Les deux Gattaz
Le matinaute
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chronique

Les deux Gattaz

Vous avez entendu la dernière de Pierre Gattaz ?

Exonérer les patrons de l'obligation de motiver un licenciement. "Il faut sortir de la convention 158 de l'organisation internationale du travail qui nous oblige à justifier les motifs de licenciements" explique-t-il au quotidien financé par Bettencourt et Arnault, L'Opinion. On connait la chanson : c'est un frein à l'embauche. Hauts cris matinaux, sur Twitter, de Stéphane Soumier, qui n'est pourtant pas un ennemi acharné de l'entrepreunariat.

Hauts cris du journal de 8 heures d'Europe 1, où Jean-Emmanuel Ray, prof de droit du travail à Paris-Sorbonne, lequel rappelle qu'il n'est pas inutile, en cas de licenciement, de notifier au salarié les raisons de ce licenciement (soit dit entre parenthèses, je ne vois pas le problème. Personnellement, les lettres de licenciement reçues dans ma vie ont toujours porté comme motif "cause réelle et sérieuse", autant dire un laconisme pré-gattazuien). Juste après cette exécution de Gattaz, le même journal d'Europe 1 passe à un autre sujet : la négociation sur les "seuils sociaux", qui semble mal engagée, à la suite des premières propositions du patronat, lesquelles envisagent de supprimer les délégués du personnel dans les entreprises de 11 à 49 salariés. Proposition à propos de laquelle même le ministre du travail Rebsamen, pourtant vieux combattant libéral, s'avoue "un peu désespéré".

Zappons : sur France Info, le chroniqueur économique maison, Emmanuel Cugny, réserve sa sévérité aux députés socialistes, et à la technostructure de Bercy, lesquels avaient osé envisager, par un amendement plus ou moins clandestin, de soumettre à cotisations sociales certains dividendes que se versent les patrons. Amendement soutenu par le secrétaire d'Etat au budget Christian Eckert, mais combattu par le ministre de l'Economie Emmanuel Macron, sensible à une intense campagne de lobbying des patrons, et finalement retiré par le ministre des Finances Michel Sapin. Rassurons-nous : personne ne sait exactement ce qu'il devait rapporter.

Mais à quoi jouent-ils donc, avec Gattaz ? A écouter d'une oreille distraite la polyphonie matinale, tout se passe comme s'il y avait deux Gattaz, le bon et le mauvais, comme le cholestérol. Le "mauvais", qui cogne de manière trop bruyante et visible sur les salariés. Et le "bon", défenseur de bon sens, et irréfutable, des entrepreneurs angoissés. Comme si tacler le mauvais Gattaz permettait de faire passer les pilules du "bon" Gattaz ou, disons, "des entrepreneurs". Comme si, finalement, le mauvais servait le bon. Mais on va certainement m'expliquer que je simplifie trop.

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