Brexit : le "coup" de Johnson
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Brexit : le "coup" de Johnson

Une chose est certaine, c'est un coup. Mais comment qualifier ce coup ? Un coup d'Etat ? Un coup de théâtre ? Un coup de poker ? Un coup tout court ? La décision du Premier ministre britannique Boris Johnson de suspendre le Parlement britannique pour cinq semaines dès le début septembre, pour ne le rétablir que dans la seconde quinzaine d'octobre, quelques jours avant la date butoir fixée pour le Brexit, interloque les journalistes et les intellectuels français, autant que les sujets britanniques. Il est certes difficile de parler de mesure inconstitutionnelle, dans un  pays qui ne comporte pas de constitution écrite (par exemple, le Parlement britannique est habituellement suspendu pour deux ou trois semaines, à cette période de l'année). Disons que c'est une atteinte, brutale, à la longue et glorieuse tradition parlementaire britannique. Bref, un coup. On n'est pas plus avancés.

Pour tenter d'y voir plus clair, Le Monde nous propose une "revue de presse britannique". En guise de revue de presse, le lecteur a droit à deux citations du Scotsman (les Ecossais sont majoritairement opposés au Brexit), une citation du Irish Times, deux citations de The Independant, et surtout quatre citations de la Bible des "remainers", The Guardian.  De ce survol unilatéral, Le Monde déduit (c'est le titre de la revue de presse) que "la presse" (noter l'article défini) dénonce "un acte de vandalisme constitutionnel". Il est ainsi à l'unisson de toute l'éditocratie française (au hasard, Pierre Haski, ce matin sur France Inter).

Il se trouve qu'il existe au Royaume-Uni quelques discrets organes de presse, favorables au Brexit, qui ont sans doute échappé à la vigilance des revuïstes du Monde. Le Daily Mail, par exemple. Où on apprend que Johnson espère, par ce "coup" spectaculaire,  faire pression sur l'UE, et arracher aux Français et aux Allemands des concessions de dernière minute. Bénéficiant vraisemblablement de confidences de ministres, le Daily Mail assure que Johnson espère ainsi que les Européens atterrés se disent "ces gars sont vraiment sérieux".

On pense ce qu'on veut de cette tactique de Boris Johnson. On peut la juger liberticide, immorale, dangereuse. On peut estimer qu'elle va échouer (par exemple se fracasser sur la pétition anti-suspension, qui a atteint un million de signatures dans la nuit).  Sur le fond, on peut craindre (c'est mon cas) qu'un Brexit "dur" s'avère, au moins dans un premier temps, néfaste aux économies britannique et européenne. Mais les faits sont les faits. Voici quelques semaines, un sondage  (oui, je sais ce que valent les sondages, merci) révélait que 54% des Britanniques souhaitaient un Brexit par tous les moyens, y compris une suspension du Parlement. Rappeler l'existence de cette majorité silencieuse de Brexiters, qui n'envahit pas les environs de Westminster pour protester, rappeler que ce coup de force a des motivations tactiques précises, les analyser, serait-ce faire le jeu de Boris Johnson ? Serait-ce prendre parti pour le Brexit ? Ou simplement informer ses lecteurs ?

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