Une blanchisserie nommée Bouygues
Le matinaute
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chronique

Une blanchisserie nommée Bouygues

"Il n'y a pas eu de rapport sexuel ? Désolé de vous poser la question" demande Yann Barthès à PPDA, cible d'une plainte pour viol. C'est désolant, le journalisme. C'est désolant, pour chercher à cerner la vérité, de devoir en passer par des questions intrusives, des questions de tribunal, des questions policières. Même à des puissants. Oui, ces questions font parfois autant violence à ceux qui les posent, qu'à ceux qui sont sommés d'y répondre. On a le droit d'en être désolé. On a le droit de ne pas avoir envie d'exercer cette violence-là. Mais alors, il ne faut pas se mettre en situation de les poser, ces questions. Par exemple, ne pas inviter PPDA. C'est un droit constitutionnel.

Mais si l'on invite PPDA, les strictes bases du métier commandent de le confronter aux termes de la plainte pour viol de Florence Porcel, telle que décrite par Le Parisien. "Tout à coup, il ferme la porte, lui propose un verre d'alcool avant de l'agresser sexuellement en l'embrassant puis en introduisant sa main dans sa culotte. Les faits se seraient déroulés rapidement, sans signe annonciateur. La jeune étudiante, tétanisée par la tournure de la situation, se met alors à exécuter mécaniquement ses demandes qu'elle décrit comme pressantes, comme se déshabiller. Puis vient le rapport sexuel, avec pénétration vaginale, dont elle assure qu'elle n'était pas consentante". Avez-vous fermé la porte ? Lui avez-vous proposé un verre d'alcool ? Etc etc. L'interviewé refuse de répondre ? Il s'en tient à sa version d'une entrevue anodine de "quinze à vingt minutes, avec deux obligations qui s'enchaînaient derrière, vérifiables aujourd'hui" ? Il réserve les détails à la police ? C'est son droit. Comme c'est le devoir de l'intervieweur de poser les questions. Minimum syndical. 

Un qui ne se désole pas, c'est Gilles Bouleau qui, juste avant, recevait le condamné pour corruption et ex-président Nicolas Sarkozy sur la chaîne-amiral du groupe, TF1 - décidément, avec le couple Ghosn sur LCI, c'était soirée blanchisserie chez Bouygues. Lui, Bouleau, n'a même pas fait mine de rappeler à Sarkozy les fondements de sa condamnation à trois ans de prison, dont un an ferme. S'exposant, au terme du monologue, à cette prise en otage de son invité : "Si vous n’aviez pas la conviction que je suis un homme honnête, est-ce que vous me réserveriez un tel accueil dans votre journal, monsieur Bouleau ?" Coup de griffe entre amis. L'histoire ne dit pas si Martin Bouygues, le témoin du mariage de Sarkozy, se trouvait dans la régie, ou en coulisses. 


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PPDA, une impunité française

 

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