Mali : un grain de sable nommé Pétronin
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Mali : un grain de sable nommé Pétronin

C'est l'histoire d'une vieille dame qui voulait finir ses jours auprès de ceux qu'elle aime, et qui se retrouve ce matin en première tendance de Twitter. Ce ne serait pas une histoire pour Twitter si la vieille dame ne s'appelait pas Sophie Pétronin, si cette humanitaire n'était pas une ancienne otage au Mali, libérée en 2020 après quatre ans de détention, et si on ne venait pas d'apprendre qu'elle y est retournée semi-clandestinement en mars dernier. Ce retour n'est pas une suprise. Pétronin, qui a toujours préféré nommer ses ravisseurs "groupe d'opposition" plutôt que "terroristes", n'avait jamais caché son intention de retourner au Mali, à la grande fureur de Pascal Praud (voir notre montage à l'époque).

Pourquoi et comment Sophie Pétronin, 76 ans, est retournée de Suisse au Mali via le Sénégal, en avion, en bus, en moto-taxi et à nouveau en bus, avec l'aide de son fils (qui avait mené une campagne acharnée pour sa libération), notamment pour retrouver sa fille adoptive Zeinabou : le voyage est raconté par le journaliste Anthony Fouchard dans Mediapart. Ex-correspondant au Mali, Fouchard est l'auteur d'un livre consacré à Sophie Pétronin, Il suffit d'un espoir (Les Arènes).

Si cette histoire va faire la journée indignée des médias bollozemmourisés, c'est parce que Sophie Pétronin a été libérée en 2020 en échange de "200 djihadistes", répète en boucle la fachosphère depuis cette nuit, en attendant le réveil officiel de Pascal Praud. Si c'est comme ça, si elle crache ainsi à la figure de Macron qui l'avait accueillie à sa descente d'avion, qu'elle y reste !  Qu'elle se refasse kidnapper, puisqu'elle les aime tant. Elle a fait son choix, grand bien lui fasse. Le grain de sable nommé Pétronin va peut-être accélérer le retrait en cours de la France au Sahel. Du rôle inattendu d'une vieille dame qui voulait revoir sa fille adoptive.

N'étant pas dans le secret des négociations, je ne sais pas ce qu'il en est des "200 djihadistes" échangés l'an dernier contre la liberté de Sophie Pétronin. Mais les choses, comme toujours, sont peut-être moins simples. Si certains, comme le général-consultant médiatique Bruno Clément-Bollée, avaient alors insisté sur l'affront infligé aux militaires français du fait de cet échange, d'autres relativisaient. Un ancien ambassadeur de France  notait que la plupart de ces libérés appartenaient à la faction touareg "groupe de soutien de l'Islam et des musulmans" (GSIM), faction liée à Al Qaida, et rivale du groupe affilié à l'organisation État islamique, désignée en janvier 2020 comme "ennemi prioritaire de la France au Sahel". "Si des responsables présumés de certains des attentats les plus meurtriers au Mali, mais aussi en Côte d’Ivoire ou au Burkina Faso y figurent, beaucoup sont de simples suspects, parfois arrêtés lors de vastes coups de filet" ajoutait alors Le Monde. Rien n'est simple au Mali, nous rappelle la fugue de Sophie Pétronin, ce que nous disait ici notre confrère Jean-Dominique Merchet.


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