que la gauche réformiste en fasse de même, et prouve qu'on peut, tout pragmatique que l'on est, proposer des vraies réformes bien clivantes. Depuis que la droite nous répête qu'on est laxistes sur la sécurité, qu'on est du côté des pédophiles, qu'on jette l'argent par les fenêtres, le PS tourne en rond en s'excusant. Ca fait rire un peu jaune mais bon...
Oui, on réforme, mais non, mais oui, enfin non, mais oui :
http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/social/20080601.OBS6507/devedjian_evoque_la_fin_du_systeme_des_35_h.html
Ce qui m'étonne sur ce site d'ASI, c'est qu'apparemment, seule une chronique au sujet des 35h suffit.
J'en remercie grandement Judith, d'ailleurs.

Il y a parait-il des mesures gouvernementales en cours concernant le temps de travail. Si, si !
Deux syndicats très en colère, des articles de presse sur le sujet, peut-être des sujets télévisés.

Si ASI ne fait aucun article sur le traitement médiatique en cours, c'est que tout se passe à merveille
médiatiquement parlant. Tout se passe bien du côté des négociations entre les syndicats et le gouvernement.
Tout le monde peut apprendre par exemple que ce gouvernement veut permettre aux entreprises
d'allonger le contingent d'heures supplémentaires alors que c'est déjà le cas !
Personnellement, j'y verrais une forme de manipulation.
Tout lecteur du Monde, de Libération, comprend instantanément ce qu'est un "forfait heure".
Tiens, si je demande aux asinautes de me dire spontanément ce qu'est un forfait heure, cela donne ?
Or, le forfait heure va peut-être être étendu à tous les salariés.
Ce manque de pédagogie de la part des médias sur un sujet qui concerne tant de monde m'interroge.
Libé parle même d'un "forfait jour", c'est dire si eux-mêmes n'ont déjà rien compris…
Vous me direz, il est beaucoup plus important pour le français moyen de savoir si Cindy Sander
va oui ou non réussir sa carrière.
Mais, en fait, je crois que je m'énerve toute seule… En plus, grosse tarte que je suis je devrais
m'en moquer (ch'uis pas salariée).
Bonjoir,

Pour completer l'analyse de la réforme des 35 heures, un blog sur Médiapart d'un inspecteur du travail:

".../...Pendant près de cinq ans, les entreprises de la grande distribution ont payé plusieurs milliers de leurs salariés en dessous du SMIC et le gouvernement n’y a rien trouvé à redire.

.../...Car si comme on l’a vu plus haut, le ministère du travail a perçu le problème dès la signature des premiers accords de salaires de la branche, jamais il n’en a informé les services d’inspection du travail (il ne l’a fait qu’au mois de juin 2007 comme en atteste la note jointe en fin de billet), ni ne leur a recommandé d’orienter leurs actions sur cette question. Jamais il n’a alerté le ministère de la justice (et à travers lui, les parquets) sur la nécessité de poursuivre les infractions commises par les enseignes de la grande distribution.



Pourtant, outre qu’il avait suspecté la possibilité d’une pratique illégale en matière de paiement des salaires, le ministère du travail n’ignorait pas que la branche en cause faisait partie des 71 branches, dont les grilles conventionnelles instituaient des salaires minimaux inférieurs au SMIC (voir ici et là). Xavier Bertrand l’a encore rappelé à la fin du mois d’octobre 2007.



A quoi a-t-on cependant assisté en la matière ? A la mobilisation des sections syndicales des entreprises concernées, ainsi qu’à celle d’une poignée d’inspecteurs et contrôleurs du travail, qui se sont mis en rapport par leurs propres moyens (essentiellement les courriels) et ont relevé par procès-verbaux des milliers d’infractions pour non-paiement du SMIC, réprimées par l’amende de cinquième classe – 1 500 € - « appliquée autant de fois qu’il y a de salariés rémunérés dans des conditions illégales » comme le prévoit l’article R. 3233-1 du code du travail.



Entre 2006 et 2008, plusieurs dizaines de procès-verbaux ont ainsi été transmis au ministère public… qui les a classé sans suite (usant extensivement du droit qu’il détient de l’article 40-1 du code de procédure pénale) dans des proportions telles, qu’à ce jour, seules quelques uns d’entre eux conservent une chance de constituer les premiers actes de possibles (et très improbables) condamnations. Les motifs ? « Absence d’infraction », « infraction insuffisamment caractérisée » ou « affaire prud’homale » !



Le SMIC constitue pourtant une disposition d’ordre public absolu, c’est à dire ne supportant aucune dérogation et le code du travail contient bien un article d’incrimination et de pénalité à son sujet.



Reste que l’attitude des parquets est symptomatique à la fois de leur relative (à forte) méconnaissance des relations de travail et du code qui est censé les encadrer (ou n’ose plus dire les protéger), d’une part, et du mouvement d’individualisation de la justice, d’autre part (droits individuels des victimes contre procédures collectives ou liées à la défense de l’intérêt général).

.../..."

Des articles sont en consultation libre (petit cadenas ouvert!) pour découvrir MEDIAPART.FR. Venez les découvrir pour une presse libre sans pub cela vaut le coup de jeter un coup d'oeil!!!

Pour celles et ceux interessé(e)s, j'ai trois parrainages découvertes ( valable jusqu'au 15 juin) <= me laisser votre email par MP pour que je vous inscrive!
La lâcheté de ceux qui devraient "assumer" les 35h est une chose. La défense du principe d'un mode de vie non entièrement consacré au travail, au "negotium" comme disait Cicéron, l'apologie donc de l'"otium", domaine des activités oiseuses et/ou oisives comme la poésie ou la philosophie, est une autre chose. Ces choses là méritent d'être rappelées, interpellées, questionnées.

Mais, par ailleurs, il faut bien dire que la lâcheté a commencé avant même le début de la première ébauche de cette réforme. Le principe en était, disait Lipietz, le "partage du travail", mais rien n'était prévu, ni par Lipietz, ni par personne après lui, pour que les heures gagnées (?) soient effectivement données en partage aux sans-emploi. L'infantilisme était présent dès ce moment où les hardis réformateurs ont défié le patronat en lui accrochant un poisson d'avril dans le dos, mais sont partis en courant avant qu'il n'ait le temps de se retourner. Résultat : pour se venger des ministres de gauche qui lui avaient fait cette mauvaise blague, le patronat le plus dur (UIMM) les a brutalement pris au mot, et transformé les 35h en une réforme DU travail, la contraction du temps rendant presque logique l'intensification des tâches, des contrôles, la fixation d'objectifs plus "stimulants", et la compétition organisée entre les collègues. Sous prétexte, pas complètement fallacieux, de gagner en "flexibilité" par rapport aux carnets de commande, c'est en rigidité que cette nouvelle règle du jeu a fait gagner l'organisation du travail au quotidien.

Si la "valeur travail" a de fait perdu toute signification, c'est parce que les "objectifs", obligatoirement consensuels, ont remplacé le traditionnel affrontement entre l'esprit d'entreprise et le métier, entre l'amour individuel du travail bien fait et le sens des solidarités, qui permettait à la lutte des classes d'avoir une autre gueule que de cette harassante mesquinerie qu'elle est devenue.

Ceux des fonctionnaires qui déjà bénéficiaient d'une distribution du temps particulière n'ont pas vraiment pu comprendre ce que la réforme devenait dans les "boîtes" où les travailleurs sont piégés. Les cadres s'y sont retrouvés pressurés en échange des RTT, certes confortables pour ceux qui ont les moyens de s'offrir leurs loisirs favoris. Mais pressurés quand même, par des systèmes d'évaluation aux critères obscurs ou sans cesse réévalués à la hausse, jusqu'au suicide pour certains. Et pour les travailleurs revenus à des formes de travail selon des formes hyper-tayloristes, comme ceux des centres d'appel ou de la restauration rapide, les 35 heures sans quasiment le moindre quart d'heure de pause sont devenues le prétexte à faire surveiller l'homme par la machine, lâcher les cheffaillons comme on lâche les chiens, et mégoter sur la pause cigarette, entretemps devenue, par les vertus d'un hygiénisme pesant, quasiment un signe d'inadaptation sociale.

Il faut comprendre ce que signifie le désaccord entre Devedjian et Sarkozy : Sarkozy est moins idéologue, sur ce coup, plus pragmatique. Renoncer aux 35 heures, c'est renoncer à toute une aubaine, en termes de gains de pouvoir despotique (on dit "managérial", en novlangue) pour la "structure" (ainsi nommée par antiphrase, la novlangue, toujours, parce qu'elle est le lieu de la remise en désordre permanent, lui-même désigné comme "Le changement", variante intra-entreprise de "La réforme" au niveau étatique ou continental ). Tandis que rallonger la durée légale du travail risque de ne produire qu'un affrontement potentiellement révolutionnaire, précisément parce que "la gauche" s'est couchée, honteuse à juste titre de sa mauvaise réforme, autant que de l'avoir si mal défendue, depuis le début, d'atermoiements en acceptation de la voir vidée de son contenu, sous prétexte que les vidangeurs étaient les "partenaires sociaux" signataires. Comme en 68, il faudra bien sûr déborder les syndicats, et non pas les suivre. Car eux aussi ont offert dès le début de la réforme des 35h les bâtons pour être battus.
Je vais peut être enfoncer une porte ouverte en disant ceci:
Depuis les 35h j'ai effectivement 4 petites heures de loisir en plus par semaine, et c'est chouette!!!!!
Mais j'ai ausi l'impression que ce temps réduit me donne plus d'efficacité dans mon travail... Je suis moins fatiguée, mon planning est plus souple et je suis donc plus détendue pour supporter les aspects difficile de mon travail.
Je suis infirmière, depuis 11 ans, fonctionnaire. Et je n'ai pas souvent le temps de boire un café sur mon temps de travail... Je courre beaucoup mais je le veut bien car j'ai la chance d'avoir un métier très riche et une rencontre tout ce qu'il y a de plus humaine avec l'autre...
Il faut être reposée et ressourcée dans sa vie exterieure pour tenir le coup à l'hôpital. Etre efficace c'est pour moi être recéptive aux mains et perches tendues des patients... Etre disponible à recevoir leurs peurs et leurs angoisses... C'est inquantifiable en matière de "rentabilité" productivité" etc... Mais j'ai l'impression d'avoir gagné avec ces 35h en qualité de vie et de travail... A la fois!!!!!!!
Et oui!!!!

Céline
Coup de chapeau à Bernard Maris, l'un des rares économistes à ne pas manier la langue de bois... et à considérer que la philosophie est aussi importante que l'économie, pour penser/panser nos vies :

extrait : "...[Pourquoi sommes-nous prisonniers de la vie ? Pourquoi sommes-nous prisonniers d’une vie où le capitalisme nous tue, de façon assez brutale d’ailleurs ? Avec le recul, je pense que le capitalisme est diabolique : la preuve, les Glucksman, ces "maos" qui en sont à clamer que Sarko est situationniste (sic, sur Inter).
Le capitalisme est diabolique et pervers (ce qui est un peu la même chose). [large]Voilà ce que j’aimerais creuser dans un bouquin ! J’ai déjà posé la question à des potes : qu’est-ce que le mal ? Oui, qu’est -ce que le mal ? Arriver à 60 balais et tout à coup se poser la question : qu’est ce que le mal ?[/large]]"
Magistral. Merci Judith !
histoire de remettre les pendules à l´heure :
http://www.dailymotion.com/related/6733380/video/x17h9y_sarkozy-vs-strauss-khan_news
S'il s'agit d'exiger que les aspects positifs des 35 heures soient présentés de façon objective dans les grands médias, d'émettre des critiques de fond à l'égard de Libération dont je ne peux personnellement pas sacquer le rédacteur en chef, je suis de tout coeur avec vous, Judith.

