L'hypothèse du virus échappé d'un labo : enquêteurs contre fact-checkeurs
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L'hypothèse du virus échappé d'un labo : enquêteurs contre fact-checkeurs

"Une année d’enfumage et de dysfonctionnement de l’information"

La possibilité que le virus se soit échappé d'un des laboratoires de Wuhan revient en force dans les médias, éclipsant presque l'hypothèse originelle, et toujours très crédible, d'une transmission directe de l'animal à l'humain. Les journalistes ayant traité le sujet en 2020 sont mis en cause, y compris par d'autres journalistes, en France et aux États-Unis. Les médias ont-ils failli ?

Le 5 juin dernier, un tweet du média vidéo en ligne Thinkerview relaie un visuel déjà très partagé sur les réseaux sociaux. Il oppose des articles publiés fin mars 2020 à d'autres, de mai 2021, sur les origines du Covid. En mars 2020, on peut lire par exemple dans Libération un article titré "Pourquoi les électeurs du RN croient que le coronavirus a été inventé en laboratoire" et, dans Le Monde, "L'étrange obsession d'un quart des Français pour la thèse du virus créé en laboratoire". En mai 2021, changement de perspective. "Origines du Covid : les doutes s'accumulent autour du laboratoire de Wuhan" titre Libération et "Origines du Covid-19 : Facebook ne va plus supprimer les théories sur le virus issu du laboratoire" dans Le Monde. Un virage à 180°, semble-t-il. 

Marianne fait la synthèse le 14 mai. "Qualifiée de complotiste lorsqu'elle a émergé fin 2019, alors que le coronavirus se répandait comme une traînée de poudre, la théorie selon laquelle le virus aurait fuité d’un laboratoire chinois est aujourd’hui prise au sérieux par une partie de la communauté scientifique. Une leçon d’humilité pour les journalistes prompts à crier à la conspiration", écrit l'hebdomadaire. Marianne a aussi accordé une large place, fin avril, à la recension d'un livre-enquête sur les origines de l'épidémie écrit par un journaliste indépendant (et collaborateur régulier de l'hebdomadaire), Brice Perrier. Nous avons interrogé les journalistes français ayant enquêté sur les hypothèses liées aux laboratoires, ou formulé des critiques publiques du traitement journalistique au printemps 2020, ainsi que les services de fact-checking, en première ligne à l'époque.

Printemps 2020 : le fact-checking en ébullition

Retour en janvier 2020. Alors que le virus n'est encore qu'une distante maladie en Chine, les réseaux sociaux bouillonnent déjà : les premières théories sur l'origine du virus y naissent ou y trouvent des relais fructueux. En France, les services de fact-checking se retrouvent sollicités, avant même que les rédactions n'aient vraiment plongé dans la couverture de l'épidémie. De fin janvier à début mai, ces services des fact-cheking déconstruisent une série d'hypothèses non démontrées, le plus souvent qualifiées de "rumeurs", impliquant les laboratoires de virologie de Wuhan. Car la ville est l'un des trois grands centres mondiaux de l'étude des coronavirus – et la France a aidé la Chine à construire le laboratoire de niveau de sécurité P4, le plus élevé. "Le coronavirus apparu à Wuhan pouvait-il se trouver dans ce laboratoire, y avoir été créé et s'en être échappé, comme l'affirme la rumeur ? Les experts interrogés (...) assurent que non", explique ainsi Franceinfo le 31 janvier 2020 – tout comme 20 Minutes. Car les scientifiques interrogés par les journalistes sont unanimes. Sur France Culture, le 11 mars 2020, le directeur scientifique de l'Institut Pasteur Olivier Schwartz se montre catégorique, excluant totalement que le virus ait été "créé" dans un laboratoire.

Mais c'est surtout en avril 2020 que se multiplient les articles de fact-checking, dans un contexte mondial d'accusations réciproques entre les États-Unis de Trump et la Chine. "Non, ce journal télévisé italien de 2015 ne prouve pas que le Covid-19 a été créé en laboratoire", titre ainsi 20 Minutes le 7 avril 2020, puis "attention à cette mauvaise interprétation d'un article de 2013 du Parisien au sujet d’un virus créé en laboratoire" le 14 avril au sujet d'une expérience destinée à étudier un virus hybride créé de toutes pièces. Aux États-Unis, des articles relaient l'existence de câbles diplomatiques inquiets du niveau de sécurité du laboratoire P4, puis les déclarations du prix Nobel français Luc Montagnier, qui assure notamment sur CNews que le virus est "sorti d'un laboratoire chinois avec de l'ADN de VIH" à quatre endroits de son code génétique. Cette fois-ci, l'AFP, Le Monde, Europe 1, Libération, Franceinfo, Le Figaro ou France Culture se fendent d'articles, tout comme Arrêt sur images d'ailleurs – nous y reviendrons. La plupart rappellent le caractère non-démontré à ce stade d'une fuite de virus du laboratoire P4. 

