Extinction Rebellion : "Il faut avoir un mental de guerrier pour être non-violent"

Arrêt sur images

Voici encore quelques mois le mouvement de Extinction Rebellion faisait l'unanimité aussi bien parmi les militants contre le changement climatique que chez de nombreux responsables politiques, rassurés par ses méthodes de non violence. Mais depuis quelque(...)

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L'émission
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  • Avec
    Manuel Cervera-Marzal et Lola et Taha Bouhafs
  • Presentation
    Daniel Schneidermann et Laura Raim
  • Préparation
    Adèle Bellot et Laura Raim
  • Deco-Réalisation
    Sébastien Bourgine et Antoine Streiff
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Voici encore quelques mois le mouvement de Extinction Rebellion faisait l'unanimité aussi bien parmi les militants contre le changement climatique que chez de nombreux responsables politiques, rassurés par ses méthodes de non violence. Mais depuis quelques jours, ce sont ces méthodes non violentes, justement, qui sont contestées par d'autres franges du mouvement social. La non-violence est-elle paradoxalement une violence? Une question que nous allons poser à nos trois invités : Lola, membre d'Extinction Rebellion, Taha Bouhafs, journaliste à Là-bas si j'y suis et Manuel Cervera-Marzal, sociologue qui a publié en 2016 « Les Nouveaux Désobéissants : citoyens ou hors-la-loi ? » (Le bord de l'eau).

Pas de répression : un échec ?

Pendant toute la semaine du 7 octobre les militants écologistes d’ Extinction Rebellion (XR) ont lancé des actions de désobéissance civile dans une soixantaine de villes du monde entier pour dénoncer l’inaction des gouvernants face au changement climatique. En France, le blocage de la place du Châtelet n'a pas été réprimé, ce qui a paradoxalement porté préjudice à la cause. De fait, les médias avaient bien davantage évoqué le mouvement en juin dernier, lorsque les militants occupant le Pont de Sully avaient été aspergés de gaz par des CRS.  

Mais pour Taha Bouhafs, les images comme celles du Pont de Sully  permettent "au gouvernement de dire qu'il y a les gentils" XR non violents "qui se laissent taper dessus" et les "les méchants" Gilets Jaunes "qui répondent".  Lola déplore que la gauche radicale, avec qui XR partage pourtant les mêmes combats de justice climatique et sociale, "rentrent dans ce jeu de créer cette scission" en "dénigrant" et en "méprisant" le mouvement écologiste. 

MILITER A "VISAGE DÉCOUVERT" : UNE "INJONCTION VIOLENTE"

Parmi les règles de XR, figure l'interdiction de se masquer. "On assume nos actions", affirme Lola. Lors de l'occupation du centre commercial Italie 2 lancée par XR, certains militants d'autres organisations ont mal pris cette obligation de se démasquer : "on n'est pas égaux face à la police, rappelle Bouhafs. "Quand vous demandez à des gens racisés, qui viennent des banlieues, de se démasquer, vous les mettez en danger".  Mais la non violence n'a pas toujours été une option stratégique de "blancs" "privilégiés", rappelle Manuel Cervera-Marzal. "Quand on revient à sa racine historique, la désobéissance civile s'est expérimentée en Afrique du sud à la fin du XIXe siècle par des Indiens qui y avaient migré, des rebuts de la société, des travailleurs agricoles discriminés racialement et socialement qui n'avaient pas d'autre choix".

Tag "Fuck le 17" : effacer  ou ne pas effacer ?

Autre exemple de "non violence violente", selon Taha Bouhafs : la volonté de certains adhérents XR d'effacer les tags anti-police ou  dédiés à la mémoire des victimes de violences policières. "Quand on prétend protéger les vivants il faut au moins respecter les morts" lance-t-il. "Et quand on appelle à la convergence il faut s'en donner les moyens". Surtout, que ce soit Gandhi ou Martin Luther King, les grandes figures de la désobéissance civile étaient les premiers à refuser de "mettre sur le même plan la violence des oppresseurs et la violence des opprimés", souligne Cervera-Marzal. La banderole "Unis contre toutes violences" de XR, qui a également été vivement critiquée dans une "lettre ouverte aux militants d'Extinction Rebellion" de Désobéissance Ecolo Paris,  était donc "au mieux maladroite" estime-t-il. Lola en convient et nous explique la véritable intention de ce slogan : "On est tous l'oppresseur et l'opprimé de quelqu'un dans cette société".


"la police avec nous" ?

Pour Lola, l'enjeu est de rendre possible une fraternisation avec les forces de l'ordre. "Ce n'est pas en leur crachant à la figure qu'on  va y arriver". Au début du mouvement, les Gilets jaunes avaient d'ailleurs tenté de raisonner les CRS. Une stratégie qui laisse les deux autres invités sceptiques, compte tenu notamment de la sociologie électorale de la police, qui vote aujourd'hui majoritairement RN.  Reste que la "répression" n'émane pas seulement de la police : jeudi 17 un militant britannique de XR qui tentait de bloquer un métro dans la banlieue de Londres s'est fait quasiment lyncher par des voyageurs enragés.  Peut-être n'avait-il pas suffisamment bien "communiqué" sur sa démarche, avance Lola...


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