Météo, Chrysanthème, Noël, et Catalogne : la hiérarchie de l'info selon Pernaut
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Météo, Chrysanthème, Noël, et Catalogne : la hiérarchie de l'info selon Pernaut

JT inversé, mode d'emploi

Spéciale défi. Cet exercice fait partie des sélections pour entrer à la fac des chroniqueurs télé. Car on le connaît tous Pernaut : sa caricature des Guignols, son obsession de l'artisan fabriquant des chaises en rotin, ses dérapages assumés sur les Roms et les migrants. Le cas Pernaut est réglé depuis longtemps. Mais toutes ces critiques sont un peu faciles, car au fond, on connaît mal son journal. C'est en tout cas ce qu'il a déclaré sur RTL la semaine dernière : "Ceux qui me critiquent ne regardent pas mon journal". D'accord Jean-Pierre, défi accepté. On a donc regardé les cinq JT de cette semaine. Et comme prévu, on est maintenant hyper calé sur la Camargue. Mais pas seulement...



Les températures se sont un peu rafraîchies dans le Cotentin. Comme vous le savez, le 13h de Pernaut commence invariablement par "les prévisions météo d'Evelyne Dhéliat".

Suivi par un sujet de saison... la mer, l'automne, l'anémone ou la renoncule



Pas de sommaire dans le 13 heures de Pernaut (contrairement à tous les autres JT), c’est censé ménager le suspense sur les sujets traités. Mais c’est un faux suspense. Car bien évidemment, le JT de Pernaut, ce sont les régions, les retraités ou mieux les retraités en région.

Cette semaine, on a croisé Colette, 86 ans, qui détient le plus vieux café de France à Labastide-d’Armagnac, dans les Landes, depuis 1885.



On a fait coucou aux mamies qui tricotent pour les restos du coeur



Et on a tremblé pour les pensions des retraités de St Gilles de croix de vie qui passent dans les machines à sous du casino.

De la météo, des régions, des retraités. Et des cartes postales de la Camargue évidemment :



Mais Pernaut, ce sont surtout des sujets sur “le quotidien” des Français.

C'est l'automne, il faut ramasser les feuilles ? Allez hop, un sujet sur madame feuille morte :



C'est la fin des vacances de la Toussaint ? Allez hop, un sujet sur ces vacanciers qui font leurs valises


C'est bientôt Noël ? Enfin bientôt, vous avez encore 7 semaines. Mais bon, allez hop, deux sujets sur Noël :


Un seul mot d'ordre dans le JT de Pernaut : le quo-ti-dien. D’ailleurs, il est quelle heure ? 13h ? Humm, c’est l’heure de manger. Ca tombe bien, Pernaut ne parle que de ça ! Nous, après cinq jours, on a une fait une légère indigestion de piments, tourte et autres plats régionaux…


Vous connaissiez tous ces travers de Pernaut, non ? Et pourtant, le présentateur du 13h se défend de cette caricature. Invité le 22 octobre sur RTL à l'occasion de la publication de son almanach des régions, Pernaut a assuré que les critiques ne regardaient pas vraiment son JT. Bien aidé par l'animateur.

"Les grands événements internationaux, vous avez toujours été présents malgré ce qu'en dit la critique. C'est ça qui est assez surprenant, ils ne regardent pas votre JT ?", lui demande l’animateur de RTL. "Ils ne doivent pas le regarder, répond Pernaut, il y a d'abord l'actualité, la partie qu'ils n'aiment pas, c'est la partie magazine qui est à la fin du journal, sur les beautés et les traditions des régions".

Euh, on proteste. Le JT de Pernaut, ce n'est pas l'actualité, suivi d'une partie magazine à la fin du journal. C'est plutôt un JT complètement inversé : l'anecdote d'abord, et l'actualité réduite à son minimum vital.

Illustration avec l'édition du lundi 30 octobre.

On commence par la météo. Il fait froid.

Et les premières gelées, c'est froid. “Avec le froid qui arrive, on vend plus de choucroute, boudins noirs”, explique une bouchère. (actu 1)


Globalement, le temps n'est pas génial. Il y a même des tempêtes en Europe (actu 2)


D'ailleurs, ouh là là, regardez cet avion qui n'a pas réussi à atterrir (actu 3)


Au fait, les gars, on est le combien ? Le 30 ? La Toussaint approche, vite, un sujet chrysanthème (actu 4)



La Toussaint, fête des morts ? Gardez le moral, Noël approche, le sapin est en train d’être installé à Strasbourg (actu 5)


C’est seulement après tous ces thèmes indispensables que Pernaut traite enfin de l’actualité internationale (La Catalogne) et nationale (Wauquiez, la sélection à la fac, et une polémique sur la présence d’une croix dans un espace public à Ploermel). Et après ce rapide zapping, place à l’actualité des régions et les séries sur le patrimoine.

Résultat des courses : dans ce JT du lundi, on a compté 6 minutes d’actu nationale et internationale sur 38 minutes de JT. Et quelques pépites dans les 32 minutes restantes. Exemple ? Pernaut a parlé de la vallée de la Roya. Vous voyez ce que c'est ? Cédric Hérou, les migrants (rattrapage ici). Eh bien, Pernaut a parlé de la vallée de la Roya sauf que c’était pour évoquer le problème… des camions qui traversent les petites communes (avec des fissures à la clé dans les logements).