Les médias français publient cependant, toujours en avril 2020, des enquêtes sur ce laboratoire P4. Certains évitent de mettre sur la table l'hypothèse du virus échappé de ce laboratoire, comme Challenges, ou la cellule d'investigation de Radio France. D'autres l'évoquent. "Et si le Covid-19 s’était échappé du laboratoire P4 de Wuhan au lieu d’être apparu, comme le prétendent les autorités chinoises, sur un marché ?", s'interroge  Le Figaro le 20 avril 2020. "Ce genre d’accident existe bien plus qu’on ne le croit", pointe Le Monde le 27 avrilQuelques jours plus tôt, Le Point avait publié l'interview du microbiologiste américain Richard Ebright. Tout en réaffirmant l'impossibilité d'un virus totalement ou partiellement synthétique (comme d'autres chercheurs dans Mediapart le 3 mai), celui-ci jugeait "l'infection d'un employé de laboratoire (...) plus probable" comme source du virus que l'implication du marché d'animaux sauvages de Wuhan. "Soucieux de réfuter les diverses théories du complot qui circulent, les scientifiques se sont empressés de nier en bloc que le virus était passé à l'homme par des «savants fous»", s'étonnait alors l'hebdomadaire. Mais ces quelques articles dissonants se retrouvent noyés dans un gros volume d'articles de fact-checking niant ces éventualités, et parfois erronés comme ce reportage diffusé le 3 avril au 20 Heures de TF1.

Des hypothèses à bas bruit, puis assourdissantes

Les origines du Covid-19 ressurgissent à la fin octobre 2020, avec la publication par le Journal du CNRS d'une interview du virologue Étienne Decroly, spécialiste des coronavirus. Decroly tord le cou à l'hypothèse Montagnier... mais remet sur la table, et de quelle manière, la possibilité d'une manipulation génétique "visant à permettre à un virus animal de passer la barrière d’espèce vers l’humain" dans le cadre de travaux de rechercheContrairement à son article scientifique publié en juillet, l'interview d'octobre est remarquée et donne lieu à des articles, par exemple chez LCI, Franceinfo et Le Parisien.

En décembre, l'idée qu'un consensus scientifique règne sur l'origine du virus, n'impliquant pas de laboratoire, explose définitivement, grâce à une longue enquête du journaliste scientifique du Monde Stéphane Foucart. Opacité chinoise (dont la suppression d'une base de données virologiques), fausse piste du pangolin en tant qu'animal intermédiaire, doutes scientifiques autour du marché d'animaux de Wuhan comme épicentre initial, mineurs malades en 2012 d'une maladie ressemblant au Covid-19... tout y passe – au même moment, Le Point publie une série d'enquêtes similaires. Jusqu'à une tribune publiée en février 2020 par la revue The Lancet, à l'initiative du zoologue Peter Daszak et "condamnant les théories du complot suggérant que le Covid-19 n'aurait pas une origine naturelle". Sans valeur scientifique et entachée par un conflit d'intérêts de Daszak, très proche des scientifiques travaillant à Wuhan, la tribune figurait pourtant "parmi les premières prises de position tranchées qui ont contribué à orienter les opinions scientifiques dès le début de la crise", analyse le journaliste. 

Le 9 février 2021, l'OMS tient une conférence de presse en Chine après une enquête qui relève davantage de la visite de courtoisie. Daszak est l'un des membres de l'équipe. L'OMS dément catégoriquement l'hypothèse d'une fuite de laboratoire. Mais si un texte de quatorze scientifiques appelant à ne négliger aucune hypothèse est refusé par le Lancet en janvier, un autre de la même eau est publié le 4 mars dans Le Monde et dans le Wall Street Journal. À partir de là, la tonalité des articles et reportages évolue, même si le service de fact-checking du Monde prend encore soin, le 20 mars, de reléguer l'hypothèse d'une fuite de laboratoire à la fin de son article. Et Envoyé Spécial consacre une enquête, la seconde après celle du Monde, à la possibilité d'un accident de laboratoire le 12 mars.

