A Wall Street, une bulle contre une autre ?
Le matinaute
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A Wall Street, une bulle contre une autre ?

Il fallait le dire, et c'est dit: les médias US en font des louches, avec le mouvement "Occupy Wall Street".

C'est Corine Lesnes, correspondante du Monde à Washington, qui souligne la surmédiatisation du mouvement, et elle a sans doute raison. Reste à expliquer cette paradoxale idylle, entre le système médiatique et Occupy Wall Street en particulier, et le mouvement des Indignés en général. C'est une rupture apparente avec toute l'histoire récente, celle de la fabrication, multiforme et obstinée, d'un consensus national autour des valeurs du libéralisme (moins d'impôts, moins de contrôles, desserrons les carcans, laissons respirer l'économie, vous voyez de quoi je parle, n'est-ce pas ?)

Quelles sont les causes de cette rupture ? Sans doute, classiquement, les contradictions internes des rédactions mainstream, et le fait que certains journalistes de base commencent à voir autour d'eux, dans leur entourage amical ou familial, les conséquences de la paupérisation. Sans doute aussi les opportunes limites du mouvement lui-même: une belle indignation générale, spectaculaire, ça ne mange pas de corn flakes, et c'est facile à expliquer et à mettre en images.

Y a-t-il une bulle de l'indignation, reflet inversé des bulles financières dénoncées ? Comme les traders, les rédacteurs en chef anticipent. Les traders anticipent les réactions des autres traders, et participent du phénomène (bien connu de nos abonnés) de la prophétie autoréalisatrice. En prenant acte de l'indignation de leurs lecteurs devant quelques découvertes bouleversantes (ô horreur ! Les campagnes électorales sont financées par le big business, ce qui explique que tous les présidents, arrivant au pouvoir, fassent la politique du big business, étrange, ça me rappelle une de nos anciennes émissions), les rédacteurs en chef nourrissent cette indignation, en surmédiatisant le mouvement des "99%".

Les raisons de cette surmédiatisation sont donc peut-être bassement commerciales, totalement superficielles, éphémères, tout ce qu'on voudra. Mais petites causes, grands effets. Comme le souligne la correspondante du Monde, ce retournement pourrait bien provoquer dans l'opinion un profond retournement des représentations et des valeurs (même si ce n'est pas encore fait, comme le soulignait la semaine dernière une étude d'un centre de recherche). Et si l'enrichissement des riches, la paupérisation des pauvres, cessaient d'être perçues comme des fatalités météorologiques ? Et si, et si, et si ? Pourquoi s'interdire de rêver ?

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