Musk, Pinault : le pouvoir absolu du caprice
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Musk, Pinault : le pouvoir absolu du caprice

"Quel sentiment vous anime à la veille de l'ouverture de ce musée ? Vous êtes soulagé ? Vous êtes fier ? Vous êtes heureux ?" Pour honorer son "invité exceptionnel" François Pinault, celui "qui ne s'exprime jamais dans les médias", Nicolas Demorand s'est lui-même déplacé dans le musée de tous les superlatifs, qui va ouvrir dans les anciens locaux de la bourse de commerce, à Paris. "C'est dur de décrire l'architecture à la radio, soupire le matinalier, qui tente néanmoins l'exercice avec la "verrière absolument sublime", et "l'immense statue en marbre. C'est quoi, en fait ?"

Pour visualiser l'établissement et ses œuvres, il vaut mieux se reporter au reportage richement illustré du Monde, où sont narrées par le menu les anecdotes édifiantes des vingt ans d'élaboration du musée-saga, avec en guest stars Anne Hidalgo, Jean-Jacques Aillagon, et François Hollande (pour qui Pinault a voté en 2012). Et Alain Minc qui, ayant eu la primeur de l'accrochage en 2020, en a résumé ainsi la philosophie : "C’est un manifeste politique ! Une expo d’anarchistes avec des Noirs, des marginaux qui disent qu’être capitaliste c’est être sensible aux transformations du monde." Au grand ravissement du mécène, selon Le Monde.

France Inter, Le Monde et les autres (je ne les cite pas tous) participent d'un dispositif de légitimation et de célébration désormais bien rôdé, qui a aidé Pinault à atteindre le niveau où le seul fait de son intérêt pour un artiste fait s'envoler sa cote. Pinault est ainsi à l'art contemporain ce que le milliardaire (fantasque ou demi-fou, désignez-le comme vous voudrez) Elon Musk est aux cryptomonnaies. Par son acte même d'achat, par sa seule intention d'achat, par le seul lever d'un seul sourcil, par une blague, il a déjà réalisé une pluvalue (mais rassurons-nous, selon Le Monde, il revend peu). Dans l'empire sans limite de la spéculation, il incarne le pouvoir sans partage du caprice.

Dans la saga du  Monde, un seul vilain petit lien, dans l'antépenultième paragraphe, menant vers une dépêche de l'AFP reprenant une révélation de Mediapart, rappelle que le groupe Kering, fondé par Pinault, et désormais dirigé par son fils, est visé, en France, par une enquête pour blanchiment de fraude fiscale, notamment. Le groupe (et notamment ses marques Gucci, Balenciaga et Yves Saint-Laurent) aurait échappé à 2,5 milliards d'euros d'impôt depuis 2002, principalement au préjudice du fisc italien. Le fisc français, lui, n'aurait été lésé "que" de 170 millions d'euros environ, soit grosso modo le coût de la construction du musée, 150 millions, toujours selon Le Monde. Et à propos d'argent, le coût du billet plein tarif se montera à 14,80 euros (gratuit, sur réservation, pour les moins de 18 ans).



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