Snowden : trop ou pas assez paranos ?
Brève

Snowden : trop ou pas assez paranos ?

Peut-on dire que les Français sont massivement espionnés par la NSA ? Et au delà, est-on devenu "parano" depuis les révélations Snowden ? Deux spécialistes de la sécurité informatique, Jean-Marc Manach et Kitetoa de Reflets.info, débattent depuis quelques jours de ces questions. Des mêmes observations, ils arrivent à des conclusions différentes, surtout sur la manière de les présenter.

Pour Jean-Marc Manach, il n'y a pas de doute : non la NSA n'a pas intercepté 70,3 millions de communications téléphoniques de Français fin 2012. Sur son blog du Monde.fr, le présentateur du 14h42 d'@si l'expliquait dès le mois de mars : "la NSA n'espionne pas tant la France que ça", contrairement à ce que Le Monde (qui héberge son blog) révélait en octobre 2013. Pour lui, la NSA n'a eu accès "qu'à" des méta-données (les informations sur une conversation, comme l'heure ou les participants, mais pas le contenu) récoltées par la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE), à l'étranger".

Contacté par @si, il explique que règnerait un climat de "paranoia" trop poussé par rapport au rôle de la NSA et un sentiment de fatalité qu'il juge nocif. "Avant, mon problème, c'était de faire comprendre aux gens ce qu'était la société de surveillance, sans être traité de parano. Avec les révélations Snowden, maintenant, mon problème, c'est de faire comprendre ce qu'est la société de surveillance à des paranos" ironisait-il ainsi en introduction à sa conférence jeudi 26 juin lors du Pas Sage En Seine 2014 (cycle de conférences sur le hacking).

"Je pense qu'il faut rester un peu parano"

C'est précisément cette présentation qui déplait à Kitetoa de Reflets.info. "Je pense qu'il faut rester un peu parano : on n'a que quelques morceaux du puzzle. Dans son papier, Jean-Marc minimise la portée de la surveillance. C'est dommage de dédouaner certains agissements, quand on a une grande audience comme lui. Il devrait contrebalancer ce qu'il dit en rappelant que la NSA a les moyens de connaitre à peu près ce qu'elle veut de quelqu'un, que ce soit avec les méta-données ou avec le contenu de la conversation. Evidemment elle ne le fera pas pour Madame Michu, mais ça ne veut pas dire qu'on n'a pas besoin de contrôle démocratique sur ces questions." détaille-t-il à @si, regrettant également que Manach se base sur des déclarations des agences de renseignement pour arriver à certaines de ces conclusions.

picto Le débat entre les deux spécialistes a commencé sur Twitter, et se poursuit sur Reflets (y compris en commentaires)

"Quand il dit que la DGSE ne récolte des méta-données qu'à l'étranger, il n'en a pas la preuve. Il se base sur des déclarations de services étrangers, allemands ou américains. Sauf qu'on sait très bien que ces services ne vont pas avouer qu'ils surveillent leur propre pays" regrette Kitetoa.

"Kitetoa n'a pas la preuve non plus que la DGSE surveille les Français. Il parait plus logique que la sécurité extérieure s'occupe de ressortissants étrangers, plus susceptibles d'intéresser les Américains, conclut Manach. C'est doute contre doute."

L'occasion de voir notre émission 14h42, présentée par Jean-Marc Manach : "L'espionnage de la NSA, raconté à ceux qui n'ont rien compris".

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