Macron survole les sondages, mais s'ensable à Lannion
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Macron survole les sondages, mais s'ensable à Lannion

Et les medias macronisés continuent de macroniser. C'est une rubrique quotidienne de la macronisation galopante

, qu'il faudrait tenir, pour déployer toute la palette des techniques de la prophétie auto-réalisatrice. Après le sondage bidon de l'IFOP qui le testait au second tour (alors qu'il ne passe pas le premier), après les articles qui, pareillement, l'envisagent en sauveur du second tour, voici un reportage de France 2, expliquant que le vainqueur de la primaire de la gau du PS de janvier pourrait bien se rallier à Macron. Attention, révélations fracassantes : "Et si c'était lui ? Voici l'histoire secrète".

Le reportage est signé de Maryse Burgot, accréditée de France 2 à l'Elysée. Il est truffé de confidences anonymes des "proches" ou des "visiteurs du soir" de Hollande. Un "visiteur du soir" a ainsi confié à Burgot : "Macron est en train de réussir son coup". Des proches de Hollande le rejoignent. Quant à Royal, selon "un proche de Macron", "elle n'est pas encore en marche, mais elle est en sympathie". Un dirigeant PS : "Macron et Ségolène, c'est comme si c'était fait". Enfin, un proche de Hollande (anonyme) : " un finaliste mal placé dans les sondages, on aura une pression de la base pour que notre finaliste se retire. Si notre candidat est à 10% dans les sondages, ce sera un bordel noir. Et que Valls le veuille ou non, on ira chez Macron".

Après tout, pourquoi pas ? Il est tout à fait possible que le vainqueur de la primaire du grand froid, pris dans la tenaille Macron-Mélenchon, soit dans l'incapacité de se maintenir jusqu'à l'élection. Mais toute l'enquête-fiction de Burgot, sans jamais le dire, se fonde sur la seule hypothèse d'une victoire de Valls à la fameuse primaire du glagla. Que Montebourg ou Hamon la remportent, et ils ont déjà annoncé qu'ils discuteraient avec Mélenchon, plutôt qu'avec Macron. Mais dans l'esprit de Burgot, une victoire de Hamon ou de Montebourg n'est tout simplement pas concevable, comme pour tous ses semblables, naguère, une victoire du Brexit, ou de Trump.

Ainsi la presse macronisée multiplie-t-elle les sondages, les enquêtes, les analyses, au conditionnel futur. Comparez simplement le volume de ces bavardages aux enquêtes consacrées au bilan du Macron ministre. Par exemple, tiens, sur les sables coquilliers de la baie de Lannion. Oui, les sables truffés de délicieux morceaux de coquillages, très recherchés pour fertiliser les terres agricoles bretonnes, mais dont l'extraction présente de graves inconvénients, aussi bien pour la faune sous-marine, que pour les côtes qui peuvent être menacées par l'érosion. Pêcheurs, plongeurs, riverains, se battent contre leur extraction. L'an dernier, une manif avait réuni 5000 personnes à Lannion, tandis que les militants remettaient le sable à la mer, devant les caméras de France 3.

Sables remis à la mer

En meeting à Quimper, le 16 janvier, Macron a nié avoir autorisé leur extraction. Sa déclaration a été pieusement recueillie par France 3 Bretagne, qui s'en tient là. Mais comme d'habitude, les Décodeurs du Monde ont sorti leurs bouteilles, et plongé dans les archives. Bingo : Macron, alors ministre, a bien signé en 2015 le décret autorisant l'exploitation pour quinze ans des fameux sables, l'assortissant (a posteriori) d'une guirlande de conditions que le concessionnaire s'est empressé de ne pas respecter, puisque le gentil ministre avait oublié de l'y obliger. Vous voulez voir Macron foncer droit dans un bon gros mensonge ? Vous voulez le surprendre, le Macron qui ne marche pas sur les eaux, qui n'est pas en lévitation, et dont le nez s'allonge ? Regardez-le, dans cette interview à France 3 Bretagne. Et regardez-le bien. Il y a peu de chances que les chaînes nationales vous le montrent ainsi.

Sables Lannion
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