Mais votre chronique livre surtout un procès d'intention sous couvert d'une explication de texte pour le moins douteuse.

L'article "Faut-il vraiment brûler les 35 heures?" est de François Wenz-Dumas, délégué de la SNJ-Libération, dont les positions, sauf erreur de ma part, sont plutôt favorables à la défense des 35 heures et à bien d'autres aspects de la défense des droits du travail. En tout état de cause, je ne vois pas où vous allez chercher l'interprétation suivante :

Pour aller plus loin, continuer à défendre la généralisation des 35 heures, assurer le service après-vente et expliquer que les gains de productivité ont été tels ces dernières années que les 35 heures n’ont aucun impact négatif sur la compétitivité, il en reste au moins un : Pierre Larrouturou. »

Subtilement perfide, cette argumentation qui consiste à prouver, non la positivité de la réforme, mais sa non-négativité; subtilement perfide, la tournure qui évite au journaliste (François Wenz-Dumas) d’assumer la véracité du propos"

Si FWD avait voulu prendre ses distances avec les propos énoncés, il aurait employé le verbe "prétendre" par exemple à la place d'"expliquer" (y compris dans la phrase "Rares sont ceux qui comme Pierre Larrouturou, délégué du PS pour les affaires européennes et militant de la semaine de quatre jours, sont prêts à batailler pour expliquer que c’est une valeur de gauche, que cela ne plombe pas l’économie, et que la réduction du temps de travail (RTT) va dans le sens de l’histoire." et il aurait fait appel au conditionnel.

De même , je ne vois pas ce qui vous fait percevoir une perfidie dans la présentation de Joseph Stiglitz : « Prix Nobel d’économie, ancien conseiller de Bill Clinton puis chef économiste de la banque mondiale, Joseph Stiglitz est l’économiste préféré des altermondialistes. ».Où donc lisez-vous un quelconque élément péjoratif qui permette de présenter les altermondialistes comme des "adolescents en quête de vedettes à idolâtrer" ? Etre altermondialiste, ce n'est pas une maladie honteuse. On peut lire la phrase exactement dans le sens inverse : les altermondialistes puisent leurs références parmi des autorités incontestables.

Comment faites-vous pour livrer des interprétations aussi invraisemblables ? Dans la chonique précédente, j'ai même découvert que Fillon s'était rangé aux thèses marxistes : vous ne trouvez pas que c'est un peu gros ? Même si le mot "idéologie" me fait aussi un peu grincer des dents, il est assez évident que Fillon ne l'a pas employé dans le sens que vous lui donnez.

Alors, si j'approuve qu'on rencontre du militantisme sur @si, vraiment cette recherche de sensationnel fabriqué avec ce qui ressemble beaucoup trop à de la mauvaise foi, ça me dérange beaucoup. Je me demande même si ce n'est pas contreproductif, car à part ceux qui sont déjà convaincus avant de vous lire, je ne vois pas trop qui ça peut convaincre...

Amicalement
Ouf !!! Enfin une chronique sur le sujet qui change de ce qu'on lit et entend tous les jours. Je commençais à croire que j'étais le seul à constater les bienfaits des "35 h" notamment, entre autres, le temps dégagé pour ma famille. J'ai bien aimé le : "les américains travaillent plus pour donner de bonnes conditions à leur famille mais du coup ... n'ont plus de temps à leur consacrer". Typique l'effet pervers du travailler plus / Gagner plus. Est ce qu'on peut appeler cela un sophisme ?
vous êtes au dessus de tout et de tous, comme d'habitude!!!!
Merci pour cet article qui remet au centre de nos préoccupations "la condition humaine". 50 ans après la publication du livre d'Hannah Arendt, le débat, ou plutôt l'absence de débat sur le travail, laisse songeur.....
http://tto45.blog.lemonde.fr
Dites y a personne qui a relevé que les deux seuls à avoir assumé l'héritage des 35h ce lundi 26 mai c'est Chérèque et Thibault donc les syndicats CFDT et CGT ?
mise en garde "solennelle"

@ David Toledano, au passage : en 97 j'ai voté Gauche plurielle en partie pour les 35h (étant étudiant), et je n'étais pas le seul.
Tu ne le sais pas, que du côté de chez les socialistes français, la modernité est au libéralisme ? Mais non. On ne l'a pas dit aux collégiens de Belleville, qu'il fallait être furieusement libéral

Dites Daniel , je sais bien qu'on est lundi , et que ça va comme un lundi , mais cette phrase sans appel est époustouflistiquement réductrice .
Il me reste une question qui m'a toujours turlupinée. On entend, ça et là, que les 35h ne sont pas une réussite, qu'elle ont ralenti la croissance et que si la France est dans cet état c'est à cause d'elle mais...

Ces 35h demandaient une nouvelle organisation du travail. Cette organisation est souvent faite par les patrons. Patrons qui n'ont jamais sauté de joie face à cette mesure " de gauche "...

Alors je me demande si il n'y aurait pas un peu de mauvaise volonté de leur part (ou de la part de certains d'entre eux) pour mettre en place un système cohérent et compétitif juste histoire de prouver que "on vous l'avait dit ça ne marchera pas.", me trompe-je ?

Enfin quand j'entends un gouvernement qui défiscalise les heures sup (pour augmenter le pouvoir d'acaht) et qui ensuite veut faire sauter le seuil de déclenchement de ces heures, je me gausse (jaune pour ceux qui ont cru qu'ils allaient gagner plus en travaillant plus !!!). Ceux qui continuent à travailler 39h, les patrons ont payés les 4h en heures sup. Si les 35h sont rediscutées croyez-vous vraiment que les patrons vont choisir de rester dans cette situation ???

Enfin pour reprendre un post du tout début, parlant du travail et surtout de ce qu'il rapporte : qui trouve normal qu'un jeune traider de 23 ans gagne 3000 € par mois pendant qu'un jeune médecin (qui travail pour la santé des gens) gagne moins ou qu'un jeune enseignant (qui oeuvre pour la formation des citoyens) gagne 1300 € ? Franchement, je ne vois pas bien ce qu'un traider apporte à une société, à sa santé, à sa culture etc...
Sympa de ne pas me souhaiter bonne chance, c'est la première fois qu'un inconnu m'encourage à rester aux Assedic. En deux posts, vous ne savez pas grand chose de moi, ce qui suffit pourtant à me classer parmi les ennemis de classe. Personne n'a réagi en ma faveur, je vais donc vous laisser entre bien-pensants asinautes et résilier mon abonnement. Côté convivialité bravo le forum ASI.
Malgré l'unanimité générale, j'aventure une question : si cette réforme était géniale, pourquoi n'a-t-elle pas été adoptée aiilleurs ?
J'essaie actiuellement de créer une micro-entreprise car après 45 ans, c'est mal barré popur un job classique. donc voici ma version : travail=rentrée d'argent.Activité=autre.
Amusez-vous bien entre agents de la fonction publique catégorie A, vos rêes éveillés sont trop loin de mes préoccupations !
Merci pour cet article Judith.

Moi aussi, cela m’agace (pour ne pas dire plus !) prodigieusement que plus personne ne prenne la peine de défendre les 35h…. Certes, dans certains secteurs, cela a pu générer des difficultés (voir le post d’Anthropia notammnent), mais je connais de nombreuses personnes très contentes d’avoir pu consacrer plus de temps à leur famille, à leurs loisirs, etc.

J’entends déjà mes contradicteurs me rétorquer que le temps de loisir c’est bien joli, mais ça ne permet pas de faire bouillir la marmite ! Faut faire tourner la machine économique ma bonne dame !! Eh bien, précisément, je trouve qu’on ne parle jamais des intérêts économiques que peut occasionner le temps de loisir dans certains secteurs… Est-ce qu’il n’y a pas des secteurs économiques que la réduction du temps de loisir (après la RTT, la RTL ;) mettrait en rogne ??... Je pense aux hôteliers, aux gérants de cinéma, aux libraires, aux restaurateurs, etc. La réflexion sur les35h ne peut pas se réduire à cela, j’en suis bien persuadée, mais je trouve qu’on pourrait aussi s’intéresser à cet aspect de la question.
A ce propos, j’ai été frappée du traitement médiatique des grands WE du mois de mai. J’ai entendu à 2 reprises des reportages sur la gêne occasionnée par les ponts à répétition sur l’activité des camionneurs…. Certes. Mais pourquoi ne pas évoquer les bénéfices engrangés par d’autres secteurs à cette occasion ? Je ne pense pas uniquement aux hôteliers, je sais bien que tout le monde n’a pas les moyens de partir en vadrouille…. Mais le propriétaire d’un manège ne doit pas détester les jours chômés où les parents peuvent emmener les petiots au parc… Idem pour le marchand de glaces !

Sans transition (quoique…), ce matin, France Info m’a furieusement rappelé la chronique de Judith sur F Fillon. C’était le « duel » (quel nom à la con ! Du sang, des tripes, de l’émotion mes bons messieurs, laissez votre poste allumé ! vous avez aimé les rebondissements du procès Fourniret, vous adorerez le combat dans la boue… mais je m’égare), le « duel » donc entre Sylvie Pierre Brossolette et Laurent Joffrin sur le « libéralisme » de Delanoë… Eh bien, ils établissaient une équivalence systématique entre « libéralisme » et « modernité »… Ah, ouf, enfin, les socialistes comprennent le principe de réalité, bienvenue au 21e siècle…
Beurk, je me suis dit que ces journalistes devraient lire les chroniques de Judith pour au moins nous éviter ces poncifs qui n’ont rien de moderne !

@+
Camarlette
Judith,

Pour gagner autant avec plein de loisirs, faut avoir la sécurité de l'emploi ou travailler dans une grande entreprise. Avez-vous déjà mis les pieds dans une PME qui a des filiales en Asie et en Afrique de l'Est ? Sympa d'être comparé avec les locaux..Vous a-on déjà remplacée par un retraité pas cher payé en honoraires ? Les 35 heures ont été une arnaque pour ceux dont les saliaires ont été bloqués depuis 10 ans, les temps partiels qui n'ont pas eu de RTT et ceux dont l'emploi a été délocalisé en Europe del 'Est voire plus loin. Sans entrer dans les détails, je suis touchée par plusieurs de ces cas de figure. Y a des jours où je me demande ce qu'on apprend aux élèves de Normale Sup ...
BiBi n'a pas mis trente cinq heures pour ecrire son article sur le site [http://www.pensezbibi.com]
Il prend Libération au rebond et finalement son article n'est pas loin de ce qu'écrit Judith sur les Trente cinq heures.Le coup de sang ( coup de blues) de BiBi fait suite au Rebond de Laurent Joffrin du vendredi 16 mai ( "PS: le réformisme n'interdit pas le rêve)...


