Coronavirus : un Cymès matin, midi et soir
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Coronavirus : un Cymès matin, midi et soir

Plus rapide que la diffusion du coronavirus, la démultiplication de Michel Cymès sur les écrans. Depuis deux semaines, c’est matin, midi et soir sur France 2, RTL mais aussi France 5, TMC, La 1ere. Objectif ? Dispenser conseils et informations pour rassurer les téléspectateurs dans un contexte si particulier. Mais le mercredi soir, il remet son nez de clown pour son talk show hebdomadaire. Car Michel Cymès, ce sont surtout des vannes : depuis son départ du magazine de la santé (France 5), le médecin-blagueur est devenu un blagueur-médecin omniprésent. Cette réussite nécessite toutefois de prendre bien soin d’esquiver les sujets qui fâchent.

A force de les répéter sur toutes les chaînes, on va finir par bien les retenir les consignes de Michel Cymès pour se protéger autant que possible du coronavirus.

Depuis deux semaines et la propagation du coronavirus, la télé et la radio nous prescrivent une dose quotidienne de Michel Cymès. Celui qui dit continuer ses consultations à l’hôpital deux matinées par semaine passe surtout son temps dans les loges de maquillages.

Sur RTL, on peut l’écouter tous les matins pour sa chronique “Ca va beaucoup mieux”.

Des chroniques 100% “tousse tousse fièvre” cette semaine...

Cymès a également voulu rassurer les télespectateurs de la vieille télé (avec une émission spéciale sur France 2) mais aussi les plus jeunes (avec sa nouvelle émission sur YouTube).

Du Cymès, matin, midi et soir donc. Normal. Même hors alerte épidémique, Cymès est partout depuis des années. 

Saturation médiatique, stade 3

Lorsque Cymès n’anime pas ses propres émissions, il se rend chez les autres pour quelques prescriptions médicales et beaucoup de promo.

Chez Ruquier par exemple, c’est pour ses livres :

Bon camarade, il a su lui renvoyer l'ascenseur l'année dernière...

Mais c’est surtout à C à vous (France 5) que l'exposition médiatique de Cymès atteint son pic. D’après l’INAthèque, il s’y est rendu à 34 reprises depuis 2009.

Soit pour faire la promo de ses fameuses émissions...

Soit pour faire la promo de ses magazines. Oui, car notre docteur maboul est multisupport, il possède également des magazines papier.

Dr Feel Good depuis septembre 2017...

Décliné récemment en Dr Feel Good Cuisine...

Et Dr Feel Good Kids...

Un succès dans les kiosques (presque 200 000 exemplaires en moyenne pour Dr Feel Good en 2018), forcément mérité d’après Anne-Elisabeth Lemoine : “C’est hyper bien fichu et c’est drôle, vraiment”.

Tellement drôle et si bien fichu que Cymès a décidé de vendre la majorité des parts de sa société  à Webedia, ce géant du web qui possède de nombreux sites (dont Allociné et Jeuxvideo.com) et chapeaute de gros Youtubeurs (Norman, Cyprien, Squeezie). Objectif de ce rachat effectué à l’été 2019 ? Faire de Dr Feel Good le principal concurrent de Doctissimo. 

La petite PME Cymès se porte donc très bien et bénéficie d’importants relais médiatiques. Mais au service de quoi ? Si tout repose sur le personnage du médecin-rigolo incarné par Cymès, ce dernier a opéré un virage médiatique depuis son départ du magazine de la santé de France 5, en 2018.

Du médecin-blagueur au blagueur-médecin 

Connu pour son humour carabin sur France 5 (comprendre potache et parfois sexiste, celui qui se pratique dans le milieu médical), il a basculé dans le pur divertissement avec son talk show de deuxième partie de soirée : Ça ne sortira pas d’ici (produit par 17 juin média, à l’origine du magazine de la santé).

Le principe ? Chaque mercredi soir, Cymès reçoit trois personnalités dans son “cabinet médical" pour des interviews-consultations confessions. Une sorte de talk show à la sauce Ardisson, mais en blouse blanche.

 Alors oublions deux minutes le coronavirus, on va se marrer paraît-il… 

Ca ne sortira pas d’ici est une émission très séquencée. Avec des tutos rigolos en pré-générique…

Ici, comment enfoncer un suppo : 

Des invités prestigieux en salle d’attente…

Commence alors la consultation avec l’ouverture du dossier médical... Age, taille, poids, on saura tout des invités. Enfin, surtout le poids. Une obsession chez Cymès qui oblige chaque invité, surtout de sexe féminin, à devoir se justifier.

L’actrice Audrey Fleurot ?

Elle fait seulement 59 kilos. Mais c'est grâce au sport. “C’est ce qui me permet de compenser avec ma passion pour la nourriture, explique-t-elle. En fait, il faut choisir et comme j’ai plus de mal à me refréner, je préfère brûler des calories (...) car j’ai une petite tendance à l’embonpoint"“Ça ne se voit pas tout de suite”, lui rétorque Cymès. Pas tout de suite effectivement.

L’ex-mannequin Inès de la Fressange ?  “Toujours 53 kilos ?" demande Cymès. “Ah non, c’est genre 60, mais je ne me pèse jamais. Vous savez, Chanel disait, à partir d’un certain âge, il faut choisir entre son visage et son derrière. Je crois que justement, un des secrets pour ne pas prendre de poids, c’est de ne pas manger trop vite et il faut essayer de mâcher”.

