Mélenchon, en séance d'habillage présidentiel
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Mélenchon, en séance d'habillage présidentiel

Le chef parle. Il ne parle pas, il discourt. Il monologue interminablement. Il blague, tempête, vitupère, il re-blague, il est le bruit, la fureur et les accalmies soudaines. Quel délice, un auditoire attentif, muet, captif ! Au pied de l'estrade, un parterre de dignitaires mutiques, Bompard, Trouvé, Coquerel, Boyard. Guetté et Panot sont excusées, elles sont dans le train pour Besançon, précise Jean-Luc Mélenchon.

Régulièrement, une question respectueuse vient clapoter gentiment, et fournir une respiration au monologue. On n'est pas à l'Elysée, sous De Gaulle, Pompidou ou Macron. On est quelque part dans le dixième arrondissement, non loin des locaux de LFI, comme le précisent en choeur Le Monde et Libération, marris d'avoir été exclus de la fête. Et contrairement aux apparences, Jean-Luc Mélenchon n'est pas chef de l'Etat, pas encore. Il essaie le costume. Il est en séance d'habillage. La séance, annoncée sur les réseaux sociaux, s'appelle "Jean-Luc Mélenchon face aux nouveaux médias". On peut y assister en replay ici.

L'habillage a commencé depuis plusieurs mois déjà, quand Mélenchon a choisi pour interlocuteur privilégié l'antique Alain Duhamel, partenaire télévisuel crêmeux de tous les présidents français depuis Giscard (ici en avril 2025, ici en novembre). Le point commun entre l'octogénaire et les "nouveaux médias" ? Le respect. Mélenchon exige du respect, exigence légitime au vu des "gardes à vue" (sic) auxquelles se résument parfaitement les récentes invitations des Insoumis sur les plateaux des "vieux médias", pas seulement privés, hélas, mais aussi publics : je pense à France Info, qui en offre un concentré, alliant l'antique Nathalie Saint Cricq, et les plus récentes révélations Alix Bouilhaguet, et Brigitte Boucher...

La séance de ce soir est donc un avertissement aux médias traditionnels, aka le "Système" : on peut se passer de vous. Pour 2027, en additionnant les forces de frappe de la flotille ici rassemblée, on peut parfaitement vous enjamber. Et à l'image, c'est convaincant.

Au son, c'est autre chose. Comment dire ? Conscience professionnelle oblige,  j'ai regardé sur YouTube. Fulgurances habituelles, niaque, cruauté, ironie : la première heure, on ne s'ennuie pas. Comme certainement ne s'ennuyaient pas les confrères sous le général ou sous Mitterrand, guettant saillies et traits d'esprit, qui feraient les délices des papiers du lendemain, et des amateurs de citations des générations suivantes. Ici, on assiste à une tentative réjouissante de piratage de cette forme canonique de domestication politique du pouvoir médiatique. Mais imiter est une chose, pirater en est une autre. Du théoricien de la 6e République, on attend mieux qu'une pâle reproduction de l'imagerie de la 5e. Dans les trois derniers quarts d'heure, monte chez le spectateur comme un étourdissement. Trop de fulgurances étouffent les fulgurances. Trop de maestria désamorce la maestria. Tant de tranquillité anesthésie à la longue. La potée est excellente, le petit salé onctueux, choux et carottes fondants-craquants ce qu'il faut, mais il manque un je ne sais quoi. Un grain de gros sel, peut-être, non raffiné, qu'on pourrait faute de mieux appeler le journalisme ?





Le blog Obsessions est publié sous la seule responsabilité de Daniel Schneidermann, sans relecture préalable de la rédaction en chef d'Arrêt sur images.

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