Contrairement à ce que Pernaut raconte, son JT n'est donc pas coupé en deux, avec d’un côté l’actualité et de l’autre la partie magazine. L’anecdote est partout, la partie magazine occupe 75% du 13h.

Sauf... mercredi. Oui, mercredi, il y a eu l'attentat de New York. Pernaut a donc ouvert son JT (après "les prévisions météo d'Evelyne Dhéliat” évidemment) sur New York. Puis il a enchaîné sur l'insécurité, les défaites de l’Etat islamique... Suivi d'un sujet sur la sécurité sur l’île de Saint Martin après le passage d’Irma...

Mercredi, on se serait donc cru dans un vrai JT avec de l’actu dedans. Mais c’était sans compter sur le virage à 180 degrés effectué par un Pernaut, as de la transition. Le sujet sur l'insécurité dans les îles finit par les touristes ! “Les touristes reviendront et peut-être plus vite qu’on ne le pense”, indique la voix off. Et qui dit touriste, dit la mer, attention les amis, transition : "Et la mer est redevenue si belle. Deuxième partie de cette édition de 13h, notre vie quotidienne comme tous les jours", enchaîne Pernaut. Eh hop là, le JT insécurité bascule dans le Pernaut des régions, des artisans et des retraités. Bien joué.

L'Etat contre les régions, les habitants, les commerçants

Le JT inversé de Pernaut a une dernière caractéristique. A force de vouloir défendre le patrimoine et les habitants des régions, Pernaut tombe souvent dans une vision un peu manichéenne des sujets en opposant l’Etat et les régions, l’Etat et les habitants, l’Etat et les petits commerçants.

Voici trois exemples pris cette semaine :

1. La loi littoral. “Ecoeurement, tristesse et colère”, prévient Pernaut dans son lancement. “On continue à détruire des restaurants de plage ou des terrasses en vertu de la fameuse loi littoral. Aujourd’hui, détresse de huit restaurateurs”. S’en suivent les témoignages de commerçants inquiets, obligés de démonter leur paillote, et de clients déçus de voir ces terrasses disparaître.

Mais à aucun moment dans le sujet, le reporter de TF1 ne précise ce qu’est cette “fameuse” loi littoral, censée protéger les littoraux de la bétonisation des côtes. Aucune des personnes interviewées ne soutient le démontage des restaurants. Le contraste est saisissant avec le sujet du 20h de France 2 où plusieurs habitants se félicitaient de la destruction des paillotes.

2. L’interdiction de la publicité dans les petites communes de moins de 10 000 habitants pour limiter la pollution visuelle. Alors qu’un article du Monde peut expliquer les enjeux d’une telle loi votée en 2015 dans le cadre du “Grenelle de l’environnement 2”, le JT de TF1 n’explique rien. Seuls les opposants à cette décision s’expriment face caméra. Pire, Pernaut lance le sujet en qualifiant les conséquences de cette loi de "désastreuses pour beaucoup de petits commerces". Comprendre : l’Etat est contre les petits commerçants. Et la dimension écologique avec la préservation du paysage ? Nulle part. Mieux, à la fin du reportage, Pernaut en remet une louche dans le discours anti-écolo : “Et à côté, on continue à construire des éoliennes”.



3. La croix de Ploërmel. Le conseil d’Etat a demandé la destruction d’une croix, installée sur un monument à la gloire de Jean-Paul II, à Ploërmel, en Bretagne. La raison ? Il est interdit d'installer des emblèmes religieux sur un espace public, au nom de la séparation de l’Eglise et de l’Etat. La bataille juridique dure depuis dix ans et oppose deux camps : les défenseurs de la croix, et ceux qui sont attachés au respect de la laïcité et assurent défendre la République.

Or, dans le sujet de TF1, les opposants à la croix sont absents, seuls les pro-croix apparaissent. “Dans le Morbihan, on n’a pas l’intention de retirer la croix”, explique d'ailleurs Pernaut dans son lancement. En creux, on comprend donc que c’est le conseil d’Etat qui s’oppose aux habitants apparemment tous attachés au monument. L’Etat contre les habitants, encore et toujours.

Et ça, ce ne sont des exemples pris que sur les cinq derniers jours. Il y en a sûrement d’autres en trente ans de JT mais on va s’arrêter là, on part en week-end en Camargue.

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♦ Les devinettes du 13h ♦

1) Dans le JT de Pernaut, quel est le surnom du spécialiste de la saucisse ?

a. Moustache

b. Saucisse

c. Gérard, la saucisse

2) Que regarde cet osthéopathe en pleine interview ?

a. Un tuto sur la clavicule

b. Un tuto sur la Camargue

c. Le JT de Pernaut

3) Après un sujet sur l'opération "Le mois sans tabac", que dit Jean-Pierre Pernaut ?

a - En tout cas, plus on en parle, plus ça donne envie de fumer

b. En tout cas, plus on en parle, plus ça donne envie d'arrêter

c. En tout cas, plus on en parle, plus on en parle

Les réponses seront données lundi soir, à 20h, sur mon compte Twitter
(Le gagnant(e) partira en voyage en Camargue et dans le Cotentin)



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