En avril, 20 Minutes, L'Express et L'Obs s'y intéressent aussi, tandis que le rapport final de l'OMS fait polémique faute d'explorer d'autres hypothèses que celle, certes dominante, d'un animal sauvage intermédiaire. Et la question décolle en mai. En France, Le Figaro se penche de nouveau sur le laboratoire P4 de Wuhan le 3 mai, Le Parisien s'intéresse à l'opacité chinoise le 14 mai. Le 20 mai, Les Décodeurs du Monde examinent enfin sérieusement l'hypothèse du laboratoire et Mediapart met en ligne une interview de Decroly, suivi par Libération et France Culture. Aux États-Unis, le sujet devient majeur dans les médias : deux ex-journalistes scientifiques du New York Times, dont celui qui a couvert la majeure partie de l'épidémie pour le quotidien, mettent en avant leurs doutes (puis sont eux-mêmes contestés). Les révélations se succèdent, et les motifs de soupçon sur une fuite – bien que toujours circonstanciels – se renforcent jusqu'à ce que des scientifiques, et l'administration Biden, en viennent à exiger publiquement une enquête approfondie en Chine. L'AFP se repenche sur la question le 31 mai (puis le 15 juin). Le 3 juin, Le Figaro consacre sa Une et trois articles aux hypothèses impliquant les laboratoires. Enfin, le 8 juin, L'Express publie une enquête à la structure proche de celle du livre de Brice Perrier, dont elle n'évoque cependant pas l'existence.

Un livre-enquête que personne ne recense

Cette faiblesse de la recension par les médias français ulcère l'auteur de SARS-CoV-2 : aux origines du mal, publié le 4 mai 2021 chez Belin/Humensis. "La première enquête journalistique (sous forme de livre, ndlr) au monde sur le sujet", rappelle Perrier à ASI. Decroly a préfacé et relu l'ouvrage, dont il certifie à ASI l'exactitude et la pertinence quant au volet scientifique. Perrier et son éditrice Olivia Recasens accordent en exclusivité les bonnes feuilles à Marianne, et une interview à Thinkerview le 29 avril – média "efficace et qui donne du temps pour s'exprimer"

Le journaliste s'attend à un déluge de sollicitations, mais l'intérêt reste très modéré : Europe 1 et RT France via Frédéric Taddéi, Sud Radio, Télématin, Charlie Hebdo, Sputnik et TV5Monde. À l'étranger, pourtant, il décroche des interviews, chez Radio Canada et au journal du soir de la télévision suisse francophone. Il ne cache pas son dépit, lui qui avait déjà été surpris lorsqu'il avait fait des propositions d'articles à des médias à l'automne 2020. "J'avais proposé des sujets à plusieurs magazines avec lesquels je bosse, ils n'étaient pas intéressés. L'un m'a dit qu'il valait mieux parler des vaccins, un autre que c'était très malvenu après Hold-Up, et que même si ces questions se posaient, ça prêtait au complotisme."

Le livre est pourtant un passionnant récit, certes parfois spéculatif, mais s'appuyant sur plusieurs dizaines d'entretiens avec des chercheurs de tous horizons. Il relate le "continuum d'hypothèses" (expression de Decroly) allant d'une contamination via des animaux sauvages à un accident de recherche lié à des manipulations en laboratoire, en passant par la possibilité que les élevages de visons et de chiens viverrins en Chine aient permis au virus de s'habituer à l'homme – voie explorée par deux longues enquêtes de Reporterre, et aujourd'hui favorite du "M. Covid" allemand, Christian Drosten.

"Je pense que ce qui ne plaît pas aux journalistes, c’est que la quatrième de couverture parle des médias manipulés", avance Perrier pour expliquer le silence médiatique. "Pourtant, ils l'ont bien été. Le livre est un document sur une année d’enfumage et de dysfonctionnement de l’information, d’abord de l’information scientifique, et ensuite de l’information journalistique." Il n'épargne pas les médias français, se concentrant sur les services de fact-checking tout en essayant de réhabiliter FranceSoir, pourvoyeur de quelques vérités – et de beaucoup d'informations fausses. Chez les fact-checkeurs, il dénonce le caractère unilatéral faisant passer, selon lui, pour d'affreux complotistes tous ceux qui auraient voulu explorer d'autres voies que la plus évidente au premier abord. Il tacle en particulier un article du Monde, titré "L’étrange obsession d'un quart des Français pour la thèse du virus créé en laboratoire", à propos d'un sondage réalisé pour Conspiracy Watch et la Fondation Jean Jaurès. Perrier reproche cette appellation "psychiatrique", et fait remarquer que le sondage s'appuyait sur des propos factuellement faux.

