Cergy : et Vitalina S. filma...
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Cergy : et Vitalina S. filma...

"Enlève ta cagoule, si tu es fier" intime la voix de la femme qui filme. L'homme en contrebas obtempère. Il se laisse filmer. Mais n'en continue pas moins à insulter la femme qui le filme du troisième étage. "Espèce de négresse, espèce de sale Noire, espèce de salope. Nous les Algériens, pendant 800 ans on vous a vendus comme du bétail, comme du maïs, bande de bâtards". Le smartphone de la femme insultée panote de l'agresseur à une sacoche d'UberEats qui gît au sol, en passant par une tache de sang. "Enlève ta cagoule" : il est rare que les vidéos de violences ou d'agressions, filmées d'une fenêtre ou d'un balcon, comportent une interaction aussi directe avec les agresseurs. Et c'est ce qui frappe d'emblée : la femme qui filme n'a pas peur.

La suite de ce que l'on appelle désormais "l'agression raciste de Cergy" est racontée ce matin un peu partout (le récit le plus complet est dans Le Monde) : un livreur Uber Eats, qui attendait sa commande devant le restaurant Le Brasco, a été agressé pour cause de musique trop forte par un groupe de quatre personnes. Trois ont pris la fuite quand ils ont commencé à être filmés. Le quatrième, prénommé "Mourad" sur les réseaux sociaux, a été arrêté le lendemain par la police. La préfecture du Val d'Oise a fermé le Brasco pour sept jours, après qu'une "brigade anti-négrophobie" s'est rassemblée de manière menaçante devant ledit restaurant, croyant, malgré les démentis du gérant du "Brasco" que "Mourad" était salarié du restaurant .

"Ça m'a énervée, parce que je me suis dit, même si c'est une petite bagarre, il n'y a personne qui réagit" témoignera plus tard la filmeuse Vitalina S., interrogée par le Bondy blog, et par Hanouna (qui a aussi invité le livreur, le patron du restaurant, et le fondateur du groupuscule Ligue de défense noire africaine. Pour ce qui est de "Mourad", il faudra sans doute attendre sa remise en liberté). 

On pourrait se contenter de raconter l'histoire ainsi : par le geste courageux d'une femme. Mais voilà. "Mourad" a évoqué les traites négrières arabo-musulmanes. Vitalina S. a beau expliquer au Monde qu'elle n'a "jamais vu quelqu’un se battre en raison de sa couleur de peau. Ici, il y a toutes les nationalités et tout le monde vit dans le respect mutuel", de Praud à Messiha, la bollosphère se pourlèche. Ah, enfin enfoncer un coin entre les Noirs et les Arabes, montrer que "le racisme est partout", y compris chez les racisés entre eux, vous reprendrez bien encore un petit morceau de traites arabo-musulmanes, encore un petit zakouski de ces guerres inter-communautaires, que nous n'en finissons pas de prophétiser, puisque "il n'y a plus de pays" tranche Jeanne d'Arc d'Ornellas chez Praud. Et d'accuser les médias, comme Franceinfo dans cet article par exemple, qui, dans leur récit, omettent le "Nous, les Algériens".

L'affaire de Cergy est une affaire portée par les réseaux sociaux, et gonflée à l'helium par la bollosphère, selon le schéma désormais classique. Sans la vidéo mise en ligne par Vitalina S., il n'y a pas de rassemblement de représailles devant le restaurant, pas de chasse à l'homme sur les réseaux sociaux du dénommé Mourad,  pas de fin de la France. Il n'y a qu'une agression raciste devant un restaurant du Val d'Oise, pour une histoire de musique trop forte.


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