Bernie, là sans y être
Le matinaute
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chronique

Bernie, là sans y être

Là sans y être. Comment faire autrement qu'être là sans y être ? Là sans y être, posé là comme un meuble dans un bric à brac, une horloge, une commode, un coffre, un banc, dans les virevoltes des belles personnes, les effusions, les embrassades, les hugs, le triomphe de la haute couture, dans cette soyeuse solennité retrouvée, rescapée du cauchemar. Là sans y être  quand on n'en a plus rien à faire d'être le premier arrivé au buffet, de bafrer une part du gâteau, mieux à faire pour une fois qu'on est en ville,  la liste de courses, passer à la poste, trouver une pelle pour déneiger le garage. "Chez nous dans le Vermont, on connaît le froid, on se soucie du froid" a simplement répondu Bernie Sanders aux télés qui, réagissant aux mille détournements de la photo, lui demandaient comment et pourquoi la parka, et les mittens (tellement joli, ces mittens, tellement vieille Europe).

Autour, personne. C'est un cadrage, bien sûr, un instant volé, la faute à la distanciation sanitaire, à tout ce qu'on veut, mais personne. Fallait pas l'inviter. C'est toi qui l'as invité ? Ben oui, obligés, pas le choix, qu'est-ce que le monde entier aurait dit ? Bon. De toutes manières il partira tôt, on pourra s'amuser après. "On dirait mon père dans les mariages", a légendé un internaute.

Là sans y être dans les répits de la chiennerie. Quand tout son camp reprend son souffle, compte ses abattis, se découvre intact, s'émerveille de Lady Gaga ou de la nouvelle poétesse officielle Amanda Gorman, 22 ans aux cerises. Là sans y être, dans les soulagements tonitruants, dans les miraculeuses fêtes des décombres, quand se sont tues les armes. Là sans y être, dans les indispensables, les vitales illusions. Là sans y être, parce que le Mur du Mexique, les 17 décrets du premier jour, l'Accord de Paris réaccordé, là sans y être parce que sinon, à quoi bon tous ces combats d'une vie, à quoi bon avoir gagné ? 

Joie obligée. Ne pas sécher.  Là sans y être dans la belle illusion démocratique, le cérémonial pluri-centenaire, So help me God, le rêve américain de cette  winneuse de 22 ans qui a déjà en ligne de mire la présidentielle de 2036, les pères fondateurs, les amendements, le premier, le vingt-cinquième, l'héroïque décompte des votes, Démocrates contre populistes, OK OK, on tombera toujours du bon côté, quand tout autour rôdent les loups.  Je suis Bernie, on est Bernie. Il y a celles qui se lèvent et qui se cassent et la masse des posés là sans y être, qui restent assis, comme des horloges ou des commodes, font les gestes sans joie parce qu'il faut faire les gestes, présents-absents dans l'illusion démocratique puisque bordel de merde, on n'arrive pas à trouver mieux.


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