Le fact-checking trop catégorique...

"Le virus qui circule actuellement a été séquencé de partout. On sait qu’il est sauvage, qu’il n’a pas été créé en laboratoire. Il n’y a pas de discussion possible là-dessus", assurait en effet au Monde le responsable du centre d’immunologie et des maladies infectieuses de l’Inserm, Guy Gorochov. Pourtant, le même, joint quelques mois plus tard par Perrier, admet qu'un ajout de quelques séquences génétiques pourrait tout à fait être invisible, et qu'il s'était montré plus tranché que la réalité afin de ne pas laisser de prise au doute. "C'est quoi leur fact-checking, prendre le sondage, lui faire dire que les gens sont analphabètes, et citer un seul expert ? C'est grossier et primaire, ils vont conforter ceux qui ont des penchants complotistes et se disent que les médias mentent."

... et dépassé par l'ampleur du sujet ?

"Je ne jetterais pas la pierre aux journalistes qui relaient ce type d'affirmations catégoriques, appuyées sur des avis scientifiques", analyse auprès d'ASI le correspondant du Point en Asie, Jérémy André, qui publiait dès avril 2020 une interview portant sur les hypothèses des laboratoires. Car il a constaté directement la réticence des scientifiques ou de leurs employeurs à aborder le sujet à l'époque, et une forme d'omerta imposée par les plus grandes revues scientifiques. "À partir du moment où il y a eu une entreprise de désinformation du milieu scientifique, on ne peut pas critiquer la presse qui s'est trouvée face au cas de la source normalement béton, et qui se trompe." Il questionne par contre la validité même du fact-checking sur des sujets aussi complexes. "L'origine d'un virus qui crée une pandémie faisant des millions de morts, ce n'est pas pour du fact-checking mais pour de l'enquête. Ce truc va nourrir les complotistes pendant une éternité..."

Le journaliste indépendant Vincent Glad, qui suit l'épidémie de près depuis le début de l'année 2020, a longuement hésité avant de relayer sur Twitter l'édito-enquête du Washington Post, craignant d'être qualifié de complotiste. Il se refuse à "tirer sur le fact-checking", dont il espère cependant que les articles erronés seront mis à jour, mais fait remarquer le vaste fossé existant au Monde entre le travail de Foucart et celui des Décodeurs, à la tonalité radicalement opposée. "L'un n'hésite pas à enquêter sur un sujet un peu sensible, et de l'autre côté, les Décodeurs vont plutôt dire que les rumeurs sont fausses. Le parti-pris de base du fact-checking encourage à faire ce genre d'erreurs, car les journalistes qui le pratiquent sont souvent dans une forme de combat contre un autre camp qu'est le complotisme." D'après lui, ce prisme a "bloqué l'horizon" des lecteurs et des autres journalistes.

Et ce n'est probablement pas un hasard si la première enquête journalistique française est venue de Foucart, qui n'est pas spécialiste en virologie, mais des sciences de l'environnement. "Un domaine où on travaille nécessairement sur les controverses scientifiques, les analyses divergentes des mêmes éléments factuels, voire leur contestation", rappelle le journaliste du Monde à ASI.

"Il m'est apparu assez vite que la question des origines n'était pas très bien posée dans l'espace public, avec tout de suite une opposition assez radicale entre une hypothèse dominante du débordement zoonotique naturel, le schéma classique, et une autre présentée comme des manipulations génétiques un peu obscures au fond d'un laboratoire de Wuhan", poursuit Foucart. Pour autant, il rappelle qu'à l'heure actuelle, l'origine zoonotique, qu'elle concerne des animaux sauvages ou d'élevage, reste l'hypothèse privilégiée, malgré les enquêtes et analyses remettant sur la table celles du laboratoire. "Quand on publie ce genre d'articles qui pose plus de questions qu'il n'apporte de réponses, on génère l'idée qu'il s'agit bien d'un accident de laboratoire. C'est un dilemme médiatique, il faut traiter le sujet et en même temps ne pas laisser penser que c'est l'hypothèse dominante."