Laurent Joffrin, le Rock et les Eléphants.

Tous les Vieux de la Vieille ont lu Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine. Ce jeune et fringant Révolutionnaire d’Octobre avait lâché devant son absinthe dans une des tavernes zurichoises pleines d’émigrés : « Il faut rêver ! ». Presque cent ans plus tard, un Amateur de Rock, un Rebelle de la Gauche-Caviar, un Barbu français très Hip nous sert ses œufs d’esturgeons avec cet indéfinissable air kitsch d’Intello-Complice. « Il faut rêver » : nous sommes évidemment censés tous connaître cet Oukase mythique et d’avoir dans nos bagages d’Homme de gauche cet impératif distingué et terriblement révolutionnaire. Car comment pourrions-nous comprendre le formidable Samizdat de Libération de ce vendredi 16 mai 2008, déchiffrer le titre de ce premier "Rebonds" : « PS : le réformisme n’interdit pas le rêve » si nous ne partagions pas ce même air révolutionnaire (d’autres écriraient le même « habitus de classe ») avec ce Branché de la Gauche tiède ?
Car ce "Rebond" est une réponse, un joli profit de distinction : c'est que, oui, répondre à Vladimir Ilitch Oulianov et à ses ouailles, ça en jette, n’est-ce pas ?


Derrière sa Barbe bien taillée de Bobo, notre éditorialiste nous la joue fine et délicate. Il veut nous prendre à rebrousse-poil. Ah ! enfin ! nous dit-il, la Gauche ( le PS... évidemment) a enfin opéré sa mue. Fini et répudié le marxisme. Vive la critique essentiellement morale du capitalisme contemporain ! Enfin ! Nous voilà soulagés devant cette rupture avec la théorie de la lutte des classes. Enfin nous voilà conquérants réalistes et batailleurs rebelles dans le cadre de l’économie de marché ! Avec cette confirmation philosophique définitive : « L’individu libre est à la base de l’édifice intellectuel socialiste et non ces structures lugubres impersonnelles désignées par les marxistes ou par un Pierre Bourdieu comme l’ultima ratio déterminant la vie humaine ». Libres que vous êtes, journalistes précaires, retraités à 600 euros par mois, libres les étudiants qui dorment dans de somptueuses caravanes, libres les marins-pêcheurs qui sentent le gas-oil, licenciés de Gandrange, Consciences libres que tous ces chômeurs fainéants, Immigrés profiteurs et trop chouchoutés…
« Ultima ratio » : remarquons aussi l’emploi de la formule latine qui remplace le sel et soulignons l’absence de Majuscule pour Individu, Intellectuel, Socialiste qui fait trop poivre exotique. Un bon et beau repas à rebours des plats réchauffés des Grandes Cuisines idéologiques d’antan, non ?
BiBi soupire encore devant cette propension de ces Intellectuels-Caviar à dénier toute analyse sur leur propre position et trajectoire sociales ( « Consciences libres » que ces Messieurs !) mais pas les derniers à vouloir classer l’Autre (« Marxistes, Bourdieusiens, Sociologues lugubres et embêtants, absurdes Rêveurs du Grand Soir, Orthodoxes et Bien-Pensants » etc)
Relevons encore : l’article n’est pas publié en seconde page comme les interventions du Grand-Père July. Il est situé à une place stratégique de débats et d’ouvertures : la page « Rebonds » est censée être le nec plus ultra du Journal (Hé, Laurent ! BiBi aussi sait jouer de sa langue latine !).
Ce jour-là, l’intervention de Laurent voisinait celle de Pierre Marcelle (on est décidément magnanime et ouvert à toute la Maison de Gauche, n’est-ce pas ?). Ce pseudo-égalitarisme colle tout à fait à la Stratégie du nouvel Esprit du Capitalisme : foin des Patrons (de Presse) intransigeants à la Lazareff, foin de la hiérarchie (on vient de 68 que diable !) ! On est à hauteur égalitaire de ses Opérateurs (on ne dit plus : employés). Piège évidemment grossier que BiBi démonte avec son aisance aristocratique coutumière : il en déduit adroitement que :
1. la raison d’être de cet article est de dire l’agacement de notre BoBo barbu qui n’a pas encore digéré le numéro-anniversaire de Libération du 21 mars 2008 où un petit rebonds fit faire un grand Bond à l’Humanité. Il était intitulé vachardement et justement : « Libération d’aujourd’hui n’aurait pas fait mai 68 ».
2. qu'en oubliant d’écrire sous sa présentation que le Laurent barbu est aussi directeur du Directoire, la tenue de cet article s’adresse - sans le dire – à son équipe de journalistes. « Je suis comme vous ! Je suis comme on était avant ! Je suis avec vous contre tous les Pouvoirs etc etc. » Contenu manifeste banal et gentiment discret mais lorsque BiBi gratte dans le contenu latent… il trouve de la fermeté et de l’autoritarisme dans ce rappel à l’ordre : « Messieurs et Mesdames les journalistes, n’essayez pas d’avoir d’autres idées que la mienne. D’accord pour jouer aux vilains petits canards à la petite récréation mais dès qu’on rentre en classe, vous obéissez au Maitre-qui-n’en-est-pas-un etc etc ».
Arabesque managériale bien connu des Petits roitelets.

Cette nouvelle remise en Ordre s’accompagne de soutiens politiques que notre Laurent voudrait d’envergure. Avec l’appui des Editeurs du Livre, il aide à ouvrir les portes pour Huchon et Valls. Tiens, tiens, Entretien, quand tu nous tiens ! Personne ne va croire BiBi et pourtant : oui le Laurent barbu va lui aussi le sortir son livre et incessamment sous peu. BiBi ne va ici en faire de la pub (il ne sera guère difficile pour le lecteur-lambda de voir, d’entendre Laurent dans les circuits habituels de L’Info-libre) mais avouons que son petit livre rouge d’entretiens arrive... au poil.
BiBi conseille à Laurent-le-Bobo de former un groupe avec Valls à la batterie ( il a « du sang catalan » le bougre !) et Huchon au maxi-micro ( un formidable « amateur de rock cosmopolite »). Un beau trio qui ferait du bruit. En avant-première au Congrès de Novembre ? En Vedette américaine ? Ils remplaceraient si aisément – héritage oblige - les Eléphants des Eighty’s !

Alors pourquoi un tel article alors que cette Gauche de la Gauche est résiduelle, insigne et quasi-absente ? C’est qu’au-delà de ce faible poids, il y a les faits et les faits – comme disait un autre Barbu - sont têtus. Pas si simple de jeter les restes au panier, de se débarrasser des déchets. Là-dessus, il faut faire comme BiBi, avec ce numéro de Libération trouvé sur le bateau le menant à Mykonos : en débarquant, il le tendit au premier pêcheur grec vendant son poisson à la criée. Même s’il ne lisait pas le français, le marin sut immédiatement quoi faire de ce cadeau impromptu.
La page « Rebonds » de Libération enveloppant son poisson-rebelle fut du plus bel effet.
Finalement, se dit BiBi, ça sert toujours un numéro de Libé.

BiBi (www.pensezbibi.com)
En irresponsable rêveuse moi-même, je me permets de prolonger son inoffensif caquetage, en osant demander du temps pour aimer, pour se cultiver pour s’épanouir, pour créer pour exister, pour penser, rêver et construire les autres mondes possibles : activités constitutives de la condition humaine, et qui devraient la distinguer de celle l’industrieuse fourmi.)

petit casse-tête chinois politico-arithmétique pour gauchistes rêveurs:

le gain réel horaire pour un travailleur smicart (famille 2 enfants, 1 parent travaille): 3,60€/h
smic horaire net: 6,63€ - 6,63x140 h/mensuelles= 928,20€
carte orange, zones 1-5, par mois: 105,20€
928-105=
restent: 823€
horaires réels (+env.2h transport, pauses, trous, etc.): 8h-19h30 5jours/semaine
temps réel pris sur l'existence pour "aimer, s'épanouir, voir ses enfants, etc.": env. 57h
823€ (vous suivez?) divisé par 228h (57h/hebdo"réelles")= 3,60€/h net

le gain réel pour un RMIste oisif (famille 2 enfants, 0 parent travaille): 794€
0 heure de travail
carte orange 5 zones gratos
musées/piscines/divers gratuits, réduc cinoche
mutuelle gratos

...

Je veux bien que les français "ne doivent pas se monter les uns contre les autres" mais n'admettez-vous pas qu'un smicart qui travaille 57h/semaine pour gagner moins de 29€ de plus que son voisin rmiste à la fin du mois trouve la situation injuste?
D'abord, ne pas travailler, ce n'est pas qu'une question d'argent mais aussi d'honneur. Les gens ont tendance à l'oublier ça, mais ça fait partie des données.
Ensuite, quand tu as une situation où deux catégories gagnent autant, ce n'est pas forcément celui que tu crois qui gagne trop, ça peut être l'autre qui ne gagne pas assez. Le PS a proposé le revenu de solidarité active, qui en gros permet à celui qui se met au travail d'avoir un revenu plus important d'un tiers (si je me souviens bien). Quant à la carte orange, il suffirait peut-être de faire des réductions aux gens qui ne gagnent pas assez, pareil pour les activités que les RMIstes n'ont pas à payer...

Tu vois, ta réaction est symptomatique de la croyance qui fait croire que la France n'a plus un rond, qu'il faut mener une politique de rigueur, et qui monte les pauvres contre les plus pauvres.

La vérité, c'est qu'aujourd'hui, quand on travaille et qu'on est dans les bas salaires, on n'est généralement pas payé à la juste mesure de ce qu'on produit dans la société. Il est là le problème, et c'est pas en taxant ceux qui sont plus pauvre que nous que ça va nous soulager. Gagner moins que le RMI, c'est aller dans la rue dans bien des cas.

Et t'as oublié les allocs dans ton calcul il me semble, en plus.
140 h/mois et 6.63€ nets/h !
C'est donc les 32h payées en dessous du smic horaire.
En plus!!!

