Cagnotte cachée des retraites ? "En 2024, de l'argent sera disponible"

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C'est une petite musique que l'on commence à entendre à propos de la réforme des retraites. Il n'y a pas de problème de déficit du système, ou plutôt tous les problèmes seront résolus à partir de 2024 grâce à une cagnotte miracle, celle de la Cades. Est-c(...)

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L'émission
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  • Avec
    Christian ECKERT et Henri Sterdyniak et Philippe Leduc
  • Presentation
    Daniel Schneidermann et Juliette Gramaglia
  • Préparation
    Adèle Bellot et Juliette Gramaglia
  • Deco-Réalisation
    Sébastien Bourgine et Antoine Streiff
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C'est une petite musique que l'on commence à entendre à propos de la réforme des retraites. Il n'y a pas de problème de déficit du système, ou plutôt tous les problèmes seront résolus à partir de 2024 grâce à une cagnotte miracle, celle de la Cades. Est-ce vrai, et si c'est le cas, pourquoi si peu d'enquêtes sur la Cades ? Thème de notre émission avec nos trois invités : Christian Eckert, ancien secrétaire d'Etat au budget sous François Hollande; Philippe Leduc, directeur du think tank Economie Santé ; et Henri Sterdyniak, économiste membre des Économistes Atterrés.

Retraites : "Tout n'est pas mis sur la table"

Le rapport du COR de mi-novembre annonce un déficit du système des retraites se chiffrant entre 7,9 et 17,2 milliards d'euros à l'horizon 2025.  Pourtant, d'autres voix s'élèvent pour rappeler l'existence de la Cades, la caisse d'amortissement de la dette sociale. Elle rembourse chaque année autour de 20 milliards d'euros, rappelle Christian Eckert (entre 16 et 24 selon les années). Une somme qui sera disponible en 2024, après remboursement de la dette.

Il existe trois réserves, détaille Christian Eckert : les caisse des régimes complémentaires et autonomes (comme la caisse Agirc-Arrco), dont les réserves pourraient s'élever au total à plus de 100 milliards d'euros, mais ne seraient plus alimentées ; le Fonds de réserves des retraites (36 milliards environ, mais en "one shot") ; et la Cades, donc. L'ancien secrétaire d'Etat au Budget regrette en parallèle que dans la réforme des retraites présentée par Edouard Philippe, "aucun objectif n'a été chiffré". 

Si ces réserves existent, pourquoi apparaissent-elles si peu dans le discours public ? Bercy les dissimule-t-il ? "Au moment où nous demandions des efforts à tout le monde", se souvient Eckert, "on ne pouvait pas dire qu'il y avait aussi des perspectives positives" pour un avenir à moyen terme. Mais dans le débat sur les retraites, "tout n'est pas mis sur la table", regrette-t-il.

"On sait qu'en 2024, la dette disparaissant, de l'argent sera disponible", résume Philippe Leduc. Se pose aussi la question du déficit de la Sécurité Sociale, chiffré à 5 milliards pour 2019 et 5 milliards pour 2020. Un déficit artificiel, pour Eckert et Sterdyniak, car l'Etat "n'a pas compensé grosso modo 5 milliards d'exonérations sociales", résume ce dernier. Et "5 milliards, pour la Cades, c'est très peu", ajoute Eckert. 

Les "besoins supplémentaires" de la dépendance et de la santé

Reste la question de l'affectation de cette "cagnotte-Cades" après 2024. A quoi servirait cet argent ? A renflouer les hôpitaux, comme le suggère Leduc ? Ou faudrait-il supprimer l'impôt qui renfloue la Cades (la CRDS), et qui est censé s'éteindre avec le remboursement complet de la dette ? "Ça peut être un choix politique à verser au débat", admet Eckert. "Mais il y a une autre façon de raisonner, c'est de dire qu'il y a des besoins supplémentaires". Lesquels ? "La question du vieillissement et de la dépendance et la question du renforcement des moyens sur la Santé", résume-t-il. Sterdyniak s'interroge lui sur la nécessité de rembourser à tout prix la dette de la Sécurité Sociale : "Peut-être qu'on peut se contenter de ne rembourser que 10 milliards par an, et que dès maintenant on peut demander un peu plus d'argent pour la dépendance et pour la santé".

Les caisses complémentaires et autonomes doivent-elles aussi être versées dans un "pot commun" de la retraite universelle, et servir de réserves globales ? Médecins, avocats et pilotes ne s'en réjouissent pas, protestant qu'on utilise leurs réserves venant d'une "bonne gestion" de leurs caisses. Eckert nuance cet argument, avec l'exemple de la caisse pour les mineurs : "Cette caisse de mineurs est évidemment déficitaire, mais parce qu'il n'y a plus aucun mineur actif", alors qu'il reste des retraités et des veuves de mineurs. "Ce n'est pas parce qu'ils ont mal géré"

Se pose aussi la question du vieillissement de la population, pointe Leduc : "Ça va coûter de plus en plus cher". Sterdyniak rappelle que le COR intègre dans ses provisions à l'horizon 2070 l'arrivée massive des "papy boomers" à la retraite. Une arrivée massive qui se rééquilibrera ensuite. Sans compter, ajoute Eckert, les prévisions de croissance qui voient une augmentation de la productivité pour les prochaines décennies - avec toutes les questions que cela pose d'un point de vue écologique.

Et les sénateurs, dans tout ça ?

On termine sur une question parallèle : le débat autour du régime de retraites des sénateurs. Si l'on en croit le Sénat, cité par Checknews, un mandat de six ans au Sénat peut ouvrir droit à une retraite de 2190 euros net par mois. Faut-il passer les sénateurs au régime universel ? Embarras sur le plateau. Eckert répond qu'il est favorable à la suppression du Sénat et la "limitation d'excès de ce type de régimes". Sterdyniak note de son côté que la question des retraites des sénateurs est plus "symbolique" que comptable : "Contrairement à ce qu'on entend souvent, ce ne sont pas les retraites des sénateurs et des députés qui plombent le système".

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