"C'est se tromper de cible"

Comment les services de fact-checking perçoivent leur travail d'alors, et l'influence qu'ils ont pu avoir sur le grand public ainsi que sur les autres journalistes ? "On s'est toujours basé sur ce que disaient les spécialistes qu'on interrogeait sur cette thématique", répond à ASI le responsable de la rubrique Fake Off de 20 Minutes, Clément Giuliano. Lui tient à une certaine modestie de l'exercice de la vérification des faits. "Le fact-checking consiste à répondre à des rumeurs qui se propagent en ligne et d'apporter des éléments de compréhension. Il ne faut pas lui donner une ambition qu'il n'a pas. Lui faire porter la responsabilité d'un sous-investissement dans des enquêtes sur l'origine du Covid, c'est se tromper de cible."

Le responsable de la rubrique Checknews de Libération, Cédric Mathiot, rejette l'idée que certains sujets seraient finalement trop complexes pour être correctement traités par son service, qu'il préfère nommer "journalisme de réaction" que journalisme de fact-checking proprement dit. Il reconnaît par ailleurs que "le Lancet a donné le ton et fermé la porte à un accident de laboratoire alors qu'il y avait un conflit d'intérêt direct". Et admet que l'article consacré aux origines publié en avril 2020, probablement le plus précis de l'époque, a sans doute donné le ton (ce que la rubrique a d'ailleurs elle-même relevé le 3 juin 2021). "On a traité les pistes et affirmations les plus outrancières. Peut-être que l'intérêt journalistique aurait été d'aller creuser les origines du virus." Mais Mathiot pose surtout la question du langage utilisé, notamment dans les titres des articles. "Les termes «accident», «fabriqué», «manipulé», sont des termes polysémiques et compliqués, qui supposent aussi bien intentionnalité et intervention directe que d'autres hypothèses. Quand on écrit à ce moment-là, on pense à une chimère purement synthétique, pas à un virus transformé par des recherches de gain de fonction (virus ayant acquis des propriétés qui le rendent plus transmissible chez l'humain, ndlr)". 

On retrouvait ces mots dans le sondage initié fin mars 2020 par Conspiracy Watch, dupliquant les questions posées quelques jours plus tôt par l'institut de sondage Pew Research aux États-Unis. Le fondateur du site anti-complotisme, Rudy Reichstadt reconnaît qu'il ne rédigerait pas ainsi les questions du sondage aujourd'hui : "On ferait quelque chose de moins polysémique, qui corresponde à ce qu'on sait des différentes pistes sur la table." Par contre, il met en avant "la pression qu'exerce le complotisme sur les journalistes et les scientifiques", refusant d'accabler les uns ou les autres.

Chez les Décodeurs du Monde, particulièrement mis en cause aujourd'hui, le journaliste William Audureau regrette auprès d'ASI que les questionnements actuels des journalistes, notamment aux États-Unis, se greffent sur un sujet "porté et instrumentalisé par la sphère complotiste" dont il estime toujours qu'elle fait de ce sujet une "obsession". Lui aussi rappelle l'unanimité des experts appelés au printemps 2020. Mais signale un "biais" : "On savait que nos articles avaient vocation à être partagés sur Facebook, il fallait que dès le titre l'information soit la plus complète possible, car la plupart des gens ne lisent pas au-delà." Audureau signale également que les journalistes scientifiques du Monde étaient parfois débordés de travail, laissant alors les Décodeurs prendre le relais, tout en les assistant. "Les fact-checkeurs, on est les pompiers de l'info, dans une temporalité courte,  ce qui n'interdit pas du tout aux journalistes scientifiques de mener des enquêtes." Ce qu'a effectivement fait Foucart au Monde. Mais il fut bien seul en 2020.

Et arrêt sur images ?

ET ARRÊT SUR IMAGES ?

L'auteur de ces lignes a écrit deux articles à propos de faits médiatiques autour des hypothèses des laboratoires de Wuhan. L'un concernait l'intriguant édito-enquête du Washington Post, l'autre les reproches faits par les journalistes scientifiques aux médias qui avaient laissé micro ouvert à Montagnier. Tous deux comportent une erreur majeure, corrigée au même moment que la publication de cet article : celle d'un consensus scientifique établissant par examen génétique l'impossibilité de modifications artificielles du virus. Bien que la probabilité en reste faible, elle n'en est pas moins existante et ne pouvait donc être balayée. Les articles d'ASI se concentrant sur les questions médiatiques, je n'ai pas consacré suffisamment de moyens à approfondir cette question lors de leur réalisation. C'était indubitablement une faute. 

L.G.

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