Et tomba le troisième tour
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Et tomba le troisième tour

Daniel Schneidermann clôt sa série de reportages sur "les routes du troisième tour" avec une réflexion sur les effets médiatiques de la Nupes, et sur l'abstention. "Si c'était les riches qui s'abstenaient massivement, les gouvernements successifs et les médias n'auraient-ils pas déjà pris le problème à bras-le-corps ?"

Et voilà. Le troisième tour est joué. Chacun y lira ce qu'il voudra y lire. Les Insoumis seront fondés à faire valoir le relèvement de la gauche, qui devrait envoyer à l'Assemblée un grand nombre de députés. À l'inverse, il est très peu probable qu'ils réussissent leur pari d'envoyer Mélenchon à Matignon. La Nupes aura en tout cas permis un beau troisième tour gauche contre droite sur les questions sociales, notamment les retraites et le Smic, englouties lors de la présidentielle sous les faux débats. Quand on voit de quel enfer zemmourien nous revenons, ne serait-ce que dans la dernière année, ce n'est pas rien. En éliminant rigoureusement toutes les personnalités de la Zemmourie, et plus largement celles du type "Printemps républicain", ce troisième tour aura confirmé ce que nous savons bien ici, mais oublions parfois : la distance abyssale entre le tapage médiatique et l'électorat.

Si je ne devais conserver qu'une image de ce beau voyage, ce serait celle de ces portes qui s'ouvrent prudemment dans les étages des tours des quartiers populaires, devant les candidats en porte-à-porte, sur des visages d'abord méfiants, puis s'éclairant soudain parfois quand était prononcé le nom de Mélenchon. Commençait alors la tâche de tout devoir expliquer. Oui, il y a encore des élections, après les présidentielles. Ce sont des lé-gis-la-ti-ves, mot compliqué, ça consiste à élire des députés. Et ces députés, cela peut signifier la retraite à 60 ans au lieu de 65. Cinq minutes chrono pour un rappel élémentaire. 

Si c'était les riches qui s'abstenaient massivement...

Cette ignorance d'une grande partie des classes populaires est le fruit d'une indifférence : celle des politiques et des médias pour l'éducation à la vie démocratique. J'en avais abstraitement conscience. Mais elle ne m'apparaissait qu'en creux, à la lecture de graphiques contradictoires comme les deux ci-dessous, qui montrent à la fois la faiblesse de la gauche et celle de l'assise politique de Macron.

Cette ignorance, je l'ai touchée du doigt. Et elle fait le jeu des classes dominantes, des instruits, qui lisent les journaux, et se tiennent au courant. Je ne crois pas que cette indifférence est intentionnelle. Mais réfléchissons à ceci : si au lieu des pauvres, c'était les riches qui s'abstenaient massivement, les gouvernements successifs et les médias n'auraient-ils pas déjà pris le problème à bras-le-corps, en multipliant les heures de cours d'éducation à la citoyenneté, les spots de pub, et tous les créneaux possibles de propagande électorale ?

Le troisième tour est tombé. Cette série de reportages "sur les routes du troisième tour" cesse donc avec la présente chronique.  Elle restera pour moi un exercice journalistique inédit : l'articulation d'un point de vue personnel clairement situé en sympathie avec la gauche unie, et de reportages se voulant rigoureux,  ne dissimulant rien de ce qui pouvait gêner mon camp préféré. Ce n'est pas toujours simple d'aimer les yeux ouverts. C'est parfois un exercice schizophrénique, qui remue les méninges sur l'exercice de notre métier. Je m'en suis expliqué avec Loris Guémart, dans son émission sur Twitch, Proxy. Ce débat est ouvert, pour ceux qui le souhaiteront. Personnellement, il m'a redonné goût à l'observation du réel, si différent, si dérangeant, de la caricature qu'en montrent les écrans, et de ce qu'en piaillent les oiseaux bleus (oui, je parle de Twitter).

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