Obama et la zone grise
Le matinaute
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chronique

Obama et la zone grise

Hier encore inimaginable, la perspective de poursuites judiciaires, aux Etats-Unis
, contre les juristes qui ont prêté la main à la légalisation de la torture à Guantanamo, et les agents qui "sur le terrain, auraient outrepassé les consignes", semble se préciser. Obama est venu en parler devant le public le plus directement intéressé, au siège de la CIA, et il y a répondu à "un flot de questions", raconte Le Figaro, tandis que Le Monde nuance, précisant qu'il a été salué "par des applaudissements et des vivats".

Ce qui devrait réjouir sans mélange, inquiète sourdement. "Est-il en train de se prendre les pieds dans le tapis ?" demandait la correspondante de France Inter aux Etats Unis ce matin. Parce qu'Obama, lâchant du terrain chaque jour aux défenseurs des Droits de l'homme, donne le sentiment que l'ouverture de la boîte de Pandore n'est pas maitrisée. Après avoir assuré un jour qu'il n'y aurait pas de poursuites, il admet le contraire le lendemain. Il fait naître chez les menacés, et tous ceux qui pourraient l'être, une inquiétude et une mobilisation, que rien n'éteindra.

Dans une dictature, ou dans un état s'affranchissant momentanément du droit, comme l'étaient les Etats-Unis de Bush après le 11 Septembre, il n'y a pas seulement une poignée de décideurs et de bourreaux, et un océan de bons citoyens. Il y a l'immense zone grise, dans les bureaux et les casernes, de tous ceux qui prêtent la main, de tous ceux qui savent et taisent, de tous ceux qui ne savent pas parce qu'ils ne veulent pas savoir, de tous ceux qui simplement consentent. Ceux-là, aveugles, lâches, convaincus, fanatiques ou opportunistes, n'ont pas changé, entre hier et aujourd'hui. Leur lâcheté, leur fanatisme ou leurs convictions, comme on voudra, sont intacts. De l'Allemagne après 45 à l'Afrique du Sud, de l'ancienne Allemagne de l'Est à la Pologne, chaque régime s'est inventé son propre mode de manipulation de cette nitroglycérine. On espère simplement qu'Obama a le sien.

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