Que de calculs foireux... Avec ça plus les allocs, plus l'honneur de travailler et de se dire qu'on est utile à la société, l'avantage d'être salarié saute aux yeux.

l'honneur de travailler et de se dire qu'on est utile à la société

tout dépend de ce que tu entends par "travailler" et "utile à la société".
Bah c'est simple, plus tu vis longtemps sans travail, plus ta place aux yeux de la société est merdique, autant financièrement que sur le plan de l'honneur. Rien que le fait de travailler et de payer des impôts, même si tu ne gagne pas beaucoup plus, ça te donne une bien meilleure place. (en témoigne la célèbre phrase des gens énervés : "je travaille moi, je paie des impôts", sous entendu, moi j'ai le droit de gueuler, je suis pas un glandeur de RMIste)

Bah c'est simple, plus tu vis longtemps sans travail, plus ta place aux yeux de la société est merdique, autant financièrement que sur le plan de l'honneur. Rien que le fait de travailler et de payer des impôts, même si tu ne gagne pas beaucoup plus, ça te donne une bien meilleure place. (en témoigne la célèbre phrase des gens énervés : "je travaille moi, je paie des impôts", sous entendu, moi j'ai le droit de gueuler, je suis pas un glandeur de RMIste)

Pour moi, ça n'est pas aussi simple que ça.
D'abord pour ce qui est de payer des impôts, même si je ne suis pas imposable sur le revenu, il existe beaucoup d'autres impôts auxquels je participe (tva, redevance, csg/rds, taxe habitation etc...).
Ensuite pour ce qui est de l'honneur (j'aime pas trop ce terme), et de l'utilité à la société, j'élève seul ma fille de onze ans, j'ai donc fait le choix (ou me suis senti obligé) de ne pas travailler à temps complet depuis 10 ans. Je me suis par contre beaucoup investi dans les accompagnements scolaires, pédibus, parents d'élèves.
Je gère depuis plusieurs années une association d'aide aux autres associations, entreprises et même particuliers, plutôt axée sur le milieu social et culturel, de laquelle j'arrive à extraire quelques menus défraiements, même si l'essentiel de mon action reste le bénévolat.
Et pour finir, j'ai des activités salariées à temps partiel réduit (moins que mi-temps) notamment en intérim qui me permettent nourrir ma fille tout en pouvant gérer mon emploi du temps à ma guise, ou presque.
Voilà, donc je ne pense pas être inutile à la société, même sans avoir un emploi salarié classique à plein temps, et ma vie sociale et très riche, même si mon banquier fait la gueule ;-).
J'ai pas dit que tu n'as pas de mérite, que tu étais inutile à la société, ni que les chômeurs n'avaient pas d'excuse, mais socialement, le travail qu'une personne a détermine en grande partie sa place. Ce n'est pas moi qui ait décidé cette chose injuste, mais c'est comme ça.

D'ailleurs, si tu regarde bien, c'est par ton travail que tu te justifie. Tu tiens à me montrer que tu es actif... Pour moi c'est une preuve de plus que de ne pas travailler, c'est considéré comme une chose honteuse dans ce pays...
Je n'essaye pas de me justifier, je prenais juste mon exemple personnel pour dire que l'on peut être actif et utile socialement sans contrat salarié ou emploi au sens traditionnel.
Je suis d'accord bien sur pour le regard suspicieux de la société sur ceux qui n'entrent pas dans le moule du "travail", mais ça c'est aussi une affaire de clichés et d'idées reçues (comme certains qui associent systématiquement "rmiste" à "oisif" si tu vois de qui je parle).
Si je peux me permettre de m'immiscer : vous devriez dans votre échange faire la distinction entre "travail" et "activité"...
Bravo au père célibataire qui réclame le droit d'être entendu et respecté. Il fallait le dire, c'est très bien.
Merci Judith.
Il est vrai que la nuance entre "travail" et "activité" n'est pas si évidente que ça.
Tout est la dedans, tout le monde a besoin d'avoir des activités ( si possible épanouissante selon de scritères personnelles ) et des revenus ( suffisant pour satisafire ses besoins et ceux de sa famille + s'offrir des envies ), le travail est, par abus, un mot qui s'en veut la synthèse.
Quand nous aurons réussi à découper le travail, à distinguer la notion d'activité de celle de revenu ( si jamais nous y arrivons ) alors les choses commenceront à être meilleures.
MOI, je la fais la différence... en retraite et en "activité" SANS PATRON, ça fait du bien vous pouvez pas imaginer !
Ceci dit... Monsieur GUYOT... qui a voté pour lui, il y a quelquechose qui m'échappe... et il aime Judith.
Madeleine
je pense, en effet, que la France (et la majorité de ses entrepreneurs) n'a pas assez de ronds pour multiplier par deux le Smic. seul (?) Besancenot considère que la France est assez riche pour payer beaucoup mieux ses salariés (mettons de côté les rmistes. peut-être. là doit être le débat. si pas de ronds, seul le système anglais-libéral sauce européo-sociale semble pouvoir être envisagé, si besancenot a raison, alors la politique envisageable est tout(e) autre. et puis, l'extrème-gauche propose une société sans fric et ne parle que de fric...
Moi je te renvoie juste à ce que j'ai dit plus haut.

On parle de tout un tas de choses, d'une dette publique qui serait abyssale, alors qu'on fait juste un petit tour de passe passe en l'assimilant à la dette d'un ménage, ce qui est très différent quand même, on parle des taxes qui sont trop importantes...

Mais tu vois, la production de notre pays est divisée en deux, globalement. D'un coté les salaires, de l'autre le capital (les investissements, les épargnes des entreprises et toussa). Si tu retournais à l'équilibre de division entre les deux qu'il y avait au début des années 80, il y aurait, par an, entre 100 et 190 milliards d'euros qui passeraient du capital aux salaires... ça signifie une augmentation mensuelle moyenne brute par salarié, grosso merdo, de 300 à 600 euros. Le problème du pouvoir d'achat serait largement réglé il me semble.

Tiens, lis donc cet article, du monde diplomatique.

http://www.monde-diplomatique.fr/2008/01/RUFFIN/15507

(Tu pourras y lire qu'Alan Greenspan en personne reconnaît le problème).

Et ensuite, pour revenir dans le concret, tes calculs me semblent faux, puisque tu oublie la part conséquente des allocations familliales (deux enfants) et que tu as, visiblement, sous évalué le smic horaire.
oui, besancenot dixit - personne ne répond jamais à cette remarque: part capital/truc dans les années 80; sauf, Attali. (débat Attali/Besancenot)(qui avait raison? j'ai rien pigé à leurs joutes comptables)
smic horaire sous-évalué: pris chiffre recensement 2008, plus bidouillage avec heures effectives consacrées au boulot (transport par ex.)
allo familiales pour smicarts: ok. pas pensé.
...
enfin, citer un prix nobel d'économie pour justifier les dires de besancenot. ok. mais 65 autres prix nobel(s) de l'économie ne sont peut-être pas d'accord avec celui que vous citez.
peut-être... avis aux asinautes enquêteurs, économistes, spécialistes, non-militants engagés.
...
rmistes=oisifs, je maintiens, bien-sûr je pars du point de vue de l'économie (sujet sont les 35h) - on peut être rmiste et très actif dans la pêche à la sardine.... mais enfin, c'est le plaisir de couper les cheveux en quatre...
j'ai travaillé dans une usine peu de temps avant mise en place 35h. les patrons étaient contents; ça leur a permis une souplesse de l'"appareil de production".
les ouvriers étaient contrariés: horaires élastiques -concentrés période pic de commandes, lâche période creuse, etc.
cet exemple, par exemple, pourrait légitimement justifier qu'une majorité de socialistes renient les 35h sans que Judith les traite de lâches, de traitres, de "suiveurs".
... "tempête sous un crâne" c'est de la philosophie? ou du militantisme?
N'empêche Charles, vous ne répondez pas à Batiste, notamment, lorsqu'il souligne, chiffres à l'appui, qu'il y a bien un problème (pour ne pas dire un scandale) dans la redistribution des gains de productivité et donc une inéquité fondamentale dans le partage des richesses. Il n'y a pas besoin d'être gauchiste pour reconnaître ça. Il y a une colère qui monte actuellement dont le potentiel de violence est énorme, tant les injustices sont criantes.

Exemple : des pêcheurs font une descente dans une grande surface et saccagent le rayon poissonnerie au prétexte que le prix à la vente révèle des marges plus que confortables. L'un des gérants/propiétaires traite les pêcheurs de "voyous". Un jeune assaillant (une vingtaine d'années ?) se jette sur lui, les poings en avant : il n'a manifestement pas apprécié qu'un type qu'il considère comme étant un spolieur de sa force de travail le traite de voyou. A qui donner raison ?

Quand l'extrême-gauche fera 20% aux élections, les patrons et les actionnaires, petits et grands, commenceront peut-être à comprendre qu'il y a le feu au lac ! Et la gauche radicale a de beaux jours devant elle si la gauche social-démocrate reste aussi poussive, pour ne pas dire atone. Où regarder sinon à la gauche de sa gauche ?
effectivement. je m'étonne que les socialistes ne reprennent pas plus les thèmes/thèses du Alain Greenspan (voir post Baptiste Kolenc 23/05/08 18:23).
est-ce volontairement?
...
en ce qui concerne votre exemple du "saccageage" de supermarché, je hais la violence (surtout dirigée contre des personnes) - vous me demandez à qui donner raison?
je vous réponds: au gros débile du supermarket. parceque -voyez-vous- le pêcheur, il n'est pas obligé de passer par un supermarché pour les vendre - ses poissons.
...
que ça soit dur de pêcher des poissons et de les vendre, je le conçois. que des intermédiaires de merde en profite à mort. ok. ce sont de gros porcs. mais je ne vois pas en quoi ça pourrait justifier une quelconque violence physique, voire même du vandalisme. la seule option civilisée est de parvenir à ne plus passer par ces intermédiaires trop gourmands.
...
ça c'est le libéralisme, la liberté. la révolution sanglante des mecs frustrés parcequ'ils se sentent dépendants d'un autre qu'ils haïssent: non merci.

... ça c'est le libéralisme, la liberté. la révolution sanglante des mecs frustrés parce qu'ils se sentent dépendants d'un autre qu'ils haïssent: non merci.


Là vous me répondez comme si j'avais assimilé le discours et la stratégie d'un Besancenot à une grande et violente bagarre générale. Ce n'est pas ce que je voulais dire. Le jeune pêcheur lui est tout bêtement en colère, même il pète les plombs, et vu son jeune âge il n'est pas patron, il est donc totalement dépendant. En plus, pour pouvoir se passer des grandes surfaces faut-il encore pouvoir pêcher dans de bonnes conditions des quantités suffisantes etc...

Ceux qui sont les principaux responsables de cette violence ce ne sont pas ceux qui s'y livrent par désespoir et colère, ce sont tous ceux qui ne veulent pas (ou ne peuvent pas) imposer des règles qui assurent l'équité et la justice sociale. Quant au parallèle entre "libéralisme" et "liberté" vous allez un peu vite en besogne, je trouve car si la liberté des uns est conditionnée par celles des autres (selon la formule consacrée), alors le libéralisme ne peut pas être synonyme d'absence de règles pour garantir la liberté de tous, vous me suivez ?
Connais tu Alan Greenspan? Non, parce que moins communiste que lui, c'est introuvable. Et pourtant il reconnait le problème.

Le problème, objectivement, il est là, aisément constatable, et constaté par tout le monde.

D'ailleurs, si tu ouvres le monde diplomatique, tu lis ça:

« La part des profits est inhabituellement élevée à présent (et la part des salaires inhabituellement basse). En fait, l’amplitude de cette évolution et l’éventail des pays concernés n’ont pas de précédent dans les quarante-cinq dernières années. » D’où sont tirées ces lignes ? D’un texte de la Confédération générale du travail (CGT) ? Nullement : elles viennent d’un article de la Banque des règlements internationaux (BRI), une institution qui réunit chaque mois, à Bâle (Suisse), les banquiers centraux afin de « coordonner les politiques monétaires » et d’« édicter des règles prudentielles ». Ce n’est pas vraiment un repaire de marxistes ; pourtant, leur exposé sur cette « marge [de profit] d’une importance sans précédent » se poursuit sur vingt-trois pages (1).

