L'opinion : le directeur défend une journaliste accusée de ménages
Le matinaute
Le matinaute
chronique

L'opinion : le directeur défend une journaliste accusée de ménages

Au moins c'est clair : Nicolas Beytout n'a rien contre les ménages. C'est ce qui ressort d'une lettre que le directeur de L'Opinion vient d'adresser aux directeurs de Libé et de Facebook France, Laurent Joffrin et Laurent Solly, lettre dans laquelle il défend sans réserves sa journaliste Emmanuelle Ducros, dont Libé-Checknews vient de révéler qu'elle a été, au moins une fois, rémunérée, 1000 euros, pour un week-end de travail organisé par la fédération de la boulangerie. Sur ce point, Beytout est muet. Il ne dit rien des règles internes du journal qu'il dirige (s'il en existe). Il ne dit rien des limites éventuelles aux rémunérations extérieures perçues par les journalistes de L'Opinion, de la part d'industriels dont ils peuvent éventuellement traiter. Il est donc permis d'en déduire qu'il assume que les journalistes de L'Opinion fassent des ménages. Il fait ainsi peser un soupçon sur tous les articles publiés par son journal. Bien joué, patron. Je serais à la place des journalistes de L'Opinion qui refusent les ménages (je suis certain qu'il en existe), je ne me sentirais pas spécialement heureux de l'épisode.

Partant du principe que la meilleure défense, c'est l'attaque, Beytout accuse Checknews d'être financé par Facebook. Sur ce point, il a parfaitement raison. On peut être sceptique sur ce mode de financement (notamment parce que Checknews est payé "à la pièce", ce qui peut les amener à multiplier les articles sur des sujets d'intérêt mineur). Personnellement, je le suis, et c'est pour cette raison que Arrêt sur images n'a jamais sollicité un centime de Facebook, ni de Google, ni de personne. Notre indépendance ne repose que sur les abonnements de ceux qui nous lisent, et qui regardent nos émissions. Mais on ne peut pas accuser Checknews d'avoir caché qu'ils étaient financés par Facebook, eux qui en ont publié le montant au dollar près (lequel montant est, pour 2018, deux fois plus élevé que ce qu'écrit Beytout. Il devrait lire Checknews plus attentivement). Que Beytout fasse donc de même, avec la composition du capital de son journal !

Les quelques rappels ci-dessus sont indépendants de ce que l'on peut penser du fond du débat sur les pesticides. Si plusieurs journalistes, en effet, ont enquêté sur Emmanuelle Ducros, c'est parce que cette journaliste s'est elle-même fait une spécialité du harcèlement, sur Twitter, de tous ses confrères auteurs d'enquêtes critiques sur l'agriculture industrielle, et notamment sur le glyphosate. Elle s'en est notamment pris à une émission récente de Envoyé Spécial (ici, ici, ici). Accessoirement, le CSA vient de "blanchir" cette émission de tout soupçon de partialité.

Ce n'est pas ici, que nous reprocherons, sur le principe, à des journalistes de contre-enquêter avec pugnacité sur une émission grand public. D'autant que cette émission d'Elise Lucet n'était pas irréprochable. Officiellement consacrée à dénoncer les manipulations et pressions de toutes sortes de Monsanto, elle n'hésitait pas à forcer le trait, postulant, sans jamais le dire explicitement, l'extrême dangerosité du produit. Lequel glyphosate, jusqu'à plus ample informé, ne présente pourtant qu' une "faible probabilité de problème de santé publique", comme l'établissait notre propre émission, au terme d'un débat réunissant notamment nos confrères Sylvestre Huet, et Stéphane Foucart, ses plus farouches critiques dans la presse. C'est un des nombreux paradoxes de ce débat miné.

Partager cet article Commenter

 

Cet article est libre d’accès
En vous abonnant, vous contribuez
à une information sur les médias
indépendante et sans pub.

Déjà abonné.e ?

Lire aussi

Voir aussi

Ne pas manquer

Abonnez-vous

En vous abonnant, vous contribuez à une information sur les médias indépendante et sans pub.