Le syndrôme Jérôme
Le matinaute
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chronique

Le syndrôme Jérôme

Je ne voudrais pas vexer les Jérôme qui me lisent, mais il y a tout de même un problème avec les Jérôme.

Lavrilleux maintenant, après Kerviel et Cahuzac (oui nous avons, sur ce site, deux dossiers consacrés à des Jérôme. Si on était doués pour l'infographie, on ferait un schéma. Je suis sûr que c'est un record absolu). Donc, le Jérôme aime les trains rapides. Il adore se faire des sensations. Et quand on lui propose de tenir les manettes, comment refuserait-il ? Mais voilà. Au bout d'un certain temps, le Jérôme prend peur. Il ne s'était pas bien renseigné. Il croyait qu'on faisait Paris-Lyon en deux heures sans dépasser le trente. Déjà tout petit à l'école, il avait une faiblesse en calcul. Ce qui ne l'empêche pas de se laisser embarquer dans un boulot avec plein de chiffres. Le monde est mal fait.

Au bout d'un certain temps, le Jérôme réalise enfin les choses. Il voudrait bien tirer le signal d'alarme, arrêter le train. Mais il ne veut pas se taper la honte, devant toutes les huiles de la compagnie qui l'observent, dans la cabine de pilotage, et qui ont un record à battre. Depuis le temps qu'il voulait en être ! Le Jérôme n'est pas un héros, les huiles l'impressionnent, c'est comme ça. Un conseil : si un jour vous vous trouvez dans un train à côté d'un Jérôme, méfiez-vous. Mais il est probable, hélas, qu'il sera déjà trop tard. Bref, après le déraillement, le voilà tout penaud, le Jérôme, à la télévision, dans le rôle du capitaine du Titanic tentant de disculper son armateur. Evidemment, tout le monde rigole. Personne ne peut croire à son histoire, au petit Jérôme.

Vous pensez que j'exagère ? "Je me reproche de ne pas avoir tiré le signal d'alarme quand le train filait à toute vitesse" bafouille Jérôme Lavrilleux à Ruth Elkrief, sur BFM (excellente, Elkrief. Très bonne intervieweuse de Jérôme. Un modèle d'interview de Jérôme, avec juste la bonne dose d'incrédulité compassionnelle. Mérite le 7 d'Or dans la catégorie interview de Jérôme, loin devant son collègue Achilli, qui avait tenté Cahuzac). Directeur de cabinet de Copé, directeur adjoint de la campagne de Sarkozy, c'est lui et lui seul, assure-t-il, qui a laissé filer pour dix millions de factures Bygmalion, facturant des conventions UMP fictives, qui étaient en réalité de grandioses meetings de Sarkozy. Quant aux huiles, Copé, Sarkozy, elles n'étaient au courant de rien. Dix millions : si on va se soucier de ces détails, en pleine campagne ! C'était un tout petit Jérôme, aux manettes d'une monstrueuse machine, devant les huiles qui regardaient ailleurs. Le croira qui voudra, le brave petit Jérôme. C'est à dire, dans le monde tel qu'il est, plus grand monde. Trop de Jérôme ne sont pas bons pour les Jérôme.

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