Et qui redoute le pire ? « J’ai attendu et j’attends encore quelque normalisation dans le partage du profit et des salaires » car « la part des salaires dans la valeur ajoutée est historiquement basse, à l’inverse d’une productivité qui ne cesse de s’améliorer ». Or « ce découplage entre faibles progressions salariales et profits historiques des entreprises fait craindre (...) une montée du ressentiment, aux Etats-Unis comme ailleurs, contre le capitalisme et le marché ». Là, il s’agit de M. Alan Greenspan, ancien directeur de la Réserve fédérale américaine (Fed), qui livre ses inquiétudes au Financial Times (2).


http://www.monde-diplomatique.fr/2008/01/RUFFIN/15507
j'applaudis ton courage, je n'aurais pas pu répondre à ce mail...
C'est pas du courage, c'est de l'habitude... Je viens de forums que l'extrême droite avait colonisé... Alors quand je vois parler de gentils libéraux, qui sont presque d'accord avec moi, je leur répond dans la joie et la bonne humeur... D'ailleurs, libéralisme, c'est un de ces mots injustement mal connotés.
Lisez donc l'interview de Delanoë dans le nouvel observateur. Je suis sûr qu'il sera président en 2012...
Bonjoir,

35h/retraite, même combat?
Un article de MEDIAPART (9euros/mois, intelligent et sans pub!):


"Les manifs anti-retraite, symptôme du malaise des Français au travail - Mathieu Magnaudeix -

.../...Car les surcotes créées alors pour encourager à travailler après 60 ans ont fait flop. Visiblement, les Français veulent partir en retraite dès qu’ils le peuvent. Voire même avant. Quitte, parfois, à liquider leur retraite à la hâte, avec des points de cotisation qui manquent et donc des pensions amputées de plusieurs centaines d’euros. Un responsable de la Cnav, sous couvert d’anonymat, dresse un terrible constat : «Nous avons récemment interrogé des plus de 55 ans sur la raison qui les pousse à liquider leur retraite. Le résultat, c’est un réquisitoire impressionnant contre l’entreprise .» Cette étude de la Cnav, disponible en ligne, dit la même chose, en des terme plus nuancés. Selon cette enquête menée à l’été 2007, «les assurés satisfaits de leurs conditions de travail et de leur environnement professionnel sont minoritaires.
.../...A l’origine du malaise des salariés français, là encore, l’absence de reconnaissance pour le travail accompli...
.../...Loin d'être des paresseux rétifs à toute réforme, ces Français-là triment dur. Et ne voient pas pourquoi ils devraient, à l’avenir, travailler encore plus.
.../.."

Trois pages, avec interviews (fichiers son), graphiques, statistiques, liens références, pour analyser.
(lisible en pdf... me contacter en mp)

Le jour où les patrons et l'État comprendront cela....
putain y'en a marre de la gauche anti-libérale....why don't you get a fuckin' job....et essayez d'être productifs

Delanöe annonce qu'il est libéral et de gauche, prenez exemple sur lui ou alors allez former votre parti avec Besancenot
Bon, là pour le coup je veux bien porter un t-shirt judith Bernard' Spirit ;)



Sinon Baptiste, je n'ai rien contre retourner aux années 1980 et reporter des bandeaux fluos en écoutant Joy Division mais je crois que le monde n'est pas prêt à une telle régression :P
Si on retournait à l'équilibre de 1980 concernant la répartition de la production entre capital et salaires, entre 100 et 190 milliards d'euros iraient chaque année du capital vers les salariés, ce qui fait, grosso modo entre 300 et 600 euros de plus chaque mois par salarié.

Travailler plus pour gagner plus... Liquider les 35 heures pour augmenter le pouvoir d'achat...
L'argent, la France l'a, il suffirait juste de le distribuer... En tout cas ça m'a l'air aussi simple que ça.
Excellent article.
La politique, c'est avant tout l'art du possible. Les 35 heures en ont été une brillante illustration.
Mais de fait les hommes politiques ne font que justifier ce qui existe déjà, sans chercher à voir plus loin.
Fabriquer des machines à laver, pour se payer des machines à laver... Nous méritons mieux que ça !
Pourquoi cette justification perpétuelle du libéralisme, et de tout le contenu idéologique qu'il charrie ? Pourquoi nos vies devraient-elles se réduire aux achats que la société nous enjoint continuellement de faire partout ? Pourquoi nourrir cet individualisme forcené en faisant bruire des billets de banque à la figure des travailleurs épuisés que nous sommes ou devenons ? Pourquoi les hommes de gauche (!) s'accommodent-ils si bien du grand souk global, comme s'il n'existait rien d'autre ? Comment peuvent-ils manquer à ce point de révolte ?
Sans doute ont-ils trop dîné en ville, avec trop de chefs d'entreprise ou trop de publicitaires.
Oui la politique est l'art du possible. Mais aujourd'hui on ne parle plus que de "realpolitik". Encore une connerie de slogan de faux-cul !
Martine Aubry présidente !
Bonjour Judith,

J'aime assez ta maniere de creuser tes sujets, en y revenant chronique apres chronique, et en les liant a une actualite immediate. En plus je trouve que cette fois la frappe est tres juste: il n'y a pas de meilleur exemple que les 35h pour observer le fonctionnement d'une bataille ideologique.

Je vais tout de suite au fond et a la phrase de Stiglitz: La valeur du loisir est un élément de la richesse. C'est le genre d'evidences qu'il est effectivement toujours bon de rappeller.

A partir de la, les vraies questions politiques qu'on aimerait voir debattues, dans un vrai debat ideologique digne de ce nom, devraient etre simples: quelle est la part de l'arbitrage travail/loisir qui doit etre fixe par la loi, pour des raisons de choix politiques et civilisationnels, et quelle est la part de cet arbitrage qui doit etre laisse au libre choix des individus ? Question fascinante, rarement posee comme ca. L'autre question etant: quel est l'impact economique et social total d'une modification par la loi du rapport travail/loisir? Sur ce debat la, il y a quelques evidences, et beaucoup d'incertitudes. La premiere evidence, comme le dit un peu stiglitz, c'est que si on travaillait tout le temps, on n'aurait plus de temps a nous; et la seconde, c'est que si on ne travaillait pas du tout, on vivrait dans la misere. Et malheureusement en dehors de ces deux truismes, les economistes disent tout et son contraire. On n'a toujours pas reussi a mesurer clairement l'impact des 35h, et on a monte une deuxieme usine a gaz pour les vider de leur sens sans avoir aucun outil fiable pour en mesurer ne serait-ce que le taux d'adoption. Serait-il possible que derriere les arguments economiques et meme societaux avances partout se cachent des enjeux ideologiques majeurs?

Le debat ideologique revient de loin. Plus qu'ideologique, il est identitaire. Si on a un regard un tout petit peu sociologique sur le temps de travail, on s'apercoit qu'avec des cadres legislatifs tres differents, les pays qui ont eu une evolution economique comparable ont eu une evolution des durees de travail hebdomadaires assez semblables.sur de tres longues durees (avec peut-etre un gap USA-Europe ces 25 dernieres annees). Le temps de travail hebdomadaire est sans doute davantage lie a l'equilibre des rapports de production, comme aurait dit marx, qu'a la bataille heroique des partisans de l'emancipation generale contre les exploiteurs d'en face. Mais l'histoire sociale de la France se souvient des 40h du front populaire comme d'un moment epochal, indissociable des conges payes, un grand mouvement d'emancipation de l'homme (en allemagne, le premier a legiferer sur le temps de travail, c'est bismark, ce qui rend l'approche ideologique assez differente...). Quand mitterrand arrive au pouvoir, il cree une 5e semaine de conges payes, et il passe aux 39h, et ce faisant il s'inscrit symboliquement dans les traces du front populaire, et il marque une filiation.
Mais deja on voit immediatement le doute et le recul dans ce truc un peu absurde de passage a 39h. Le programme socialiste de 81 parlait de 35h, deja. Elles n'ont jamais ete adoptees, essentiellement parce qu'il n'y avait pas de volonte politique derriere. D'ou cette mesure batarde de 39h, qui ne peut evidemment repondre a aucune demande sociale d'emancipation. On imagine les petits patrons rassembler leurs employes et leur dire: "bon ben a partir de demain vous travaillerez 12 minutes de moins par jour", ce qui n'est evidemment pour la tres vaste majorite des emplois ni mesurable ni implementable... exemple pour moi typique de mesure qui n'a aucun sens: impact social nul ou non mesurable; impact economique nul ou non mesurable, bref une mesure purement ideologique.

Viennent les annees 90, et la crise. une idee, ca commence toujours par une idee, est lancee que nous sommes entres structurellement dans un monde ou il n'y aura pas de travail pour tout le monde. Parallellement, les partisans de la decroissance rencontrent leurs premiers echos intellectuels (il s'agit bien d'une bataille ideologique!): nous n'avons plus de croissance, mais est-elle seulement souhaitable? Larroutourou, membre du PS, est en pointe sur ce sujet et lance, efficacement, dans le debat, le projet - plus radical et plus interessant que les 35h - de la "semaine de 4 jours". Mais on est passe subrepticement de l'emancipation des hommes a la lutte contre le chomage. Un peu plus prosaique, certes, et d'ailleurs ideologiquement plus porteur en pleine crise economique.

Sur ce la droite - ideologiquement sur la defensive, car n'ayant a l'epoque rien a opposer a la reduction du temps de travail comme moyen de reduire le chomage. C'est l'epoque de la loi Robien. En 96, Rocard rencontrera Juppe pour lui proposer une (plutot bonne) idee: moduler les charges sociales en fonction du nombre d'heures, de facon a inciter les entreprises qui le peuvent a negocier qui la semaine de 4 jours, qui les 35h, etc...
Vient la divine surprise de la dissolution. Dans ce contexte, les 35h vont etre presentees de 3 manieres differentes, assez revelatrices ideologiquement:
- l'arme absolue contre le chomage
- la preuve par neuf que le gouvernement jospin est "de gauche"
- une mesure civilisatrice
Je passe rapidement sur la seconde justification; mais la premiere n'a jamais ete mesuree (il eut ete souhaitable de proposer une methodologie d'evaluation en meme temps qu'on votait la loi...), et la derniere revient a porter une opinion au nom de la societe sur l'equilibre souhaitable travail/loisir, ce qui est democratiquement legitime, mais n'est pas une justification en soi.

Le reste de l'histoire est connue: economiquement, rien n'a ete clairement demontre, et on en est reste au registre des croyances; la droite, aiguillonnee par un medef assez revanchard (n'oublions pas que le medef est ne de l'explosion du CNPF a l'issue des decisions de jospin sur les 35h) a mene l'offensive qu'on sait, sans rien demontrer non plus, et a pris aujourd'hui des mesures dont elle ne mesurera pas non plus les effets.

