Je suis allé à la Samaritaine : c'est cheap !
Le matinaute
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Je suis allé à la Samaritaine : c'est cheap !

Soir d'été, envie de reportage de terrain, je suis allé à la Samaritaine. J'en avais vu l'inauguration par Emmanuel Arnault et Bernard Macron. Puis la vidéo d'Attac gouachant les vitrines. Lu la recension par Acrimed de tous les cris d'éditocrates menaçant d'interdire Attac, voire pire, à la suite du forfait. Toute cette promo donnait envie, forcément. Mais surtout, j'avais lu une analyse de Romaric Godin, dans Mediapart, évoquant des montres à 150 000 euros. Une fois dans ma vie, je voulais voir de près une montre à 150 000 euros. À peine freiné par une vague peur de me faire refouler à l'entrée parce que trop péquenot, je me suis lancé. Peur infondée. L'accueil du péquenot est sympathique, dans le temple des super-riches. Bon point, par rapport au musée de Pinault : l'entrée est gratuite. Les vendeurs disent bonjour quand vous passez dans les allées. Il faut dire que pas grand-monde n'achète. Les gens sont au zoo, comme moi, sauf qu'il n'y a pas de girafes.

Pour Romaric Godin, la fonction de ce lieu où tout est inabordable consiste à "faire sentir le pouvoir de l’argent aux péquenots ébahis." De ce point de vue, c'est réussi. Sur le succès commercial, je suis plus sceptique. Pour tout dire, je crains le naufrage. Entendez-moi bien, je ne me place pas du point de vue Attac. Je me place du point de vue des super-riches. Que désire le super-riche ? Du neuf. De l'ébouriffant. Quelque chose qu'il n'a jamais vu, qui le désennuie (car le super riche passe à lutter contre l'ennui l'essentiel du temps qu'il ne consacre pas à devenir super-super riche). Une claque de scénographie. Un grand Waaouuh. Ce n'est pas mon métier, mais j'imagine, oui, des girafes, des lions, des dromadaires, des dunes, des sommets alpins,  des déserts de glace, des scènes de théâtre, des scènes de crime, des tableaux vivants avec des faux militants d'Attac, un cirque martien, tout ça pour mettre en valeur le top du top de LA chaussure, de LA montre et de LA doudoune sans manches. Voilà ce qu'il veut, le super-riche. Une claque.

Au lieu de ça, que  propose la Samaritaine façon LVMH ? Un morne  alignement, sur portants, de trucs inabordables. En gros, la Samar d'antan, où ma mère allait chercher au sous-sol l'angélique pour faire ses gâteaux de riz, mais sans fruits confits, ni rien au-dessous de 100 euros. Prenez les montres, à l'étage des montres (pardon, de l'horlogerie-joaillerie). Vingt marques de montres, alignées comme des pages de pub du FigMag. J'ai cherché (en vain) la montre à 150 000 euros de Romaric Godin. Pas trouvée, dans la foule. Je ne dis pas qu'il invente. Mais je n'allais pas demander aux vendeurs "Bonjour, je cherche la montre à 150 000 euros de Mediapart". Bref, pas trouvée. Le bas de gamme est à 2000, la moyenne gamme à 5000, quelques pics à 10 000, repéré un super pic à 110 000, tout de même. Des centaines de montres de batterie, qui se morfondent dans leurs présentoirs, et se battent les unes contre les autres pour exister, regarde mon or fin, regarde comme mes aiguilles sont encore plus illisibles que celles de la voisine. Créativité, zéro. Mise en scène, zéro. Folie, zéro. Bon, il est vrai que l'entrée est gratuite. Je ne prétends pas être le meilleur expert en super-riches, mais de mon point de vue, c'est pas gagné. Dommage, c'est un bel emplacement.

Mise à jour, 15 heures.

Une internaute vigilante nous rapporte la preuve de l'existence de LA montre. Merci !



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