Snowden : doutes sur sa liberté de parole (Rue89)
Brève

Snowden : doutes sur sa liberté de parole (Rue89)

Deux journalistes d'investigation russes, interrogés par Rue89, émettent des doutes sur la liberté de parole d'Edward Snowden, à l'origine des révélations sur plusieurs programmes de surveillance de masse américains et britanniques, et qui a obtenu en août 2014 un droit de résidence pour trois ans en Russie.
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Andrei Soldatov, interrogé via Skype par Pierre Haski

"Snowden est théoriquement en faveur de l’ouverture. Alors pourquoi refuse-t-il de parler à ceux d’entre nous, en Russie, qui, dans notre journalisme, se battent quotidiennement pour l’ouverture et la liberté d’informer? Est-il de nouveau manipulé? Et si oui, par qui?". Dans leur livre The Red Web, sorti cette semaine aux Etats-Unis et en Grande Bretagne, Andrei Soldatov et Irina Borogan ne décrivent pas seulement, en termes sévères, le contrôle du web russe sous Poutine. Ils émettent aussi des doutes sur la liberté de parole de Edward Snowden, qui n'a jamais répondu aux demandes des deux journalistes d'investigation.

Interrogé par Rue89, Soldatov revient sur ce silence troublant. "Edward Snowden est à Moscou, protégé par le FSB [le service de sécurité russe qui a succédé au KGB, ndlr], même son avocat lui est fourni par le FSB, et nous aurions aimé en discuter avec lui". Ont-ils pu le faire ? "Non. Nous avons utilisé tous nos contacts dans le monde, en particulier dans les organisations de défense des droits de l’homme, les fondations, etc., pour entrer en contact avec lui. Mais il n’a jamais répondu".

Pour Soldatov, ce silence est problématique. "Le fait est que Irina et moi travaillons depuis des années sur les services de sécurité russes. Nous avons notre propre expérience sur la manière de résister aux pressions des services. Si vous recevez une sollicitation étrange des services de sécurité, il faut toujours la rendre publique. C’est la meilleure manière possible d’y répondre". Sinon ? "Si vous ne le faites pas, les services de sécurité pensent aussitôt qu’il peut y avoir un coup à jouer avec vous, et pensent au coup d’après pour vous amener à jouer leur jeu. Il fait donc leur montrer très vite qu’on n’est pas prêt à jouer leur jeu".

Et l'auteur de prendre l'exemple de Glenn Greenwald et Laura Poitras, les deux journalistes qui ont publié les révélations de Snowden. "Laura Poitras subissait des contrôles terribles, et Greenwald lui a conseillé de rendre ça public. Et quand elle l’a fait, les pressions ont cessé". "Le problème avec Snowden est qu’il n’a jamais fait ça", conclut Soldatov. Les deux journalistes, en dépit de leurs demandes, disent n'avoir jamais réussi non plus à contacter Greenwald.

L'occasion de relire la chronique de notre matinaute : "Accueillir Snowden ?".

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