Sarkozy, Cambridge Analytica : l'ordre des choses
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Sarkozy, Cambridge Analytica : l'ordre des choses

Nicolas Sarkozy en garde à vue (une nouvelle fois), cette fois (pour la seconde fois) dans l'affaire libyenne

Nicolas Sarkozy en garde à vue (une nouvelle fois), cette fois (pour la seconde fois) dans l'affaire libyenne : c'est évidemment le coup de tonnerre du matin, même si, rappelons-le, garde à vue ne signifie pas nécessairement mise en examen, et mise en examen ne signifie pas culpabilité.

Cela dit, je voudrais être clair. En dépit des nombreux éléments convergents accumulés par Mediapart au fil des années sur cette affaire du financement libyen de la campagne de Sarkozy en 2007, j'ai toujours (comme d'autres medias concurrents de Mediapart) été retenu dans l'adhésion à cette thèse -outre qu'à l'inverse des révélations de Mediapart sur Bettencourt ou Cahuzac, la preuve irréfutable n'a jamais été avancée- par une objection de bon sens : si Kadhafi était détenteur de secrets aussi compromettants sur la campagne de Sarkozy, pourquoi ce dernier a-t-il pris, quelques années plus tard, le risque d'entrer en guerre contre lui (notre dossier ici) ? Et pourquoi Kadhafi, du déclenchement de cette guerre jusqu'à sa capture et sa mort, n'a-t-il pas tenté d'utiliser contre Sarkozy cette arme ultime de déstabilisation ? 

Non pas que je croie Kadhafi et Sarkozy incapables de corrompre, ou de se laisser corrompre. Mais c'est de la simple logique. Objections de bon sens, de bistrot, auxquelles la suite de l'enquête, et un procès éventuel, apporteront peut-être une réponse. Peut-être : car (difficile de le rappeler ce matin, mais je le rappelle tout de même) garde à vue ne signifie pas mise en examen, et mise en examen ne signifie pas culpabilité.

Collision de l'actualité, l'information de la garde à vue de Sarkozy survient simultanément à la dégringolade en bourse de Facebook, à la suite des révélations du Guardian et du New York Times sur l'affaire Cambridge Analytica. Vos sites préférés en sont pleins, je résume donc grossièrement : les données personnelles de 30 (ou 50, selon les sources) millions d'utilisateurs de Facebook ont été aspirées, à leur insu, au cours de la campagne présidentielle américaine, par une société proche de Trump. Averti dès 2015, Facebook n'a pris aucune sanction contre la société responsable. 

Quelle utilisation exacte ladite campagne de Trump a-t-elle fait de ce trésor de données ? Ici s'arrêtent les révélations du Guardian et du New York Times. On ne sait pas. Peut-être beaucoup, peut-être rien. Ce qui permet à un spécialiste des Etats-Unis, Corentin Sellin, de soulever l'hypothèse selon laquelle Cambridge Analytica aurait, après la victoire de Trump, légèrement survendu l'efficacité de son opération, pour complaire à son actionnaire, le milliardaire conservateur Robert Mercer. Là encore, les lourdes investigations médiatiques et politiques qui démarrent permettront (peut-être) de tirer les choses au clair. 

Le point commun des deux affaires, s'il faut en trouver un ? Les deux scandales sont dans l'ordre des choses. Il est dans l'ordre des choses, qu'un pétro-dictateur corrompe des dirigeants de démocraties à la recherche de fonds incontrôlés. Il est dans l'ordre des choses qu'un commerce planétaire de données personnelles approvisionne un marché semi-occulte. Ce qui ne signifie pas forcément que les scandales soient avérés, ni que les résultats correspondent toujours aux attentes.


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