Après le dossier médical, place à Jean-Claude. Euh, Jean-Claude ? Oui, c'est un squelette qui pose une question qui tue avec une voix sortie d’outre-tombe. Pour Lorie, ce sera une question sur la maternité : “Lorie, c’est une vraie tristesse pour vous de ne pas encore être mère. Est-ce pour ça que vous vous occupez autant des enfants malades ?”

Et c’est comme ça pendant près de 2 heures. Les séquences malaises s’enchaînent. Par exemple, chaque invité passe un test. L’humoriste, Alex Ramires, est venu faire la promo de son spectacle, dans lequel il parle de son homosexualité. Euh, homosexualité ? Bah tiens, on n’a qu’à lui faire “le test de sensibilité”. Entre chaque question douceur comme “Qu’est-ce qui vous fait pleurer systématiquement ?” ou “Est-ce que vous regardez des vidéos de chats mignons sur internet ou plutôt des vidéos de tuning ?”, il doit montrer sa force en tapant avec un marteau…

Ah raté. “Ça veut dire que vous êtes très sensible effectivement parce que vous n’avez aucune virilité”, note Cymès. La classe.

L’actrice Audrey Fleurot, elle, a eu le malheur de déclarer un jour : “Je me sais tendre mais ça ne saute pas aux yeux”. Hey, génial, on n’a qu’à lui faire… “un test de tendresse”.

Envoyez les cœurs et les nounours en régie :

S’ensuivent des questions déroutantes : “Est-ce que vous aimez les peluches ?”, “Devant quel films pleurez-vous systématiquement ?”. Avec une petite dose de cul, Cymès oblige : “Vous connaissez l’expression française, si à la St Valentin, tu me tiens la main, vivement la Ste Marguerite”. #Blague

Le nouveau Cymès est donc un Cymès léger, blagueur avec une petite dose de médecine. C’est ça son fond de commerce. Et pour faire prospérer sa PME, il n'hésite pas à esquiver les sujets qui fâchent.  Illustration avec deux dernières séquences sur France 5 et France 2.

La crise de l'hôpital ? Euh...

Invité de C à vous (France 5), le 18 septembre 2019, Cymès est interrogé sur l’annonce du plan d’Agnès Buzyn pour endiguer la crise de l’hôpital. D’ordinaire plutôt volubile, Cymès va se montrer d’une prudence inhabituelle quand Anne-Elisabeth Lemoine lui fait  remarquer que l’urgentiste “Patrick Pelloux juge ce plan inutile et délétère”.

Un plan inutile ? C’est parti pour la séquence langue de bois :

Cymès : “C’est Patrick ça, ah ah ah”.

Lemoine : “Il appelle l’ensemble des médecins à rejoindre le mouvement de grève”.

Cymès : “Après, bon moi, je vous avoue, je n’ai pas fait les comptes et je ne sais pas si 750 millions, c’est suffisant". Mince, il n'a pas fait les comptes...

Cohen : "C’est sur 4 ans”.

Cymès : “Ouais, bon…, j’en sais rien. Moi je réfléchis en tant que toubib, et puis en me disant qu’il y a manifestement un problème d’accès. Je crois que c’est ça surtout. Je ne peux pas me prononcer sur les mesures, ni sur ce que dit Patrick qui… voilà… c’est un gueulard. C’est un copain, donc je peux me permettre”.

Lemoine insiste : “Il a peut-être des raisons de gueuler aussi”.

Cymès : “Oui, il a des raisons et puis heureusement qu’il est là, parce que ça fait 20 ans qu’il gueule sur les urgences. Ca n’a pas bougé. Mais en tout cas, peut-être que ça va le faire”.

Surtout, on ne se fâche pas avec Buzyn. 

Ni avec son successeur, Véran. Lors de l’émission spéciale de France 2 sur le coronavirus, outre les conseils de bon sens (le fameux “Lavez-vous les mains”), on croit comprendre que Cymès va évoquer dans le détail le problème de la crise hospitalière. Une question essentielle, abordée dans notre dernière émission (accessible gratuitement ici, faites tourner).

Ecoutez bien son introduction : “On parlera de l’hôpital tout à l’heure, parce que c’est vrai, vous l’avez dit, Monsieur le ministre, le système de santé en France, la médecine en France est l’une des meilleures du monde. Pour l'hôpital, ça peut effectivement poser problème. Il y a, comme on l’appelle, une crise hospitalière, vous devez être au courant également, et tout le monde n’est pas persuadé que ça se passerait bien s’il y avait un afflux important”.

Ouh, ça va chauffer avec le ministre ? Eh bien non… En fin d’émission, Cymès va bien lancer le ministre sur l’hôpital. Mais comme ceci : “Avant que vous partiez, je voudrais juste qu’on parle des hôpitaux. Dans notre sondage Opinon Way pour France 2, on a demandé : “En cas de propagation rapide de l’épidémie, les hôpitaux sont-ils prêts ?”

“Est-ce que nos hôpitaux vont être capables d’assurer les soins alors que déjà, aujourd’hui, les urgences sont saturées ?”, demande Cymès. Réponse du ministre : tout ira bien. Et la séquence s'arrête là. Aucune relance sur les budgets des hôpitaux, les mouvements de grève ou les difficultés du personnel hospitalier. 

Oui, sur 2h20 d’émission, Cymès a réussi l’exploit de ne pas traiter de la crise de l’hôpital. Chapeau l’artiste !

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Aux fraises

 

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