Mais ce qui est interessant, c'est que, deja en 97, les 35h ne repondaient pas a une authentique demande sociale ou syndicale. Seule la CFDT portait cette revendication, et pas sous la forme adoptee. On peut passer une vie a se demander si les "vrais gens" sont gagnants ou perdants des 35h, le fait est surtout qu'ils n'avaient rien demande. De la meme maniere, il suffit de parler a des chefs d'entreprise pour s'apercevoir que les "35h", c'est un slogan poujadiste qui fonctionne assez bien aupres de certains, mais pour la plupart ce n'est pas un sujet. Parlez leur du cout des charges patronales, de l'insecurite juridique dans laquelle les plonge un code du travail complique (et en realite incomprehensible pour le commun des mortels qui n'a pas 3 cabinets de droit social a sa disposition), des lenteurs administratives, la oui vous avez des chances de rencontrer une demande sociale des petits patrons. Mais l'organisation et le temps de travail, franchement, bof, ou alors qu'on me les montre, ces patrons dont les 35h pourrissent reellement la vie.

Et elle est la, la vraie "ideologie", dans ce truc tres shadokien qui consiste a depenser des milliards pour construire une usine a gaz, puis d'autres milliards pour en construire une autre chargee de l'annuler, sans que personne ne se soit penche sur les demandes sociales reelles des acteurs. Et tout simplement, si les evidences qu'enonce Stiglitz sont vraies, alors le role des politiques devrait etre de s'interroger sur l'equilibre travail/loisir que veulent leurs administres, en presentant objectivement les elements du "deal". Si on estime qu'il y a un ecart entre la demande sociale et les possibilites d'organisation spontanee au niveau des entreprises, il faut le demontrer au mieux et il est legitime de legiferer; si on estime qu'il y a incompatibilite entre la legislation et une demande sociale de "pouvoir d'achat", alors il faut le demontrer et il est legitime de legiferer. Mais puisque rien de tout ca n'a ete fait, on ne peut que rester consterne devant l'inanite du debat! Au passage, voila un vrai sujet pour une eventuelle democratie participative; voila un vrai sujet ou il est vrai de pretendre que les gens sont les meilleurs experts de leur vie, et qu'il faut les ecouter.
Les acouphènes idéologiques de la société libérale neutralisés, ça fait un bien fou aux oreilles !
C'est très étrange que cette situation, vous ayez l'air de la découvrir !
Ou est ce que vous l'avez constaté depuis longtemps, et vous en faites part seulement maintenant ?

Déjà avant les élections, c'était visible, et ça n'a rien à voir avec Royal.
Le problème des 35 heures, c'est qu'évidemment c'était une réforme favorable du point de vue du temps de loisirs pour les salariés, mais qu'il y a eu une contrepartie, c'est la flexibilité.

Et cette réforme s'est faite dans la douleur du point de vue des salariés.
Autour de moi, parmi les gens que je connais, il y a eu lors des négociations des piquets de grève matraqués par les CRS, des situations où les salariés se retrouvaient à passer plus de temps sur leur lieu de travail qu'auparavant car les pauses étaient trop courtes pour qu'ils retournent chez eux, et beaucoup plus longues qu'auparavant. .....Et ça s'est extrêmement mal passé à beaucoup d'endroits. C'est un détail, mais moi qui ne suis pas dans le privé, je travaille hors RTT 36 h12 au lieu de 35 heures réglementaires par semaine pour des raisons obscures, tandis qu'un certain nombre de mes avantages ont disparu........ Je ne me plains pas, j'ai gagné quelques heures par semaine, mais c'est un indice. Quand on me parle des 35 heures, ça me crispe.

Beaucoup de salariés, surtout dans le privé, prennent très mal le fait même qu'on leur parle de cette période. Soit parce que ça c'était mal passé, soit parce qu'ils y ont perdu beaucoup d'avantages (que celui qui préfère reculer plutôt qu'avancer le dise), soit parce qu'ils n'en ont tout simplement pas bénéficié.
Et ça a effectivement créé beaucoup d'emplois, mais officiellement, comme les socialos étaient déjà dans la doxa ultra-libérale, (pas de relance par la demande, ça servirait les dominés) ça n'a jamais été défendu ainsi, et tous ceux qui ont des emplois aujourd'hui grâce à ça ne le savent même pas.
C'est certainement une des principales raisons pour laquelle Jospin a été éjecté du premier tour des présidentielles en 2001.
Alors les socialos, qui probablement l'ont su par des sondages private, ont toujours fait profil bas depuis à propos des 35 heures;
C'est pour cela que Sarko a glané des voix hors de son électorat (les patrons étant hostiles aux 35 heures pour des raisons évidentes), en critiquant les 35 heures sans dire exactement pourquoi. C'est un tacticien qui sait jouer sur les ressorts émotionnels. Et les socialos ne pouvaient pas dire grand-chose. Ils savaient que c'était le sujet qui fâchait, et Royal, la première.
Les socialos et donc la pseudo gauche genre Libé se sont mis dans la situation d'un mec qui trompe sa femme et qui, au lieu de le lui dire et de tout recommencer comme avant, s'est mis le doigt dans un engrenage où sa maîtresse, la pensée libérale, a tous les droits.
Et il n'y a pas que dans cette situation. c'est tout le temps comme ça.
Et ils laissent à leur gauche tout un électorat qui vote pour eux à défaut, ou les trompe à leur tour avec le premier aventurier venu.
Mais comme cela, on ne lave pas le linge sale en famille, seulement les petites culottes en aparté.
Je n'ai pas lu les commentaires précédent (donc excusez-moi si quelqu'un y a déjà fait allusions), mais sur arte info, lundi ou mardi, il y avait aussi une interview du même prix nobel d'économie et le reportage n'était pas assassin envers les 35h et il était même plutôt en accord.
Que cet articile fait du bien, enfin un bon recadrage de la situation idéologique.

Mais un peu d'histoire ne peut nuire.

Rappelons que Pierre Larrouturou qui a travaillé avec Robien à la Mairie d'Amiens, quand il en était maire et lui consultant chez Andersen Consulting, a été à l'origine de la première loi de Robien, qui autorisait les entreprises à conclure des accords de 32 heures, oui, vous avez bien lu, celui qui a introduit la réduction du temps de travail était Robien, un ex-ministre de droite.

Cela a eu un peu de succès, on a vu le potentiel de réorganisation des entreprises, la marge de manoeuvre intéressante en manière de négociation, les patrons sociaux et les patrons malins, plus les patrons dynamiques s'en sont saisi.

Alors et alors seulement, Jospin et Aubry, constatant que la droite s'y était engagée, a prolongé le mouvement. L'objectif réduire de 10% le temps de travail, augmenter de 6% l'effectif, réorganiser de manière plus efficace et maintenir les salaires.

Petit souci, Aubry n'a fait qu'un petit pas, les 35 heures, c'est-à-dire un pas qui ne forçait pas suffisamment les entreprises à recruter, mais bien davantage à augmenter la productivité, les 32 heures réduites à 4 jours de travail comme sous Robien auraient démultiplié l'effet recruteur de la loi. Mais bon, les entreprises qui ont joué le jeu s'en sont trouvées mieux organisées, elles ont obtenu l'annualisation du travail, davantage de souplesse en échange d'une baisse du temps et d'un maintien des salaires.

Tout s'est affolé avec la seconde loi et Ségo a raison, on n'a pas su anticiper le manque d'effectifs dans les hôpitaux, bref tout ceux pour qui le temps de travail, c'est du face à face avec le public, pour ceux-là, la réduction ne peut se faire que s'il y a suffisamment de monde sur le marché de l'emploi pour compenser chaque heure.

Puis-je ajouter que dans toutes les entreprises où je suis intervenue, il y a eu 6% de création d'emplois, réellement, quand les boîtes jouaient le jeu, il y avait une vraie évolution collective et sociale. Et les gens avaient davantage de temps pour s'occuper de leur vie.

Osera-t-on rappeler que la baisse du temps de travail est historique : le dimanche, le week-end, 47 heures, 40 heures, 39 heures, 35 heures. Même les artisans prennent aujourd'hui des jours de congés, c'est la montée de la société de loisirs, et faire soi-même sa pizza, son ménage, les travaux d'intérieur au lieu de les faire faire grâce à un meilleur salaire, c'est un choix de vie, le salaire n'est pas le même, le plaisir non plus.

J'en parle dans ma petite histoire du temps sur mon blog.

http://anthropia.blogg.org
[quote=. (Entendez comme cette expression : « en avoir envie », fait une incroyable musique, impensable dans la rhétorique politique contemporaine. En irresponsable rêveuse moi-même, je me permets de prolonger son inoffensif caquetage, en osant demander du temps pour aimer, pour se cultiver pour s’épanouir, pour créer pour exister, pour penser, rêver et construire les autres mondes possibles : activités constitutives de la condition humaine, et qui devraient la distinguer de celle l’industrieuse fourmi.)]

Enseignante, je me suis offert un mi-temps pour vivre, penser, créer, rêver... Et depuis je vis chichement mais je vis, je pense, j'écris, j'"informatise", je dessine ... ou plutôt je vivais. Pour l'année 2008-2009 les temps partiels ont été interdits. Nous voilà tous obligés de "travailler plus pour gagner plus"...et dépenser plus ! Pourtant, deux mi-temps ne coûtent pas plus cher qu'un temps complet. Vouloir travailler moins est tellement mal vu que même les syndicats n'ont pas levé le petit doigt pour dénoncer cette mesure abusive.

Merci Judith pour cet article.
Insurpassable Judith !!!
Je me régale à chaque fois. Continuez à décortiquer de la manière la plus claire comme toujours (et non pas laborieuse comme d'aucun le prétend...)
Oh ! Judith !

Dieu sait que je suis fan de vos lumineuses interventions,

Mais, franchement, sur les 35 heures vous auriez mieux fait d’attraper la scarlatine plutôt que de nous infliger ce laborieux pensum !

Il se trouve que j’ai eu le bonheur de partager quelques années avec une prof de lettres classiques, certifiée seulement, 22 heures de cours hebdomadaires si mes souvenirs sont bons, huit mois et demi sur douze environ selon la règle inflexible des congés scolaires quasi-permanents…

Et bien sûr un travail de Titan pour préparer les cours et corriger les copies…

De mémoire très peu d’heures hebdomadaires y suffisaient avec 20 ans d’expérience.

C’était une très bonne prof, ses élèves avaient de la chance : cultivée, subtile, pédagogue, passionnée, enthousiaste, charmeuse, amusante, joueuse…

Mais on ne peut pas dire que son nombre d’heures de travail était réellement impressionnant !

Même si, comme elle le disait volontiers, une heure de cours c’est plus fatiguant qu’une heure de bureau (ou de machine à café).

Trêve de plaisanterie : tout le monde est d’accord pour ne rien foutre !

Moi le premier.

Retraite à 25 ans pour tous et aides massives pour ceux qui ont la malchance d’avoir moins de 25 ans…

Une seule question : qui paie et avec de l’argent fabriqué où, et par qui ?

