Massacre du 17 octobre 1961 : "De Gaulle savait !"

Arrêt sur images

La responsabilité du Général dans un massacre colonial mise à jour

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  • Avec
    Fabrice Arfi et Fabrice Riceputi
  • Presentation
    Paul Aveline
  • Préparation
    Yves Magistrini
  • Deco-Réalisation
    Antoine Streiff
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Le 17 octobre 1961, dans les derniers mois de ce qu'on appelle aujourd'hui la guerre d'Algérie, la police parisienne se déchaîne alors que 30 000 "Français musulmans d'Algérie", c'est comme ça qu'on les appelle à l'époque, des Algériens donc, manifestent contre un couvre-feu raciste qui les vise eux, et eux seuls. Combien sont morts, jetés dans la Seine, tabassés ou abattus par les policiers parisiens ce soir-là ? Depuis 60 ans, l'État français refuse de reconnaître sa responsabilité dans le massacre, préférant rejeter la faute sur Maurice Papon, alors préfet de police de Paris, condamné en 1998 pour sa participation à la déportation des Juifs de Gironde pendant la Seconde guerre mondiale. Un épouvantail utile, dont la responsabilité est avérée, mais dont la faute est partagée. Une récente enquête de Mediapart a prouvé que le général de Gaulle, alors président de la République, savait. Et qu'il n'a rien fait. Peut-on encore enquêter sur des faits vieux de 60 ans, quand les témoins disparaissent ? Les archives de l'époque, qui viennent d'être ouvertes, sont-elles réservées aux seuls historiens ? Autour de notre plateau cette semaine, Fabrice Arfi, journaliste et co-directeur du pôle enquête de Mediapart, et Fabrice Riceputi, historien spécialiste de la colonisation algérienne.

Le 17 octobre, "une procédure étatique d'effacement"

Au lendemain du 17 octobre 1961, pas un mot sur les ondes françaises du massacre qui s'est déroulé sous les fenêtres des parisiens pendant des heures. Au contraire, on met en avant la peur de nouvelles "tentatives musulmanes", et on rappelle que la préfecture de Police mobilise ses forces en masse pour tenter d'interdire de nouvelles manifestations. "On éclipse l'un des pires crimes de l'État français de ces dernières décennies", analyse Fabrice Arfi sur notre plateau.

Le récit oublié d'un Américain à Paris

Effacé des mémoires, le 17 octobre 1961 était pourtant raconté dès 1963 dans un livre, écrit par un afro-américain expatrié à Paris, William Gardner Smith. Lui qui pensait fuir le racisme retrouve chez la police française les mêmes traits que chez son homologue américaine. Devenu journaliste pour l'AFP, il raconte dans un livre, Le visage de pierre, la soirée du 17 octobre à laquelle il a assisté en première ligne. Un récit qui ne sera traduit en français qu'en 2021, 60 ans après les faits.

"De Gaulle savait !"

Pendant longtemps s'est posée une question centrale sur le massacre du 17 octobre 1961 : que savait De Gaulle ? Avec l'archive publiée par Mediapart, la preuve est faite que le Général savait tout, ou presque. Mais Fabrice Riceputi rappelle que bien avant cette note, c'est le pouvoir du Général qui avait appelé à la rescousse Maurice Papon, connu pour sa répression violente en Algérie, et ses méthodes brutales.

Pour aller plus loin

- Les enquêtes de Fabrice Arfi sur le 17 octobre 1961, et sur la répression d'État durant la guerre d'Algérie
- Le livre de Fabrice Riceputi, Ici on noya les Algériens: La bataille de Jean-Luc Einaudi pour la reconnaissance du massacre du 17 octobre 1961, aux éditions du Passager clandestin.
- Le visage de pierre, roman de William Gardner Smith, qui évoque le 17 octobre 1961, aux éditions Christian Bourgois


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