Dans les boîtes aux lettres des "frugaux"
Le matinaute
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Dans les boîtes aux lettres des "frugaux"

Comment un mot s'impose-t-il dans tous les récits ? Dans les interstices laissés vacants par l'incendie de la cathédrale de Nantes, le week-end a retenti de la résistance des "frugaux". Les "frugaux", ce sont les quatre gouvernements européens (Pays-Bas, Autriche, Danemark, Suède, soutenus si j'ai bien compris par la Finlande) qui s'opposent au massif plan de relance post-Covid, soutenu, lui, par la France et l'Allemagne. Et (en gros) qui réclament un accroissement du volume des prêts consentis aux pays en difficulté, au détriment des subventions.

Tout au long du week-end, au sommet de Bruxelles (qui se poursuit encore à l'heure du matinaute) "frugaux" s'est imposé sur "radins",  voire "grippe-sous", qui semble faire un timide retour en ce lundi matin. Si "radin" ou "grippe-sou" ne peut être considéré comme un compliment, le doute demeure sur "frugaux" : le mot est-il connoté négativement, ou positivement ? Le "frugal" penche-t-il du côté de l'ascète décroissant, ou du pisse-froid ? Dans un portrait du Premier ministre néerlandais Mark Rutte (ancien DRH chez Unilever), Libé livre quelques indices. "Célibataire endurci, le Premier ministre n’a ni femme ni enfants" rappelle le journal, qui ajoute mystérieusement : "Loin des tabloïds, sa vie privée est tenue secrète. Ce qui lui vaut une popularité constante." Ajoutons que Rutte "se rend au travail à vélo et nettoie s’il renverse son café en salle de réunion. Tous les vendredis, il va enseigner l’histoire dans des lycées". En somme, pour Libé "il incarne l’homme néerlandais exemplaire". Tout ceci ne dissipe pas l'ambivalence du terme.

Un coup d'oeil dans les dictionnaires des contraires permet de se préciser les idées. Contraire de frugal ? "Glouton, goinfre" propose l'un. "Incontinent. Plantureux. Fastueux" ajoute un autre, tous adjectifs qui évoquent un buffet du "Club Med", autre appellation médiatique des pays "cigales" du Sud de l'Europe. La cause est entendue. Ce qui rend d'autant plus surprenante la persistance du terme, y compris dans les récits des medias français, structurellement plutôt favorables à la solution franco-allemande.

D'autant que cette frugalité est...un peu particulière. Comme le rappelle Marianne, "à la faveur de la libre circulation des capitaux, ce paradis fiscal aux 15.000 « entreprises boîtes aux lettres » (ayant une adresse aux Pays-Bas sans y avoir la moindre activité) opère sur ses « partenaires » une véritable prédation. De nombreux grands groupes français (Airbus Group, Gemalto, Renault-Nissan, Danone, Cap Gemini, Air Liquide et beaucoup d'autres) y ayant leur siège social ou des filiales"Oui, mais les "frugaux" sont contributeurs nets au budget de l'UE, rappelle la carte-ci dessous. Certes, mais l'Italie aussi.


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