Aides à la presse : 1,2 milliard mal dépensés
Brève

Aides à la presse : 1,2 milliard mal dépensés

Et très peu pour la presse en ligne...

Le rapport parlementaire du député Michel Françaix lève le voile sur la façon dont l'Etat dépense chaque année 1,2 milliard d'euros pour soutenir la presse. Résulat : des aides mal ciblées qui ne bénéficient pas assez à la presse "citoyenne", la presse en ligne très peu encouragée et quelques surprises dans la liste des bénéficiaires.

"Dysfonctionnements", "contradictions"... le rapport du député Michel Françaix, dévoilé par owni.fr, n'est pas tendre avec les aides à la presse distribuées chaque année par l'Etat en dépit du bon sens. Le document comporte aussi un intéressant classement des bénéficiaires qui permet de comprendre la ventilation de ces aides entre les différents titres. En tête, Le Monde est le journal qui a touché le plus d'aides en 2011, suivi par Le Figaro, Libération pointe en sixième place. Le Nouvel Observateur est le newsmagazine le plus aidé, juste devant L'Express.

Principale critique du rapport : la presse d'information politique et générale rassemble moins d'un tiers des aides distribuées par l'Etat, soit au total 1,2 milliard d'euros. Françaix dénonce l'absence de ciblage. Ainsi, 60% des aides sont absorbées par des tarifs postaux réduits accordés à tous les journaux. La moitié va à des magazines, notamment la presse télé qui en capte 20%.

La classement illustré par owni.frpicto

Pour preuve aussi, dans la liste des 30 journaux les plus aidés figurent notamment cinq hebdomadaires télévisés, dontTélérama (Groupe Le Monde) qui perçoit à lui seul 9,5 millions d'euros. On trouve également deux titres du groupe Lagardère:Télé 7 Jours, qui figure dans le Top 10 avec 7,3 millions d'euros, et Paris Match qui perçoit 5,3 millions.

Côté aides fiscales, Françaix préconise aussi d'attribuer un taux de TVA réduit sur“la presse d’information citoyenne” et d'exclure la presse dite "récréative”. Actuellement, le taux à 2,1% bénéficie d'abord à la presse magazine (35% des bénéficaires) contre 24% pour la presse quotidienne régionale et 15% pour la presse quotidienne nationale. C'est un combat d'@si : avec un taux de réduit de TVA, nous aurions été bénéficaires en 2010.

Le rapport Françaix permet encore d'apprendre qu'au titre des“quotidiens nationaux d’information politique et générale à faibles ressources publicitaires”,l'Etat financeL'Humanité,La Croix,LibérationetPrésent, journal d'inspiration catholique traditionnaliste dont la devise est "Dieu, famille patrie".

20 MILLIONS POUR LA PRESSE EN LIGNE

Autre anomalie : la faiblesse de l'aide au développement de la presse sur internet, qui atteint 20 millions d'euros.“D'ici une dizaine d’années, peut-être moins, la presse quotidienne papier sera distancée par la presse en ligne",rappelle le rapport. Et encore, sur l'enveloppe de 20 millions, 31% a été consacré à payer les salaires des journalistes papier “réaffectés”sur le web."Le rôle des pouvoirs publics ne doit pas être d'empêcher mais d'accompagner une mutation irréversible. Or, c'est malheureusement tout le contraire que fait notre système d'aides à la presse, avec la complicité d'éditeurs", écrit le rapporteur. Chez @si, comme nous l'avions expliqué, nous préférons nous passer des subventions publiques.

Le document tire enfin "un bilan décevant" des aides au portage de journaux, que François Hollande a décidé de pérenniser pour les trois prochaines années. Ce système de distribution, considéré comme un bon moyen d'encourager les abonnements, a été subventionné massivement sous le gouvernement Fillon. Entre 2009 et 2012, les aides ont atteint 253 millions d'euros mais n'ont permis d'augmenter le nombre d'exemplaires distribués que de 66 millions depuis 2008... soit deux fois moins qu'entre 2001 et 2008. "L'effet incitatif a été nul", estime le rapport. Au lieu d'inciter au basculement vers le portage, l'aide a servi à "subventionner massivement" les titres de la presse quotidienne régionale, qui ont capté plus de 70% de l'aide en 2011 (soit 48 millions d'euros). Cette année, ces aides sont tombées à 45 millions d'euros.

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