Sur l'insurrection GameStop
chronique

Sur l'insurrection GameStop

Rien à dire sur GameStop ? m'interpellez-vous dans le forum. De fait, pas grand chose. Je regarde. Je suis bouche bée. Je tente de croire ce que je vois. Pour tenter de la résumer en une phrase : comment quelques millions d'internautes américains, en rachetant massivement des actions de cette chaîne de distribution de jeux vidéo en perte de vitesse à l'ère des jeux en ligne (propriétaire en France des magasins Micromania/Zing), ont pris à leur propre piège les fonds d'investissement qui ont spéculé à la baisse sur cette action selon la technique de la "vente à découvert", c'est à dire en vendant des actions qu'ils ne possédaient pas. Belle histoire de militantisme boursier. Qui n'est pas terminée : aux dernières nouvelles de ce matin, les plateformes de courtage tentaient de sauver la mise aux fonds spéculatifs, en bloquant l'accès aux actions concernées. "Nous sommes inquiets pour l’intégrité du marché et du système", a expliqué sans rire l'un d'entre eux, Thomas Peterffy, président du groupe de courtage Interactive Brokers

Si c'est une belle histoire, c'est parce que les bons et les méchants y sont clairement répartis : 99% contre 1%, peuple contre Finance, multitude contre spéculateurs. Pour la première fois, la finance est attaquée avec ses propres armes, et lourdement battue. C'est, en matière de finance, la transposition du commandement "Don't hate the media, be the media", en "don't hate Wall Street, be Wall Street". Dans la morosité pandémique générale, c'est une de ces nouvelles qui redonnent foi dans l'avenir.

Petit plaisir supplémentaire, l'offensive a pris de court les médias, qui ne l'attendaient pas. Et ne savent pas trop comment nommer ce nouvel acteur hybride de la scène financiaro-politique : le militant-gamer-boursicoteur. Si les choses sont claires pour désigner les méchants ("hedge funds", "géants de Wall Street") comment appeler ces oxymores vivants que sont des "gentils spéculateurs" ? "Boursicoteurs connectés sur les réseaux sociaux", au "comportement grégaire", "Utilisateurs du forum Reddit", "petits porteurs qui avaient poussé les titres à des niveaux déraisonnables", écrit successivement, dans le même article, le correspondant du Monde Arnaud Leparmentier,  que ces deux adjectifs ("grégaire", "déraisonnable")  trahissent ébranlé dans ses convictions les plus profondes. La députée Alexandria Ocasio-Cortez, elle, laisse transparaître sa jubilation en évoquant, de manière plus positive, des "investisseurs particuliers" tandis que Bernie Sanders se réfugie dans un confortable laconisme (les moufles, peut-être ?)

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