PPDA, une impunité française
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PPDA, une impunité française

Première réaction : il fallait bien que ça arrive un jour. Le parquet de Nanterre a ouvert une enquête préliminaire pour viol, à l'encontre de l'ancien présentateur du JT de TF1 Patrick Poivre d'Arvor. Cette enquête fait suite à la plainte de la journaliste Florence Porcel, révélée par Le Parisien. Porcel avait publié le 6 janvier dernier aux éditions Jean Claude Lattès ce qui était alors présenté comme un roman, Pandorini, relatant l'emprise exercée par une star de cinéma sur une jeune débutante. Sur Twitter, Porcel avait précisé six jours plus tard : "on ne va pas se mentir, c'est mon histoire". Ce roman, jusqu'à hier, n'avait bénéficié d'aucune critique.  Si quelques détails pouvaient permettre d'identifier PPDA, dans le personnage du prédateur sexuel, il n'était pas nommé, et aucun lecteur n'avait fait le rapprochement. On ne sait pas, à ce stade, ce qui a poussé Florence Porcel ( voir notre émission avec elle sur la Ligue du LOL) à porter plainte, alors que  Le Parisien affirme que l'éditeur ne savait pas que Poivre d'Arvor était visé.

S'il "fallait bien que ça arrive un jour", c'est que PPDA était depuis des décennies auréolé d'une réputation, non pas de violeur, mais de harceleur sexuel (lire les détails dans Le Parisien, encore). "Il saute sur tout ce qui bouge" était la phrase qui revenait le plus souvent dans les conversations entre journalistes. Ainsi parlait-on avant #MeToo. Mais personne (en tout cas pas moi) n'aurait imaginé les deux scènes de viol décrites par la plainte de Porcel, telles que rapportées par Le Parisien. Le premier se déroule en 2004, alors que la jeune femme de 20 ans est venue demander au présentateur de TF1 des conseils pour être éditée. Je cite Le Parisien"Tout à coup, il ferme la porte, lui propose un verre d'alcool avant de l'agresser sexuellement en l'embrassant puis en introduisant sa main dans sa culotte. Les faits se seraient déroulés rapidement, sans signe annonciateur. La jeune étudiante, tétanisée par la tournure de la situation, se met alors à exécuter mécaniquement ses demandes qu'elle décrit comme pressantes, comme se déshabiller. Puis vient le rapport sexuel, avec pénétration vaginale, dont elle assure qu'elle n'était pas consentante". Cinq ans plus tard, alors qu'elle est revenue le voir dans les locaux d'une société de production après son éviction du 20 Heures, il la contraint à une fellation non protégée.

impunité professionnelle

Si les viols étaient inimaginables, en revanche personne ne pouvait ignorer l'impunité professionnelle de PPDA à TF1, à propos d'une autre affaire : celle de "la fausse interview de Fidel Castro". Poivre avait présenté comme une interview du dictateur cubain ce qui était, en fait, un montage de réponses de Castro et de questions post-enregistrées. Il y eut aussi un autre bidonnage à propos de l'interview d'un garde du corps de Saddam Hussein, et une condamnation pour recel d'abus de biens sociaux. Tous ces délits, et ces fautes professionnelles, toujours niés par l'intéressé contre toute évidence (voir la notice Wikipedia), n'ont pas empêché la direction de la chaîne de le maintenir en poste des décennies durant, à la grande stupeur des journalistes étrangers à Paris, qui s'en ouvraient parfois sur le plateau d'Arrêt sur images. Sans aucune conséquence. C'était un monument national. A noter que la plainte de Florence Porcel risque de refroidir les ardeurs de la direction de TF1, qui manifestait récemment des velléités de rétablir à son poste le présentateur de LCI Darius Rochebin, suspendu en novembre dernier après des accusations d'agressions sexuelles.

Il faut bien admettre aussi que si le récit des viols de Florence Porcel avait été rapporté avant #Metoo, il n'aurait pas été écouté avec autant de bienveillance qu'il va sans doute l'être aujourd'hui. Florence Porcel n'est pas ce que l'on pourrait appeler "une parfaite victime". Avant le premier viol, rapporte Le Parisien, elle avait été harcelée téléphoniquement par le présentateur, qui l'avait interrogée sur sa virginité, ou sur la fréquence à laquelle elle se masturbait. N'aurait-elle pas dû pas se méfier ? Et après le viol,"l'aura de cet homme et son inexpérience sentimentale aurait même déclenché chez elle des sentiments amoureux qu'elle juge aujourd'hui créés artificiellement par cette emprise (...) Elle admet ainsi avoir continué à lui écrire après l'agression présumée, y compris pour des échanges à caractères érotiques. Plus déstabilisant, elle accepte même une nouvelle relation sexuelle, à laquelle elle consent cette fois, toujours prise dans ce tourbillon sentimental paradoxal".

En nous plongeant dans les zones grises du consentement, en dévoilant progressivement les mécanismes vertigineux de la sidération et de l'emprise, ces révélations en cascade nous amènent à re-considérer, et à renommer, les rapports de domination sexuelle. Rarement sans doute dans l'histoire les représentations auront été si rapidement bouleversées. Y compris devant la Justice : acquitté voici trois ans après un procès marqué par une indulgence générale (on parlait alors de "caresses pénétrantes") , le maire de Draveil Georges Tron dort en prison après sa condamnation en appel à de la prison ferme, pour agression sexuelle et viol en réunion. Ce qui ne doit pas empêcher, en conclusion provisoire, de rappeler que par l'intermédiaire de son avocat, PPDA considère que ces accusations sont "absurdes, et surtout mensongères", qu'il annonce son intention de déposer plainte pour dénonciation calomnieuse, et qu'il est présumé innocent.




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