Quoi de neuf ? Le RAAR
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Quoi de neuf ? Le RAAR

On peut rire. On pourrait. On devrait peut-être. Une caricature du journalisme de cour, recyclée dans la chaîne Bolloré, Jean-Pierre Elkabbach, interroge la ministre fantôme Frédérique Vidal sur le terrorisme islamo-gauchiste à l'université, cette "alliance entre Mao Tse Toung et l'ayatollah Khomeiny". "Vous avez raison" répond la ministre, qui enchaîne sur son intention de "demander au CNRS de faire une enquête sur l’ensemble des courants de recherche sur ces sujets dans l’université, de manière à ce qu’on puisse distinguer de ce qui relève de la recherche académique de ce qui relève justement du militantisme et de l’opinion". C'était dimanche sur la chaîne bollo-zemourienne CNews. L'université se défendra. La conférence des présidents d'université s'opposera vraisemblablement. Il semble peu probable que le pouvoir trouve au CNRS des limiers pour aller perquisitionner sur mandat gouvernemental, et séparer au scalpel la bonne "recherche académique" de la vile "opinion". Mais ces menaces liberticides sont proférées.

Ils ont tout. Dans un paysage médiatique désormais balisé par le débat Le Pen-Darmanin, les deux tendances de la diversion islamophobe (la "dure" et la "molle") ont tous les médias audiovisuels. Ils saturent l'espace sonore de leurs empoignades truquées et immuables. Tous les jours. Le matin. Le soir. La nuit (ah non, la nuit on rediffuse les interviews des écologistes, pour remplir les quotas). Aux voix dissidentes, ne restent que les miettes, ou des interstices accidentels. Mais ça ne leur suffit pas. Il leur faut l'université. L'université, où règne selon eux la "censure" des troupes intersectionnelles et décoloniales en folie, l'alliance de Mao et de Khomeiny (la preuve ? Toujours la même, qui se promène  du Point à Valeurs Actuelles, l'annulation d'une conférence de Sylviane Agacinski à Bordeaux en 2019).

A propos de voix dissidentes, on m'envoie cette vidéo, passée sous les radars. C'est un rassemblement de commémoration de l'assassinat du jeune Juif Ilan Halimi, le 14 février, quinze ans après, dans un square du 12e arrondissement de Paris. Rien de neuf ? Si. Ce rassemblement est organisé par une nouvelle association, le RAAR (Réseau d'action contre l'antisémitisme et tous les racismes). Le RAAR a décidé de balancer un grand coup de pied dans les camps constitués. Coup de pied à droite, dans la "communauté juive" institutionnelle, en incluant dans un même discours l'antisémitisme et l'islamophobie. Mais aussi coup de pied à gauche, dans les mouvements féministes et décoloniaux (les fameux islamo-gauchistes), en rappelant leur cécité volontaire sur l'antisémitisme. Rassemblement décoiffant, où ont été dénoncés aussi bien l'islamophobie donc, que les collectifs féministes dont "aucun, ou presque, n'a élevé la voix en 2014", pour défendre une femme séquestrée et violée devant son conjoint, à Créteil, "parce qu'ils étaient juifs". Pas l'une sans l'autre : comme une voûte, ces dénonciations croisées se soutiennent l'une l'autre. Du coup, le RAAR va immanquablement essuyer des coups de tous côtés, et cela a déjà commencé, (voir cet extrait de la chaîne israélienne I24 News). Et sans doute moi aussi, pour simplement mentionner ce RAAR, dont je ne sais rien par ailleurs. N'empêche. Ca fait du bien.

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