Salah Abdeslam, accusé non exemplaire
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Salah Abdeslam, accusé non exemplaire

La Justice avait tout prévu. Une salle hors norme dans l'ancien Palais de justice de Paris. Des dispositifs de retransmission hors norme, pour les centaines de parties civiles. Dans les moindres détails, on avait prévu la manière la plus délicate de respecter la souffrance de ces parties civiles, en proposant des rubans verts pour les parties civiles consentant à répondre à la presse dans les couloirs, rouges pour les autres. Tous vos médias le détaillent depuis une semaine : on avait fait du hors norme sur mesure. Tout était prévu pour faire du procès des attentats du 13 novembre 2015, prévu pour s'étaler sur neuf mois, un procès exemplaire. Tout sauf une chose : Salah Abdeslam, principal accusé.

Or Abdeslam parle. Il crie. Il hurle. Il interpelle. Il se plaint de ses conditions de détention. "Il faut nous traiter comme des êtres humains, on n'est pas des chiens." Il disculpe ses co-inculpés. "Ils m'ont rendu des services alors qu'ils savaient rien de ce que je faisais dans la vie. Ils ont fait ça sans réfléchir. Et pour ça, ils sont en prison depuis six ans." Il interpelle le président de la Cour d'assises spéciale, Jean-Louis Périès. "Tout d'abord, je tiens à témoigner qu'il n'y a pas de divinité à part Allah et que Mohamed est son messager." "On verra ça plus tard", lui répond, exemplaire, le président.

Le procès hors norme a été conçu pour les victimes, et pour l'exemple international. Il a été conçu pour offrir au monde l'image d'une démocratie exemplaire, jugeant de manière exemplaire les assassins de la démocratie. Mais l'accusé principal a décidé, pour l'instant, de le retourner en sa faveur. Résultat : "Il y a plein de gens qui sont en train de se reconnaître dans la figure d'Abdeslam, résume François Gemenne, spécialiste des migrations, notamment climatiques (voir ici notre émission avec lui). Ces gens-là ne devraient pas être connus du public. Je ne sais pas pourquoi on médiatise ce procès. C'est la construction sous nos yeux d'une star de téléréalité."

Du coup les journalistes couvrant le procès s'interrogent. Comment rester à la hauteur de ce procès exemplaire ? Comment rester eux-mêmes exemplaires ? Abdeslam leur tend un piège redoutable. Que l'on fasse écho à ses interpellations, même en les appelant "provocations", et on entretient la star de téléréalité. Qu'on le passe sous silence, et la presse française offrira au monde l'image d'une presse officielle couvrant un procès d’État. La machine infernale est lancée. Il aurait fallu y penser avant. Mais on y est.

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