Brexit : comment j'ai compris le backstop
Le matinaute
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Brexit : comment j'ai compris le backstop

Encore plus fort que la proposition trumpienne d'achat du Groenland, dans le bullshit de rentrée, il y a le Brexit. Et plus particulièrement, la question qui empoisonne la négociation entre les Britanniques et l'UE, et que personne n'avait vue venir pendant la campagne de 2016 : la question irlandaise, et plus précisément le backstop (filet de sécurité). Je ne sais pas si vous avez compris le backstop. Personnellement, dans la perspective de la rentrée, ça fait deux jours que je tente, quasiment à plein temps. Un nombre incalculable d'articles censément pédagogiques ne m'ont pas aidé. Il est vrai que l'anti-brexitisme irrrationnel de la presse française n'aide pas à se faire une juste idée. C'est une video de François Reynaert, journaliste à l'Obs, qui m'a sauvé in extremis, pointillés rouges à l'appui. Je résume.

En cas de Brexit, une frontière se trouvera réinstallée entre l'Irlande (pays membre de l'UE) et l'Irlande du Nord (Royaume-uni, voir graphique , ci-dessus). Normal. Il s'agit d'empêcher des produits britanniques non soumis aux normes européennes d'entrer dans l'UE par la porte irlandaise. Mais cette frontière pourrait remettre en cause la paix en Irlande du Nord, paix que les catholiques irlandais n'ont acceptée qu'au prix d'une suppression de la frontière avec la République d'Irlande. Première contre-proposition de l'UE : dans ce cas, pas de problème, on garde l'Irlande du Nord dans les réglementations européennes (notamment sanitaires). 

Protestations des unionistes irlandais, qui souhaitent rester britanniques (et apparemment, pour rester d'irréprochables sujets britanniques, il leur faut coller aux futures normes sanitaires britanniques.)  Qu'à cela ne tienne, répond l'UE. Dans ce cas, conservons l'ensemble de la Grande-Bretagne certes hors de l'UE, mais dans une union douanière. 

Autrement dit, de fait, exit le Brexit, et la liberté pour la Grande Bretagne de conclure des accords douaniers avec qui elle veut. Cette fois, ce sont les "hard brexiters" qui s'opposent (rappelons, c'est un détail, que le peuple britannique a voté en faveur du Brexit). C'est sur cette question, que les meilleurs diplomates européens, et toute la classe politique britannique, mobilisent leur énergie depuis deux ans. 

Pendant ce temps, un rapport qui a fuité dans le Sunday Times prédit, en cas de "hard Brexit", des pénuries de fruits et légumes,  ou des problèmes d'approvisionnement en eau potable pouvant affecter des centaines de milliers de personnes (les produits chimiques de retraitement transitent par le tunnel). Sans parler des risques de pénurie de papier toilette. Mais peu importe. Hier à Berlin, Angela Merkel a laissé trente jours au Premier ministre Boris Johnson pour trouver une solution, lequel a répondu "Wir schaffen das" (on y arrivera). Question d'autant plus simple que le Parlement britannique ne veut d'aucune solution : ni petit backstop, ni grand backstop, ni backstop provisoire, ni hard Brexit. Il s'agit donc de trouver les moyens de faire une frontière qui ne soit pas une frontière. Une frontière ailleurs qu'à la frontière. Ce qui ne sera pas impossible, l'UE travaillant apparemment sur une "dématérialisation des contrôles", comme le confiait le commissaire français Michel Barnier. Bullshitt ? Oui, mais le monde EST bullshit.

Pendant ce temps, brûle toujours l'Amazonie, et nos medias regardent ailleurs. Hier, toute la journée de BFM était consacrée à un nouveau fait-divers impliquant le rappeur Booba. Si vous ne me croyez pas, c'est ici.

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