Parce que la réalité est moins reluisante : nos trop nombreux flemmards professionnels, abstentionnistes systématiques des tâches pénibles avec quel argent vivent-ils ?

Avec celui gagné par les esclaves du privé dont beaucoup travaillent 40, 50, 60 ou 70 heures par semaine, ce qui est naturellement une honte (quoique ! Il existe des gens qui aiment leur travail, à l’occasion) mais surtout une bénédiction pour l’armée immense de ceux qui trouvent tout naturel de travailler peu et de manger beaucoup…

La France est le pays de tous les records Judith :

- l’entrée au travail la plus tardive
- le départ à la retraite le plus prématuré
- le chômage le plus massif des jeunes
- le chômage le plus effroyable des seniors
- le nombre d’arrêts de travail le plus élevé
- le pourcentage de fonctionnaires le plus stupéfiant
- le temps de travail annuel le plus faible…

Soyons aussi clair que possible, à la fin de l’envoi je touche…

Je déteste de toute mon âme le lamentable pouvoir actuellement en place,

Mais nous le devons aux excès de ceux qui, comme vous, s’entêtent dans une idéologie stupide, mortifère et économiquement suicidaire depuis trente ans, simplement parce que gagner plus en ne faisant rien c’est évidemment très confortable…

Mais confortable pour qui ?

Pour les esclaves du privé ? Ceux du tiers et du quart monde qui fabriquent la plupart des objets qui encombrent vos appartements pour des salaires mensuels que vous refuseriez avec indignation pour deux heures de travail ? Les exclus variés, ceux que notre petit paradis social – si bien protégé par notre service public qui ne le cède en rien à Sainte Blandine - laisse benoîtement au bord du chemin sans se retourner, SDF et autres RMIstes, crétins qui ne sont pas parvenus à se faire embaucher par l’état providence ?

Ou pour ceux qui se sont mis à l’abri, salaires garantis, horaires très modestes, emploi à vie et retraite copieuse de bonne heure…

Une bonne réponse permet de revenir en deuxième semaine…
Merci Judith et bravo. Un bol d'air frais ça fait un bien fou.
Bonjour,

Oh la claque qui réveille!
Merci et j'espère (on peut réver...) que des journalistes à Libé ou des politiques au PS (le 1er qui rit: Guantanamo!) vont avoir honte ne serait(?) ce que 10 secondes...

Quelle détresse que d'être des crottes qui avancent, encadrés par des socialistes ( des socia quoi? des socio dem quoi? des gauch quoi? DSK? Sego? Delanoé? vite mon oxygène! ne pas rire!) et des journalistes (vite le dictionnaire! c'est quoi?) pour faire avancer et mordre les mollets....

Vous êtes une Passo.. Pasonia, Passona... euh....(psst Gougle?) [s]Passonaria[/s] Pasonaria des mots/idées décortiqués!!!
Merci (que cela fait du bien )

(ps: proposition soumise à votes:
parler dorénavant de "l'extrême" capitalisme ou de "l'extrême" libéralisme, comme on parle de l'extrême droite ou de l'extrême gauche...)
Les 35 heures rendent idiots !
Alors que le débat économique qui avait précédé les premières expériences françaises de réduction significatives du temps de travail – sous un gouvernement de droite (loi De Robien ! en 1996) - était riche (on parlait de productivité, de choix de société, de solidarité, on convoquait l’histoire économique et sociale…) celui qui accompagne leur remise en cause est d’une pauvreté affligeante :
- On mélange micro et macro (ce qui est vrai au niveau individuel - je travaille plus, je gagne plus - ne l’est plus pour l’ensemble de l’économie. C’est comme au théâtre, si je me lève pour mieux voir, ça marche, si tout le monde fait comme moi…).
- On oublie les tendances lourdes de l’histoire : la lutte pour le temps libre, ou plutôt le temps libéré de la contrainte économique.
- On confond temps libre et oisiveté : on peut être désœuvré au travail et très actif en vacances ou en retraite, ou encore à la maison…
- On garde la tête dans la mêlé : « si on ne travaille pas davantage, les chinois vont nous passer devant »… avec ce type de raisonnement les Horace et les Curiace continueraient encore à se chiper leur femmes !

La planète se dérègle (tous les clignotants virent au rouge), et on nous martèle croissance, croissance, croissance… sans s’interroger sur le contenu de cette dernière.

Tant que la gauche aura honte d’avoir voté la retraite à soixante ans et les trente-cinq heures, tant qu’elle laissera la parole (et l’action) à des incompétents vaniteux et cupides, tant qu’elle ne retrouvera pas le chemin des chaumières elle ne sera que la cinquième roue d’un Parlement émasculé…
Bel article, comme toujours. Je me permet toutefois de souligner ce qui me semble être un peu d'hypocrisie de votre part, je cite :
Ces articles-là, jour après jour, disséquant par le menu les histoires d’ego des responsables socialistes sans jamais rien dire du fond de leur position et de leur vision politiques, comme s’ils n’en avaient pas aussi, sont une véritable entreprise de désubstantialisation de la vie politique dont on mesure mal, je crois, la profonde toxicité. Ces articles là, comme vous dites, sont certainement un moyen de faire du people de façon détournée. Mais le choix de s'intéresser plus aux personnalités qu'à leurs idées n'est pas exclusivement le choix des journalistes. Car ce sont aussi les politiques, de gauche comme de droite, qui les ont emmenés sur ce terrain. Le tort des journalistes est certainement de ne pas suffisamment chercher à revenir sur le terrain des idées, la faute aussi en partie aux lecteurs que ça intéresse indéniablement moins que le côté "Dallas" de la vie politique. Mais ne soyons pas hypocrites : "comme s’ils n’en avaient pas aussi"... L'exemple des 35 heures est révélateur et symptomatique de l'état du PS : personne à gauche n'est prêt à en parler du fait d'un bilan, il faut bien le reconnaître, mitigé, et au décryptage, qui plus est, très complexe, d'autant il n'est plus l'heure pour eux de défendre de grandes idées. Aubry elle même voudrait bien les faire oublier pour revenir sur le devant de la scène. Si les journalistes ne traitent plus la question des 35 heures, c'est qu'il n'y a plus personne à gauche pour en parler. L'entreprise de "désubstantialisation de la vie politique" dont vous parlez est pour partie initiée par les politiques eux-même. Quant au véritable problème du PS aujourd'hui, il s'agit certainement de l'absence d'idéologie unificatrice pour succéder au socialisme, auquel, ce n'est pas un secret, presque plus personne n'adhère vraiment au sein PS. On ne peut pas se contenter de faire de la négation de l'idéologie libérale, défendue à droite, une idéologie de la négation.


Delanoë n’a donc plus rien dit de la question depuis quatre ans ?Delanoë sait bien qu'il ne vaut mieux pas se risquer sur le terrain de la politique nationale, où son parti est un peu faible, c'est un euphémisme, depuis quelques années, quand on est en position de force au niveau "local". C'est sans doute triste, mai il n'est réellement pas invraisemblable qu'il n'ait fait aucune déclaration significative sur la question des 35 heures depuis 2004.
Le slogan sarkozyste "travailler plus pour gagner plus" est des plus déroutants. Comme un slogan publicitaire, il se retient bien et couvre le vide de son contenu dans une musique bêtifiante, répétée mille fois dans les médias. Les spectateurs, en bons chiens de Pavlov, entendent le slogan en boucle et le répètent, slogan dont l'omniprésence donnerait presque valeur d'argument.

La réforme des 35 heures permettait un véritable progrès, c'est à dire de travailler moins pour gagner autant. Aujourd'hui, le mot "réforme" est employé pour toutes les initiatives gouvernementales. Mais tout changement n'est pas synonyme de progrès. Sarkozy cherche à augmenter la durée légale du travail. Retour aux 40 heures ? Régression, donc, et non réforme. Qui a dit 40 heures? 45? 50? Supprimer les congés payés?

Le projet du travail le dimanche démolit déjà le week end tel qu'on le connaît, avec ses loisirs, ses sorties familiales, et la possibilité de créer des liens sociaux, notamment le samedi soir, puisqu'on ne travaille pas le lendemain. Comment voir ses amis, sa famille, quand le week end est aboli et que les heures de travail dévorent le temps pour soi?

Alors évidemment, l'UMP argumente que ne travailleront le dimanche que les gens qui le souhaitent.

Mais je vois d'ici la discrimination à l'embauche: "Vous ne souhaitez pas travailler le dimanche? Tant pis. J'ai là une pile de CVs de gens qui seront prêts à travailler le dimanche pour décrocher cet emploi."

Travailler plus pour gagner plus. Encore heureux. Il ne manquerait plus qu'on travaille plus pour gagner autant, ou qu'on travaille plus pour gagner moins. Demandez donc aux employés de Renault ce qu'ils pensent du slogan sarkozyste, maintenant qu'on les menacent d'une délocalisation s'ils refusent de renoncer à leurs RTT.

Plutôt que de travailler pour vivre, on voudrait nous faire croire qu'il faut vivre pour travailler, que c'est le but ultime d'une existence réussie.

Ma génération peut aussi dire adieu à la retraite. On vivra, on mourra au travail, comme ces bons vieux mineurs à l'époque de Zola.

Pour échapper à l'invasion des phrases creuses, peut-être faudrait-il créer de nouveaux slogans:

Travailler moins pour vivre plus.

Travailler moins pour vivre vieux.

Travailler moins pour vivre mieux.
Sarkozy a raison, certains journalistes sont bien plus crédibles à remettre en question l'idéologie unique ambiante que ses adversaires politiques.
Bravo Judith.
Un excellent article du non moins excellent mensuel Alternatives Economiques:http://www.alternatives-economiques.fr/les-35-heures--bouc-emissaire_fr_art_690_35858.html

PS: en lisant le paragraphe sur Stiglitz, je pensais à un truc "marrant": lors d'émissions, quand est reçu un économiste de gauche, c'est toujours mentionné ("économiste proche du PS") mais jamais quand il est de droite!!
Comme si être de gauche biaisait l'opinion de l'interlocuteur mais pas quand on est de droite...
Merci Judith!
Grâce à votre texte (et aussi aux commentaires), je me sens moins seul derrière mon écran...
A propos de la "valeur travail" citée par CHACHOUMIAOU : ne croyez-vous pas qu'il serait bon de dénoncer l'arnaque? et démonter également le "travailler plus pour gagner plus" (la pauvreté de ce slogan me donne le vertige).
Je compte sur vous!
Bravo Judith pour ce souffle d'air frais dans ces temps brumeux où le capitaine corne à tout moment qu'il faut le suivre car il a raison…

Et le PS suit !!!
Ce que je ne comprends pas c'est cet unanimisme d'idée.
Jamais le Monde n'a connu d'époque où une doctrine balaye tout sur son passage ("Il n'y a pas d'autre alternative"). Ah oui peut-être le communisme à Moscou !!! Piètre résultat.

