Blocus : Twitter et les "estomacs qataris"
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Blocus : Twitter et les "estomacs qataris"

Un hastag sur l’estomac des qataris, des vaches envoyées par les airs, des bateaux de fruits et légumes venus d’Iran : dix jours après la rupture des relations diplomatiques entre le Qatar et plusieurs Etats du Golfe – dont l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis – les qataris s’organisent pour faire face au blocus.

Un blocus ? Quel blocus ? Mardi 13 juin, selon une dépêche AFP reprise sur le site de La tribune, l’Arabie saoudite se défendait de bloquer son voisin le Qatar mis au ban le lundi 5 juin par une poignée de pays du Golfe. Le chef de la diplomatie saoudienne était formel : "Il n'y a pas de blocus contre le Qatar [...], les ports sont ouverts, les aéroports sont ouverts. […] Nous leur avons interdit notre espace aérien, ce qui est notre droit souverain. […] Techniquement, cela n'est pas un blocus. Le Qatar peut importer et exporter des biens quand il veut. Ils ne peuvent juste pas utiliser nos eaux territoriales. […] Nous sommes prêts à approvisionner (le Qatar) en vivres et en médicaments, si nécessaire".

Pour autant, souligne le site belge La Libre, "l’Arabie saoudite contrôlant la frontière terrestre, les denrées commerciales ne peuvent plus passer que par mer ou par les airs, mais sans utiliser les eaux territoriales ni les espaces aériens de ses voisins immédiats. Or, les ports émiratis jouaient jusqu’ici un grand rôle dans l’approvisionnement maritime du Qatar". Une situation décrite également dans notre émission consacrée à cette crise diplomatique où nous rappelions que la seule frontière terrestre du Qatar est celle que ce petit pays partage avec l’Arabie saoudite.

Dès lors, comment le Qatar s’organise-t-il ? En ouvrant des liaisons avec des pays plus lointains et notamment avec l’ennemi juré de l’Arabie saoudite et dorénavant de Donald Trump : l’Iran. Toujours selon Libé, dimanche 11 juin, l’Iran "a ouvert le premier axe commercial alternatif avec le Qatar. La République islamique a fait parvenir au Qatar cinq avions remplis de plusieurs centaines de tonnes de denrées alimentaires. La Turquie a également affiché son soutien à l'émirat isolé et exporte désormais des volailles et des produits laitiers à destination de Doha. L’Algérie et le Liban ont, quant à eux, exporté des fruits et des légumes." 

Des vaches qui volent, et un # sur l'estomac des qataris

Blocus oblige, les Qataris se voient confortés dans l’idée d’être moins dépendants de leurs voisins. A en croire Libération et Le Monde, qui tous deux citent le titre économique américain Bloomberg, "pour éviter la pénurie de lait aux 2,5 millions d’habitants, des solutions créatives sont imaginées : le chef d’entreprise qatari Moutaz Al Khayyat va faire venir par avions 4 000 vaches de 590 kg chacune. Il faudra soixante avions, affrétés par la compagnie Qatar Airways, pour transporter les animaux achetés aux Etats-Unis et en Australie". Cet homme d’affaires est déjà à la tête d’une ferme géante installée à cinquante kilomètres de Doha, en plein désert, qui devrait être opérationnelle en septembre.

Tandis que les Qataris s’organisent en plein ramadan, le blocus fait également rage sur les réseaux sociaux. Comme le raconte L’Obs, "des utilisateurs de Twitter ont tourné en dérision des propos de Jamil al-Ziabi, rédacteur-en-chef d'un journal saoudien, qui s'est inquiété du recours par les Qataris à la nourriture envoyée par l'Iran et la Turquie après la fermeture de la frontière par l'Arabie. «Je suis vraiment inquiet parce que je ne pense pas que des estomacs qataris puissent s'habituer si vite à de tels produits», a affirmé ce dernier. Conséquence selon l’Obs : "un hashtag #estomacqatari est vite devenu «tendance» en arabe". Il faut savoir, comme l’explique sur l’Observatoire du Qatar son directeur Nabil Ennasri, invité de notre émission citée plus haut, que "le taux de pénétration des réseaux sociaux dans ces pays est l’un des plus importants au monde."

Rien de surprenant donc, poursuit le chercheur, que les Emirats arabes unis aient "prévenu que toute expression publique en faveur du Qatar (notamment sur Twitter) était passible d’une amende d’un million de dollars et d’une peine pouvant aller jusqu’à 15 ans d’emprisonnement". Cette déclaration, véridique, est pourtant à l’origine d’une fake news reprise par tous les médias français mais aussi italiens et anglo-saxons, lesquels ont assuré que le port du maillot du FC Barcelone, qui affiche son sponsor Qatar Airways, était interdit en Arabie saoudite. Une info bidon décortiquée par Les décodeurs du Monde.

Rappelons enfin que la crise diplomatique prend source dans le piratage du site de l’agence de presse officielle du Qatar ainsi que de son compte Twitter comme l'expliquait Ennasri sur notre plateau :

Plus globalement, estime le chercheur sur l’Observatoire du Qatar, "ce conflit entre monarchies pétrolières doit nous amener à comprendre que le Moyen-Orient est entré dans un nouveau cycle d’alliances qui va durablement recomposer l’équation stratégique régionale". On pourrait donc voir apparaître "un nouvel axe Turquie/Iran/Qatar/Hamas qui ferait de Téhéran l’Etat-pivot le plus influent de toute la région. Cet axe s’opposerait à la triade Arabie/Emirats/Egypte dont l’alliance ouvertement assumée avec Israël lui vaut dans le monde arabe le sobriquet «d’alliance sioniste arabe»".

>> L’occasion de voir ou revoir notre émission sur la crise du Qatar avec Nabil Ennasri, le journaliste du Figaro Georges Malbrunot, et la communicante Sihem Souid.

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