France Télés, TF1, M6 et Canal, lobbyistes de la malbouffe
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France Télés, TF1, M6 et Canal, lobbyistes de la malbouffe

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Grandes chaînes de télé et industrie agroalimentaire, même combat ? Dans une lettre adressée à Matignon le 10 mai, et qu'Arrêt sur images s'est procurée, les patrons de France Télés, TF1, M6 et Canal+ tentent de torpiller un amendement sur la publicité qui obligerait les annonceurs à davantage de transparence sur la qualité nutritionnelle de leurs produits. Ou quand les groupes de télévision volent au secours de la malbouffe.

Et si on contraignait les industriels de l'agroalimentaire à davantage de transparence sur la qualité nutritionnelle de leurs produits ? C’était l'une des ambitions du "Nutri-score", ce système d'étiquetage classant les produits selon leur valeur nutritionnelle. Pas vraiment du goût des industriels du secteur qui, comme nous le racontions, ont eu la peau de ce système d'étiquetage en obtenant que son apposition sur les emballages reste au bon vouloir des marques.

A défaut d'avoir réussi à l'imposer sur les emballages en rayons, le médecin et député de la majorité Olivier Véran présente ces jours-ci à l'Assemblée nationale, et contre l'avis du gouvernement, un amendement visant à obliger les marques comme Coca Cola, Nestlé ou MacDonalds à faire figurer cet étiquetage à la fin de chaque spot. À défaut, le député propose de contraindre les récalcitrants à s'acquitter d'une contribution égale à 5% du montant de la pub.

Patrons de chaîne à la MANŒUVRE

Davantage de transparence sur les produits alimentaires dans les spots de pub ? Voilà qui rencontre l'opposition de l'association nationale des industries agro-alimentaire mais aussi… des principales chaînes de télévision. À l'heure où le député Véran va défendre son amendement dans l'hémicycle, malgré l'avis contraire du ministre de l’Agriculture Stéphane Travert, les patrons de chaînes sont à la manœuvre pour torpiller la mesure. C'est ce que rapportait ce mardi le site La Lettre A qui raconte comment "les patrons de médias se portent au secours de la junk food"

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C’est ainsi que le 10 mai dernier la présidente de France Télévisions Delphine Ernotte, le directeur général de TF1, Gilles Pélisson, mais aussi Nicolas de Tavernost (M6), Jean Christophe Thiéry (Canal+) ainsi que les patrons de Lagardère Active et de NRJ Group, ont adressé un courrier commun à Matignon pour faire part de leur opposition à cet amendement. Une lettre qu'Arrêt sur images s'est procurée (et que nous reproduisons en intégralité au pied de l'article) dans laquelle les patrons de chaînes s'alarment "des conséquences graves qu’aurait l’adoption de telles dispositions pour l’économie des secteurs que nous représentons."

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Leur argument ? "Le secteur de l’alimentation constitue le premier investisseur publicitaire en télévision avec plus de 20% du marché, soit plus de 650 millions d’euros net par an", écrivent les co-signataires.  En d'autres termes, l'obligation du logo anti-malbouffe risquerait de faire fuir les annonceurs et pourrait même entraîner, selon eux,  "une chute significative des chiffres d’affaires des chaînes de télévision et donc de leurs investissements dans la production audiovisuelle et cinématographique française et européenne." Rien que ça. À l'appui de cet argumentaire, plusieurs représentants de syndicats de production audiovisuelle ainsi que le directeur général de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD) ont apposé leur signature à côté de celle des patrons de télévision. 

Quant au "manque à gagner" pour la création, il "s'établirait à plus de 200 millions d'euros" frissonnent les signataires qui ne s'arrêtent pas là dans le catastrophisme. A les en croire "c’est l’ensemble du financement des chaînes dans les contenus – sport, magazines, divertissements, information – qui serait impacté et l’ensemble de la filière audiovisuelle qui représente 130 000 emplois."  Bientôt la fin de la télévision et du cinéma français (voir européen), sur fond de chômage de masse ? Et tout ça à cause d'un logo anti-malbouffe ?

"Une lettre en catimini" 

 "Entre défense du 7e art et lutte contre l'obésité, le gouvernement a choisi : il s'opposera à l'amendement..." constate La Lettre A . De fait, lors de sa présentation en commission en avril, l’amendement signé par quelque 75 députés (LREM) avait été rejeté d’une voix. Alors que le ministre de l'Agriculture Stéphane Travert estime qu'une obligation serait une entrave au marché, le député à décidé de soumettre tout de même son amendement au débat en séance plénière, ces 22 et 23 mai. Le député qui fut rapporteur de la "loi mannequin" contre la maigreur des top-modèles (voir notre article) et de la taxe soda était l'invité de RMC ce mercredi matin. Au micro de Jean-Jacques Bourdin, Véran, qui a été mis en copie de cette lettre, assure que "c'est un débat qui doit être public. Je ne pense pas qu'une lettre en catimini soit la meilleure façon de mener ce débat public."

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