Télécologie, clap, première
Le matinaute
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chronique

Télécologie, clap, première

Bon, c'est dit. Vert sur blanc. Et maudit qui s'en dédit.
"La sortie du nucléaire doit rester un objectif. Les hésitations que moi-même j'ai pu avoir...on peut pas s'accomoder de ça, c'est trop grave". Conversion trop tardive ? lui demande-t-on.  "Avant de croire en Dieu, on peut ne pas y croire". C'est dit. Il était, sur France Inter, huit heures quarante et une, et le télécologiste Hulot prenait la France à témoin de sa conversion d'après Fukushima. Reconnaissons-le, c'est dit, et seul l'avenir dira, par exemple, si EDF continuera de subventionner la fondation dont Hulot, promis juré, va se séparer demain. Question d'auditeur sur son autre ex-sponsor pollueur, Rhône-Poulenc. Réponse entortillée. "Ce n'étaient pas des sponsors, mais des mécènes". Hum ! Il faudra trouver mieux. Vous quittez TF1 ? "C'est en discussion. Toute relation d'argent est rompue". Et les royalties du gel douche ? "Pendant la campagne, l'ensemble sera affecté à des ONG". Dernière question, sur l'appréciation favorable portée sur son entrée en scène par Marine Le Pen, la veille: "ça démarre bien ! Je suis très étonné du certificat d'honorabilité qu'on décerne au FN".

Le premier atout sur lequel compte Hulot, son premier argument de vente, c'est sa sincérité (y compris dans le rôle, toujours très bien porté, du repentant). Ce n'est pas étonnant: la sincérité est la première, parfois la seule, qualité qui fait un bon animateur de télévision, un bon débatteur de télévision, un bon moment de télévision. La télévision est un instrument diabolique à survaloriser la sincérité, au détriment de toutes les autres qualités éventuellement exigibles d'un responsable politique: cohérence, compétence, courage, honnêteté, je pourrais en citer de nombreuses. Mais si cette sincérité lui sera certainement précieuse dans la campagne télévisée, elle ne lui suffira pas. Et ne le dispensera pas de répondre clairement à la question: la rupture avec son ancien monde (TF1, EDF et le gel douche) est-elle définitive ou non ? De cette réponse, dépend évidemment l'appréciation que l'on portera sur sa démarche. Si, la campagne passée, Hulot prétend retrouver sa place dans le coeur des téléspectateurs lepénistes, ou recommencer à vendre du gel douche aux clients lepénistes, ou simplement de droite, l'arrière-pensée risque de le containdre à des contorsions sémantiques peu compatibles avec la sincérité.

Cette lutte sourde avec ses arrière-pensées et ses incohérences sera un des charmes du spectacle qui commence. Elle promet de grands moments. Préparons-nous à être en permanence happés par l'émotionnel. Il n'est évidemment pas certain que ce spectacle soit le meilleur moyen de faire avancer le débat indispensable sur la reconversion énergétique ou  la croissance. C'est même le contraire qui est le plus probable. Il ne faudra jamais cesser de s'en souvenir.

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