L'Express m'a tuer, mode d'emploi
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L'Express m'a tuer, mode d'emploi

Haro sur Georges Frêche.

La tronche "pas catholique" de Fabius aura été la goutte d'eau. C'est fini. Dans un remarquable (quoique tardif) élan de vertu, le PS vient de décréter l'infréquentabilité définitive-juré-cette-fois-c'est-la-bonne du président de la région Languedoc-Roussillon. Arrivera ce qui arrivera, mieux vaut perdre une région que son âme. Avec près d'une semaine de retard sur l'événement, l'offensé Laurent Fabius juge que la phrase de Frêche a "bien évidemment, un caractère antisémite". Cinq jours pour reconnaître une évidence ? Peu importe. Trop, c'est trop.

C'est dans un portrait de Frêche, titré "Frêche, tyran et titan", que L'Express a reproduit la citation fatale de Frêche, à propos de Fabius : "voter pour ce mec en Haute-Normandie me poserait un problème. Il a une tronche pas catholique". Citation assortie d'un petit (1), renvoyant à une note de bas de page pédagogique, à l'usage des mal-comprenants :  "issu d'une famille juive, Laurent Fabius a été élevé dans la religion catholique. Il se définit aujourd'hui comme "agnostique" et "laïque dans l'âme" tout en reconnaissant : " L'opinion me considère comme juif. Dès lors je laisse dire, j'assume, et même je revendique.  Sollicité par L'Express, il n'a pas souhaité réagir aux propos de Georges Frêche." Sans cette note, la citation fût certainement passée inaperçue, dans le flot de la logorrhée verbale frêchouillarde. Sur son site, flairant la bonne affaire, l'hebdo a encore poussé l'offensive. Le site a re-titré l'article : "le dernier dérapage de Georges Frêche, tyran et titan". Et réécrit le chapeau (qui, dans la version papier, ne faisait pas la moindre allusion à la saillie sur Fabius) : "l'actuel président de la région Languedoc-Roussillon collectionne les polémiques. Dernière en date, à propos de Laurent Fabius..." Etc. Lancement de buzz, mode d'emploi.

Bingo ! Dès la veille de la parution de l'hebdo, Martine Aubry se disait "indignée". Frêche a eu beau expliquer que cette expression signifiait "ne pas avoir confiance en quelqu'un" ; il a eu beau adresser une lettre à Fabius lui expliquant qu'il n'y avait "aucune connotation religieuse" dans son sarcasme ; il a beau présenter d'irréprochables états de service pro-israéliens, ses soutiens locaux ont beau avancer  que la phrase a été prononcée "il y a deux mois", il a beau être soutenu par la communauté juive locale, rien n'y fait. Trop c'est trop. Pourquoi maintenant ? Sans trop de risque, je pressens que beaucoup d'entre vous tireront la conclusion suivante : " les harkis et les Noirs, passe encore, on a le droit de rire ; mais pas les Juifs, et surtout pas Fabius". Rien n'indique qu'ils aient tort.

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