Violences : "À Grigny, nous sommes régulièrement confrontés à la mort"
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L'émission
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  • Avec
    Kim Reuflet et Sebastian Roché et Philippe Rio
  • Presentation
    Nassira El Moaddem
  • Préparation
    Adèle Bellot et Alizée Vincent
  • Réalisation
    Antoine Streiff
Offert par le vote des abonné.e.s

Shemseddine, 15 ans, a été battu à mort le 4 avril 2024 près de son collège, à Viry-Châtillon, dans l'Essonne. Quatre jeunes hommes, trois mineurs et un majeur, ont été mis en examen pour assassinat. Deux d'entre eux avaient sommé plusieurs garçons dont Shemseddine, de cesser de parler avec leur sœur sur des sujets relatifs à la sexualité. Ils ont tous été placés en détention provisoire. Samara, 13 ans, a été frappée par plusieurs adolescents à proximité de son collège de Montpellier sans que les motifs ne soient pour l'instant très clairs. Trois d'entre eux ont été mis en examen pour "tentative d'homicide volontaire" et placés sous contrôle judiciaire. Deux "faits divers" comme disent les médias, deux "faits de société" clament la droite et l'extrême droite, preuve d'un ensauvagement de la jeunesse et d'un laxisme des autorités, nécessitant d'urgence, clament-ils, des politiques pénales encore plus fermes à l'égard des jeunes délinquants. Gabriel Attal leur a donné raison. Jeudi 18 avril 2024, le Premier ministre s'est rendu à Viry-Châtillon proposant, dans un discours de 45 minutes, d'envisager les comparutions immédiates pour les jeunes dès 16 ans ou de lever l'atténuation de minorité pour tous les mineurs.  Mais pour quoi faire ? Quel est l'objectif en termes de politique publique ? Et que disent ces faits de violence de la jeunesse d'aujourd'hui ? Les politiques de fermeté à l'égard de la jeunesse sont-elles efficaces ? Pour répondre à ces questions, trois invités : Kim Reuflet, magistrate, présidente du Syndicat de la magistrature et juge pour enfants pendant dix ans ; Philippe Rio, maire de Grigny (Essonne) ; Sebastian Roché, sociologue, directeur de recherches au CNRS et enseignant à Sciences Po Grenoble.

"On a le droit de craquer, y compris en tant qu'hommes politiques"

En larmes. C'est comme ça que le maire centriste de Viry-Châtillon s'est présenté devant les caméras après l'annonce de la mort de Shemseddine, 15 ans, enfant de sa commune. "Ce n'est pas feint, réagit Philippe Rio, maire de Grigny, commune limitrophe de Viry-Châtillon, je le connais depuis trop longtemps pour imaginer que ce ne soit pas sincère. [...] C'est difficile d'être un serpent à sang froid. On peut craquer et on a le droit de craquer, y compris en tant qu'hommes politiques, on a le droit d'être triste, on a le droit de le montrer, de se dire que ce n'est pas normal [...]. Je suis maire d'un territoire où nous sommes régulièrement confrontés à la mort sous différents formes; j'ai pris le parti de laisser deux trois jours voire une semaine avant de faire un commentaire dans la presse."

"on ne souhaite pas jouer l'idiot utile médiatique sur lequel on va pouvoir taper"

De son coté, le Syndicat de la magistrature s'interroge : faut-il se rendre sur les plateaux télé au risque de voir son propos déformé voire ridiculisé ? Après une récente mauvaise expérience sur BFMTV où Yves Calvi a affirmé que le Syndicat cautionnait les émeutes de juillet 2023, sa présidente assure désormais prendre soin de bien choisir leurs interventions : "À aucun moment, on ne cautionne les émeutes, on vient interroger la réponse donnée, une réponse uniquement répressive et on demande : a-t-on besoin d'augmenter les peins encourues, d'accélérer les procédures ? [...] On est très sollicité, on s'interroge sur la possibilité de faire entendre notre parole. On sait que le discours qu'on souhaite tenir sur la primauté de l'éducatif et de l'importance d'une justice des mineurs adaptée est un discours inaudible, surtout qu'il est collé à des événements d'une exceptionnelle gravité et qu'on nous met a une place qui caricature notre propos. On continue à aller sur BFMTV mais on ne va plus sur CNews, car on ne souhaite pas y jouer l'idiot utile médiatique sur lequel on va pouvoir taper".

"Gabriel Attal parle comme la droite conservatrice américaine des années 80"

Ce jeudi 18 avril 2024, Gabriel Attal a répondu aux sirènes des droites et droites extrêmes. Un discours de fermeté avec l'annonce de plusieurs mesures censées restaurer l'autorité face aux jeunes et un appel à réfléchir à réformer les principes mêmes de la justice des mineurs comme l'atténuation de l'excuse de minorité et la comparution immédiate pour les jeunes de 16 à 18 ans. "Est-ce que la sévérité est de nature a limiter la délinquance violente chez les adolescents ?, interroge Sébastian Roché. Si on appelle sévérité la durée des peines d'incarcération, la réponse est non. Plus vous allez sanctionner durement un adolescent, plus il va récidiver souvent et vite après la peine. C'est quelque chose qui a été mesuré depuis la fin des années 70 aux États-Unis. Tout ce que dit Gabriel Attal c'est ce que disait la droite conservatrice américaine des années 80"

Pour aller plus loin

- Sebastian Roché, La nation inachevée. La jeunesse face à l'école et à la police, Grasset, 2022.
Au cœur du tribunal pour enfants, les mineurs face à la justice, un film d'Anne-Valérie Jara. 
- La  nouvelle série des Jours signée Pierre Bafoil : "En Essonne, la jeunesse court les rixes", avril 2024.



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