Une petite anecdote pour remettre les choses en place: j'ai entendu un jour à la radio un journaliste américain qui relatait que le patron (lui aussi américain) d'un grand transporteur mondial lui avait confié que sa plate-forme parisienne était la plus productive de la planète bien qu'appliquant les 35 heures. Dans le même sens, je crois avoir entendu qu'il en était de même pour l'usine Toyota française.
Quand l'idéologie tourne le dos à la réalité.
Merci Judith de l'avoir si bien montré, Libé c'est pas terrible ces temps-ci.

Ensuite, il faut dire aussi (et c'est lié) que l'emprise (ou l'héritage, déjà) du royalisme fait que le PS lui-même n'ose plus défendre ses 35 heures comme il le faudrait (il y a d'autres raisons : par exemple Mélenchon et Filoche reprochent aux 35h d'être une mesure d'inspiration rocardienne, avec Aubry dans l'héritage de la CFDT, etc. )

Au total, paradoxalement, ce sont plus le PCF et les Verts qui défendent les 35 heures dans leurs discours.

A part ça, irez-vous manifester samedi ? Il y a de quoi, non ? http://www.fcpe.asso.fr/ewb_pages/t/terrain2129.php
Ca fait plaisir de lire cette chronique, depuis le temps que je m'énerve devant cette "religion du travail" (parce que ça va plus loin que la "valeur travail" à mon avis!).
Dans le discours dominant aujourd'hui, "travailler", c'est une fin en soi, c'est intrinsèquement bon, et tout le monde doit aimer ça, sinon, on est pas normal et surtout on est un mauvais élément de la société. Comme c'est si bien dit dans l'article, jamais on n'interroge cette valeur: il me semble que travailler, c'est d'abord pour accomplir quelque chose, sinon, comment s'en satisfaire? Combien de fois les gens balancent leurs horaires de travail comme justification ultime, "moi je travaille tant d'heures par semaine madame!" Oui et alors? Est-ce un signe de vertu absolue?

Je me rappelle avoir beaucoup rigolé des déclarations lyriques de Lagarde, "choisissez un travail que vous aimez et vous n'aurez pas l'impression de travailler un seul jour!" (à peu près...) Fantastique, allons dire cela à ceux qui font un boulot pourri et mal payé pour ne pas être au chômage, et au passage, si on a des enfants, eux auront peut-être conscience du fait qu'ils ne voient jamais leurs parents, même si ceux-ci s'éclatent tellement au travail qu'ils n'ont "pas l'impression de travailler"... enfin.

On pourrait aussi bien s'interroger sur ce qu'on pourrait appeler la valeur "travail-argent": on valorise les comportements qui consistent à se défoncer au travail pour faire de l'argent, comme si devenir riche était une preuve de vertu et que la recherche de la richesse était en soi un but très noble (sans compter que beaucoup de gens travaillent beaucoup et restent pauvres mais c'est une autre histoire!). Ah les Français qui ont un "problème avec les riches issu de la culture catholique qui considère l'argent comme quelque chose de sale" etc... Toujours mieux à mon avis que les cultures où on évalue les gens en fonction de la taille de leur maison et du prix de leur voiture, mais bon, ça reste mon avis.

Même chose d'ailleurs avec cette religion stupide du "lever tôt". "Les gens qui se lèvent tôt" sont les gens qui travaillent. Ceux qui se lèvent tard et travaillent plus tard, pour dormir le même nombre d'heures, on sait pas pourquoi, mais c'est beaucoup moins bien. Il est plus vertueux de se lever à 6h et de se coucher à 22h, que de se lever à 9h et de se coucher à 1h du matin, même si on passe autant de temps éveillé. Ne demandez pas pourquoi, c'est comme ça.

En bref, quand on regarde les médias on a l'impression que la société française est pleine de gens qui crèvent d'envie de travailler beaucoup plus parce qu'on les en empêche (alors que souvent, ils aimeraient déjà qu'on les paye à la hauteur du travail qu'ils font DEJA!) et d'employeurs qui rêvent de pouvoir payer plus leurs employés, si seulement ils pouvaient les faire travailler plus! (alors que dans certains supermarchés par ex, on vous fait des contrats de 33h au lieu de 35 histoire de vous payer moins, et gare à ceux qui ont fait des heures de trop...)
Cela correspond peut-être à la situation de certaines personnes dans certaines entreprises, mais j'ai comme l'impression que c'est une présentation légèrement caricaturale de la société française...
... et surtout, merci de souligner cette féroce ardeur de la gauche à défendre les 35 heures, qui sont un progrès pour les salariés, quand les accords sont bien négociés entre syndicats/délégués du personnel/patrons/employés. Ce qui fut le cas dans la boite où je travaille, ce qui me permet de récupérer concrètement un peu plus de récupération supplémentaire après avoir terminé une nuit - la convention collective est ainsi presque respectée.

Quelle surprise, l'ultra-droite, mais ce n'est pas nouveau, est contre ce dispositif. Ben oui, normal, les actionnaires n'en sont pas les bénéficiaires directs - et la CAC 40 est contre: la messe est dite, l'idéologie est entérinée, voire cimentée dans le crâne des extrêmes-libéraux.

Le résultat final est déjà trouvé, il ne leur restait qu'un démonstration, pour la forme, à mettre en place.

Rappelons simplement que ce gouvernement est en train de détruire peu à peu ce qui reste de la sécurité sociale, permet aux OGM de s'avancer de façon significative en France, appelle la population à mépriser les grévistes, contrôlent les trois quarts des médias - et donc la diffusion de l'information - depuis un certain ancien ministre de l'intérieur; il avalise les arrestations au faciès, ne veut pas des caméras dans les centres de rétention, négocie sans complexes avec les tueurs kadhafo-Poutino-Jintaoiste, tombe le masque avec les caisses vides, veut contrôler sans le reconnaitre (et bon courage) le buzz sur la toile (la presse papier et le journalisme audio-visuel, c'était bien trop facile), s'embourbe en Afghanistan pour faire plaisir au débile actuel à la tête de l'Amérique; flingue les hôpitaux, ferme les tribunaux, offrent des milliards [s]aux salariés[/s] à leurs potes au train de vie décomplexé, avalise les tests ADN, a rétabli les quotas de reconduite aux frontières (Pasqua doit être assez content, lui qui finira bien par être condamné vers l'âge de 125 ans au rythme où vont les choses), a finalement forcé la mécanique d'une constitution européenne refusée la veille par référendum, a tenté de transformé l'essai foireux du CPE/CNE (pour mémoire, et pour ceux qui ne le savaient pas, Sarko en est autant l'instigateur que Villepin, je ne m'en lasse pas de le rappeler - à part le Canard, ça n'a pas vraiment été relevé au grand jour à l'époque) avec le contrat unique

Sans oublier évidemment la grande vie de l'entalonné tombeur de mannequins, vacancier yachtisé et falconisé dans des endroits aussi rustiques que WOLFEBORO PAR EXEMPLE, son augmentation perso de 172%.. sa croyance que l'on nait pédophile et homosexuel (les concepts se bousculent sous le crâne de monsieur 53%).. qu'il y a "trop de Musulmans en France".. sa volonté de renouer l'église et l'Etat, de rendre fréquentables les sectes dont il a été démontré dans les faits la nuisibilité (je sais pas trop si ça se dit comme ça...) ... ni sa grande estime de la Constitution qu'il voulut détourner. Pourquoi ne pas rendre les handicapés mentaux responsables de leurs actes, tant qu'on y est ? Mince, c'est déjà au programme.
C'est pas bien grave tous ça, la dissémination des GENES DE MAÏS TRANSGENIQUE sera facilité par les RESTES DU NUAGE DE TCHERNOBYL, qui n'était pas bien dangereux à l'époque puisque celui qui aurait dû informer les gens, à l'époque, ne l'a pas fait.
Comment s'appelait-il, déjà ?
Le bien-être et la sécurité des Français était déjà sa première priorité, et elle continue à l'être actuellement.

Alors, les 35 heures, pour ces braves gens du gouvernement, ne sont qu'une aberration de gauchistes attardés. Il faut l'éradiquer au plus vite. Et comme la moitié des Français (53%, je l'ai déjà dit ?) a soit la mémoire courte, soit pardonne bien facilement au roi des recherches ADN lors des vols de scooters, le gouvernement aurait bien tort de ne pas se lâcher.

A l'inverse de la grenouille qui finit par cuire dans son bocal qui mijote à petit feu (merci je ne plus quel(le) @sinaute qui l'a brillamment évoqué il y peu je ne sais plus où), il ne faudra plus oublier de crier haut et fort qu'on refuse cet état de fait - manifs, internet, associations, vote-rejet...

... car quand on élit un bâton, faut pas s'étonner de se le prendre régulièrement sur le coin de la figure.
Excellente analyse hélas basée sur le quotidien qui devrait être le fer de lance de la riposte contre la doxa libérale: Libération.

Depuis quelques années (et ça s'accentue), j'ai l'impression d'être dans la pièce de Ionesco, Rhinocéros (à lire d'urgence pour ceux qui ne connaissent pas), je perds mes repères, les mots changent de sens, mes valeurs sont bafouées, moquées, piétinées, mes références marginalisées ou ignorées... Le syndrome du Dernier des Mohicans. A vous lire et à lire ce forum, je ne suis pas encore le dernier mais je crains que nous ne soyons bientôt que très peu nombreux à résister. D'autant que la nouvelle idéologie s'immisce subrepticement par toutes sortes de canaux les plus pernicieux (dont la pub n'est pas le dernier: cf. les campagnes actuelles détournant l'image de Coluche ou le réchauffement climatique).
bravo judith
mais dommage
qu'aucun syndicat n ait la même analyse
qu aucun homme politique de gauche n ait la même analyse
qu'aucun média dit de gauche n ait la même analyse
qu'aucun économiste n ait la même analyse
sont ils a ce point prisonnier de "l idéologie ambiante qu ils ne pensent plus ??? qu ils n osent plus avoir une pensée non conforme a la pensée unique

Reste les silencieux dont on ne parle jamais parcequ ils ne meritent pas la parole
Des fois, ça fait un bien fou de ne rien avoir à redire. Merci Judith !
Excellente chronique.
Avec la brillante analyse de Judith voici mis en lumière ces journalistes qui souhaitent (ou semblent) ménager la chèvre et le chou sur leur feuille pour plaire à un maximum de lecteurs (la dure lois du marché !)
Merci pour cette chronique, je me joins au choeur des applaudissements pour cette leçon de lecture de Libération.

Hurluberlu
Applaudissements nourris et... mais... qu'est ce que c'est... UNE OLA, et oui mon p'tit Jean-Mimi, c'est une ola que nous offre le Davy Borde!
Une ola en solo?
Apparemment non...

et puis le "de Gauche" avec les guillemets... huuuuuuum! Un ré-gal!
je vais rien rajouter de plus : c'est toujours un plaisir de vous lire !
Magnifique chronique
Ben si c'est pas d'utilité publique ça ma p'tite dame !!!

Bravo Judith ! C'est clairvoyant et tout aussi clair !

A voté !


;-))
On est content d'avoir le privilège de lire Judith Bernard, mais on est triste de ne lire nulle part ailleurs (je ne suis pas partout, mais en gros) ce qu'elle nous raconte ou explique ou dévoile...
bravo !!!!!!!!!!............ et merci............
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