Dati et la Cour des comptes : "Le Point" contre "Le Monde"
Brève

Dati et la Cour des comptes : "Le Point" contre "Le Monde"

200 000 euros dépensés par le ministère de la justice de Rachida Dati et invalidés par la Cour des comptes. Pour Le Point, qui a révèlé l'arrêt, ce sont bel et bien les dépenses de Dati, et notamment les "frais de représentations" qui sont visés. Pas pour les décodeurs du Monde, qui estiment que la Cour des comptes fait des reproches concernant la justification des dépenses "sur la forme", plus que sur le fond.

"sur la forme", plus que sur le fond.

"8 985,87 euros de factures qui n'avaient rien à faire là." Le Point a révélé mercredi 13 avril que la Cour des comptes, dans un arrêt publié le 22 janvier, épinglait la gestion du ministère de la Justice de 2007 à 2009. Selon l'hebdo, Rachida Dati "qui aimait alors paraître en Dior ou en Saint Laurent" s’est alors distinguée par "une envolée de ses frais de représentation et de réception" : 269 000 euros en 2007 pour "les fêtes et les diners organisés par madame la ministre". Sur cette somme, 8 985 euros de factures sur 260 000 "n'avaient rien à faire là" affirme l’hebdo. Pire : cet "argent a notamment servi à acheter des foulards Hermès, selon [les] informations [du Point]".

Et même si en interne "une partie de l’administration" s’était "offusquée du train de vie de Rachida Dati", ce sera au comptable de l’époque, légalement responsable, de rembourser la note. Et elle est plutôt salée, puisqu’aux 9 000 euros de frais, s’ajoutent des contrats avec une société de conseil de près de 180 000 euros, également invalidés. "Le gendarme des finances publiques a découvert qu'aucune des factures n'indiquait ni les prestations exécutées ni les productions fournies" pour ces contrats passés avec une société bien connue des @sinautes : Giacometti-Péron, la société de conseil de Pierre Giacometti, proche de Sarkozy, impliquée dans l’affaire des sondages de l’Elysée.

Immédiatement, la plupart des autres médias reprennent l’info... et le contrat de conseil à 180 000 n’est visiblement pas ce qui les intéresse le plus. LCI comme Les Echos par exemple, titrent sur les "habits de luxe", à grand renfort d’images d’archives censées montrer le goût de Rachida Dati pour ces dépenses somptuaires.

En réponse, Rachida Dati a dénoncé une "cabale politique" émanant de son propre camp. Un argument qu’elle avait déjà utilisé en 2014 lors des révélations sur ses notes de téléphone de près de 10 000 euros par an. Sur le fond de l’arrêt de la Cour des comptes, l’élue UMP dément toute dépense personnelle : "Le ministère de la Justice ne m'a jamais financé de dépenses personnelles ou acheté un quelconque vêtement. Je ne vivais pas au ministère et mes dépenses étaient financées sur mes deniers personnels. La Cour des comptes ne m'a jamais mise en cause ni à titre personnel, ni à titre professionnel", a-t-elle déclaré à l’AFP.

Sur ce dernier point, les Décodeurs du Monde, qui ont "épluché" l’arrêt de la Cour des comptes, confirment la version de l’ancienne garde des sceaux. "Comme le dit Rachida Dati, à aucun moment les magistrats de la Cour des comptes ne remettent explicitement en cause le bien-fondé des dépenses de son ministère […] Le souci, c’est que les formes n’ont pas été respectées pour justifier ces dépenses. Le comptable doit en effet remplir dans ces cas-là un certificat administratif justifiant la catégorie à laquelle se rattache chaque dépense", précisent les fact-checkeurs du quotidien. "Des reproches plutôt sur la forme que sur le fond", et qui visent plutôt le comptable que Rachida Dati, jamais évoquée par la Cour des comptes, donc.

Autre élément allant dans le sens de Dati : contrairement à ce que des titres comme celui des Echos laissait penser, Dati n’a pas laissé "une ardoise à la justice de 9 000 euros d’habits de luxe". Le détail des dépenses contestées ne contient "que" 385€ de vêtements et 1 291€ d’accessoires de vêtement, le reste concernant de la papeterie, des vins mais aussi 1 600€ de fleurs.

des cadeaux ? "le problème, c'est qu'il manque les pièces pour le justifier"

Contacté par @si, le journaliste du Point auteur de l’enquête, Mathieu Lehot, souligne le sérieux de son enquête, et la singularité du dossier. "Un arrêt, donc contraignant, de la Cour des comptes qui invalide près de 200 000 euros de dépenses d’un ministère, ce n’est pas anodin. Un comptable qui signe des factures du cabinet de Rachida Dati, alors qui lui manque des pièces, ce n’est pas anodin. Alors oui, Rachida Dati se défend en disant que les dépenses n’étaient pas pour elle, mais pour des cadeaux. Et c’est ce qu’indique le comptable. Mais justement, le problème c’est qu’il manque les pièces pour le justifier", assure Lehot, en estimant qu’il faut remettre ces informations "dans le contexte de 2007, avec l’explosion des frais de représentation par rapport au prédécesseur de Dati, Pascal Clément, qui ne les utilisait quasiment pas".

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