La rumeur d'un vaccin
Le matinaute
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La rumeur d'un vaccin

Qui a vu le vaccin ? Personne. Mais chacun a vu quelqu'un qui a vu quelqu'un qui a vu la certitude du vaccin. Ce matin,  selon Nicolas Martin sur France Culture, il pourrait arriver au premier trimestre 2021. "Six vaccins sont en phase 3, c'est à dire en phase de tests à grande échelle" (tiens, sur BFM, ils sont neuf. Mettez-vous d'accord !) D'ailleurs, selon Oxfam, les pays riches ont déjà réservé la moitié des futures doses. C'est dire si l'issue est proche !

Le week-end dernier, selon le président du MEDEF Geoffroy Roux de Bézieux interrogé sur France Inter, l'attente pouvait être plus longue, mais à peine.  "Comment peut-on être optimiste comme vous l'êtes ?" lui demande-t-on. Réponse : "Ce que j'entends des laboratoires pharmaceutiques, et de gens qui sont au Conseil scientifique, c'est qu'il y a une énorme coopération mondiale pour trouver un vaccin.  Toute l'intelligence collective de l'humanité travaille pour trouver un vaccin. Ils nous disent tous, on aura un vaccin. Au printemps. Enfin, avant l'été 2021. Donc, il y a une lumière au bout du tunnel".  Donc, retournons au boulot la fleur au fusil ! (C'est moi qui précise). 

Aussi cool et détendu que soit le "parler copain" de Roux de Bézieux dans cette émission, c'est bien le président du MEDEF, ès-qualité, qui diffuse cette rumeur que rien pour l'instant ne vient étayer, n'en déplaise à "toute l'intelligence collective de l'humanité". Je ne dis évidemment pas que cette rumeur est fausse. Je ne milite pas davantage pour un reconfinement général. J'essaie juste de discerner qui dit quoi.

Ce joli moment d'optimisme patronal m'est signalé au hasard d'une tribune du médecin généraliste Christian Lehmann (notre invité pendant le confinement), qui l'analyse, dans sa chronique de Libération, comme un élément de la nouvelle stratégie du patronat et du pouvoir : pour éviter un reconfinement désastreux pour l'économie, Macron a décidé, sans le dire, de se jeter à l'eau de la fameuse immunité collective (IC). Cette même stratégie évoquée au printemps, à mots très couverts, avec des tremblements de voix -laissons donc la population s'immuniser en se contaminant massivement et à laquelle le gouvernement avait alors renoncé. Or, sans vaccin, pour atteindre l'IC aujourd'hui en France, rappelle Nicolas Martin, il faudrait en passer par "100 000 à 450 000 morts". Le retour en grâce de l'IC est-il fondé sur la rumeur du vaccin ? Question indiscrète. N'en demandez pas trop !

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