Snowden : pauvres riches de l'information
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Snowden : pauvres riches de l'information

Délicieux spectacle que la fine fleur des correspondants de presse à Pékin, Washington ou Moscou

s'improvisant Le Carré amateurs, pour tenter de dégager des vérités définitives de l'affaire Snowden, sur laquelle on ne sait pas grand chose. Dans quelles conditions Edward Snowden a-t-il quitté Hong Kong dans un vol de l'Aeroflot en direction de Moscou ? Pékin était-il au parfum ? Poutine était-il au courant ? Personne n'en sait rien, ni n'en saura jamais rien. D'ailleurs, Snowden est-il seulement arrivé à Moscou, ou était-ce un leurre ?

Ne sachant rien, on suppute. Pour ne pas supputer (trop) idiot, on cite dans les articles des sachants, ou de présumés sachants : c'est l'heure de gloire des "analystes", des "chercheurs", des "consultants en renseignement". Et quand le correspondant à l'étranger n'a pas le temps de consulter lui-même les consultants, il les regarde à la télé, ou recopie leurs confidences, appelées ainsi à une fortune planétaire. Exemple typique, cet article de la correspondante du Figaro à Washington, dans lequel elle cite (entre autres) un nommé Bruce Riedel, "ancien de la CIA, aujourd'hui chercheur à la Brookings Institution", comme si elle le connaissait intimement, alors qu'elle n'a sans doute fait que recopier USA Today. Armé de ses ciseaux et de sa colle, Le Figaro dégage d'ailleurs une thèse hardie : "certains analystes vont jusqu'à se demander si le jeune informaticien de 29 ans n'a pas été manipulé par Pékin et Moscou depuis le début". Oui oui : "par Pékin et Moscou". Ensemble, bien entendu, main dans la main. Et Pyongyang ? Pourquoi Le Figaro laisse-t-il la Corée du Nord hors du coup ?

Un des paradoxes de cette saisissante fable mondiale sur l'information, c'est l'état de dénuement tragique dans lequel apparaissent les présumés accapareurs (d'information). Qu'a révélé Snowden ? L'ampleur des interceptions opérées par les Etats-Unis dans les systèmes mondiaux de collecte de données. Et, en possession de ces milliards de données raptées, les services américains ne sont même pas parvenus à anticiper une toute petite, une minuscule information : la défection à Hong Kong d'un nommé Snowden, Edward. Pauvres riches, "despotiques mais incompétents" ! Tous les consultants mondiaux consultés par le matinaute d'@si en conviendront : en la matière, qui trop embrasse mal étreint.

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