La pensée unique habite encore au Monde
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La pensée unique habite encore au Monde

Au cas où Hollande aurait des doutes

sur le cap à tenir dans la panique, au cas où il peinerait à discerner le bon chemin, heureusement quelqu'un sait: c'est Françoise Fressoz, journaliste au Monde. Dans un étrange article, mi-analyse mi-édito, elle lui désigne du doigt le chemin à suivre, le seul: il doit être co-responsable, avec Sarkozy, de la note AAA de la France. "Le pouvoir et le PS doivent cogérer le triple A de la France" ainsi est titré l'article, qui brode autour d'un thème classique: "avec la crise qui s'aggrave, le projet du candidat ne peut pas être celui que le PS a adopté en mai". Remisez donc, Hollande, vos promesses irresponsables, votre rêve, et votre ré-enchantement.

Fressoz a parfaitement le droit d'avoir les conceptions économiques qu'elle veut, et de penser que la voie Papandreou est la seule voie à suivre pour les Etats dans la tourmente de la crise de la dette. Elle a parfaitement le droit de négliger le fait que la rigueur produit de la récession, que la récession produit du déficit, et que la solution Papandreou mène donc droit dans le mur. Elle a parfaitement le droit de répéter ce que répète en boucle la totalité des éditorialistes des vieux médias. Elle a même le droit de ne pas lire son propre journal, dont un article dissonnant expliquait, voici quelques jours, qu'une dégradation n'est pas (forcément) synonyme de catastrophe. N'empêche que ce titre (davantage que l'article lui-même, plus filandreux) est parfaitement révélateur de la tendance de fond du journalisme français. Le journaliste français n'a pas pour souci d'analyser, d'éclairer, de décrypter et de commenter les décisions du pouvoir, mais bien de le guider, de lui indiquer la marche à suivre, et de lui tenir, sur ce chemin, la bride courte. Après tout, que savent ces irresponsables de Sarkozy et Hollande, élus au suffrage universel pour le premier, et par les sympathisants de gauche pour le second, que savent-ils de ce qui est bon pour le pays ? Fressoz le sait, elle, qui détient le prestigieux mandat de journaliste au Monde.

Remarquons enfin accessoirement que cette injonction de la presse au politique est toujours aussi unilatérale qu'à la grande époque du balladurisme triomphant. On attend avec impatience des éditos titrés par exemple "le pouvoir et le PS doivent cogérer la nationalisation des banques", ou bien "le pouvoir et le PS doivent cogérer une sortie ordonnée de l'euro". Le Monde s'est débarrassé d'Alain Minc, mais la Pensée Unique a de beaux restes.

Illustration: célèbre héros de bande dessinée de la fin du XXe siècle ayant la particularité d'indiquer toujours la mauvaise direction. Aucun rapport avec la chronique, bien entendu.

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