Impressions sur le procès Xynthia
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chronique

Impressions sur le procès Xynthia

C'est un naufragé. Un homme perdu dans un monde moderne qu'il ne comprend pas.

Presque un rescapé, lui-même. Déroutant portrait : dans la couverture du procès Xynthia, qui s'est ouvert cette semaine aux Sables d'Olonne, la chroniqueuse judiciaire du Monde, Pascale Robert-Diard, exprime une certaine empathie à l'égard de l'ex-maire de La Faute sur Mer, René Marratier, responsable principal de l'urbanisation accélérée des terrains inondables, sur lesquels a déferlé la tempête (29 victimes en 2010). Dans son compte-rendu de l'interrogatoire de Marratier, elle se place dans la peau de l'ex-maire, ce "naufragé". L'audience, on la voit par les yeux de Marratier, même si les certitudes, l'autocratisme, l'arrogance du maire bâtisseur, à l'égard de ses opposants locaux et des autorités, transparaissent évidemment aussi, à petites touches, dans le portrait. Mais Marratier, vu par Robert-Diard, est avant tout un naufragé dans cette modernité bardée de "cellules psychologiques", de "devoir de mémoire", de "syndrome du survivant", et de lanceurs d'alerte (les guillemets sont de Robert-Diard).

Cette empathie, on la comprend mieux à la lecture du billet suivant. C'est le ton excessivement onctueux et compassionnel du président interrogeant les victimes ; et c'est la trivialité des récits de ces victimes survivantes évoquant comme une tragédie planétaire la perte de leur machine à laver, qui ont exaspéré la journaliste. Au point de lui faire reporter toute son empathie sur l'ex-maire ?

Et pourquoi pas, d'ailleurs ? C'est un art très impressioniste, la chronique judiciaire. Et inévitablement impressioniste. Car une audience judiciaire est un spectacle conçu pour pouvoir basculer sur une simple impression. Une impression imprévisible, injuste, manipulée parfois. Ce qu'on appelle un effet d'audience. Oui, même si ce n'est pas politiquement correct, on peut être exaspéré par la compassion sur commande d'un président de tribunal, et juger plus intéressant de se glisser dans la psychologie de l'autocrate bâtisseur à l'ancienne.

Mise à jour, 11 h 30 : suppression du dernier paragraphe, injustifié au vu d'un article précédent de Robert-Diard

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