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Tintin au Congo expliqué à Boule de neige

Plusieurs procès furent intentés afin d'interdire la vente de Tintin au Congo, deuxième album de la série créée par Hergé. Ou du moins, de le voir précédé d'une préface explicative, d'un bandeau d'avertissement. La cour d'appel de Bruxelles vient de statuer, Tintin au Congo ne sera ni interdit ni agrémenté d'une quelconque mise en garde à l'intention des lecteurs. Fallait-il faire ces procès et qu'en est-il du racisme dans cet album ?, se demande Boule de neige. Tentative de réponse.

Derniers commentaires

Tintin au Congo vient d'être traduit en lingala : Tintin Akei Kongo.

Une édition en swahili est également parue jadis.

(Ces deux éditions semblent être des éditions pirates...)
"beaucoup croient encore au rôle pleinement positif de l'Europe en Afrique."

"Sortir de l'Europe c'est sortir de l'histoire" nous a annoncé récemment le président de la RF : alors, on va rejoindre nos amis qui n'y sont pas encore entrés?
Albert LONDRES ... son livre indispensable "TERRE D'EBENE"* est-il dans un programme scolaire , collège ou lycée ? quelle est la place d'Albert LONDRES dans les écoles de journalisme ...?

*un des meilleurs outils pour lutter contre la xénophobie inculquée aux enfants par leurs parents .

*A suivre : EBENE de Rysziard KAPUSCINSKI
La seule fois où j'ai tenu et lu cette BD, ma réaction a été : "C'est quoi cette merde!".
Dans un registre moins sérieux, je me sens obligé de faire de la pub pour le blog La Vie de Tintin où les cases de la BD sont recontextualisées avec des résultats souvent assez marrants.
Hergé était de droite, quelle nouvelle ! Du marin alcoolique (Le crabe aux pinces d'or) jusqu'au Juif prophète de malheur, près de ses sous, financier et comploteur (l'Etoile mystérieuse, entre autre...), en passant par le russe autoritaire (Tintin au pays des Soviets), l'américain mafieux (Tintin en Amérique), le noir indolent et crédule, le chinois pervers et cruel (Le lotus bleu), le sud américain impulsif, toujours prêt à faire la révolution et à faire fusiller ses opposants (Alcazar), il aura mis en case tous les clichés de son temps. Il n'en reste pas moins que ses BD remplissaient parfaitement leur rôle de divertissement (du point de vue de la narration, de la caractérisation de ses personnages, c'est sans équivalent...), et qu'au moins deux de ses titres, Tintin au Tibet et Les bijoux de la Castafiore, contredisent absolument le Hergé raciste que le CRAN présente. De plus, même dans les titres qui "posent problème", Hergé s'en sort systématiquement grâce à Tintin qui, où qu'il se trouve, rencontre toujours des "gentils" qui partagent son humanisme et son sens de la justice, qu'ils soient marin alcoolique, Juif, russe, américain, noir, sud américain, etc.
Hergé baignait aussi dans l'iconographie antisémite de son temps comme on le voit ici
l oreille cassée
(case 57 2-c)
L'oreille cassée a été publiée de 1935 à 1937 en noir et blanc dans le petit vingtième, puis en album couleur en 1943, donc forcément ça baignait bien.
Heureusement que Michel Simon est mort. Sinon il aurait le CRAN sur le dos.
http://www.dutempsdescerisesauxfeuillesmortes.net/paroles/amour_noir_et_blanc.htm
Le racisme anti-nippon de Hergé, Jacobs ou de Charlier-Hubinon n’est pas du racisme stricto sensu car il ne vise pas « les Japonais » mais sa caste militaire, et on sait parfaitement maintenant que sa cruauté fut sans commune mesure.

Cette plainte contre l’album le plus nul de toute la bande dessinée avec Tintin au pays des Soviets participait d’une dérive inquiétante : l’intrusion du politiquement correct dans la création artistique. A ce compte, la liste des oeuvres à bannir des musées, des bibliothèques et des musées est plus que longue ! Rien qu’en BD, il y a plusieurs Spirous situés en Afrique à charcler. Et Lucky Luke, donc, avec ses noirs fainéants, naïfs, affublés de gwosses lèwes, ses Indiens ivrognes et bêtes ! A part le cheyenne de Chasseurs de primes, ils sont tous nigauds et bêtes ! Et Astérix, que plus chauvins que ces gaulois tu meurs : les Romains sont bêtes, les Egyptiens sont incompétents, les Crétois sont cupides, les Espagnols sont susceptibles mais pas autant que les Corses, qui sont aussi fainéants que les noirs, les Wikings sont bêtes et cruels, les Belges sont belges, les Anglais sont ridicules, quoi !
[quote=Alain]Toi y en a t'accrocher aux branches du bananier, Boule de neige.
Le problème pour Boule de neige, c'est que n'étant pas un arbre, le bananier n'a pas de branche.
Je les trouve bien rancuniers, ces gens du CRAN.
Hergé a également moqué les Borduriens et les Syldaves et il ne font pas de procès pour autant.
Merci pour ce travail très instructif!
Vous avez illustré votre article de beaucoup de photos Alain mais vous en avez oublié une.

Dans votre article on parle abstraitement des méfaits du colonialisme, il faut aussi donner des chiffres des fois, 10 millions de congolais ont été tués en 30 ans par le colonialisme belge, mutilés, affamés, torturés, pour produire le caoutchouc.
Le livre d'Hergé n'est pas une trace du colonialisme, il ne nous apprend rien de sa réalité, son racisme infecte n'est que la partie visible de l'iceberg. Le colonialisme ce n'est pas le mépris des blancs pour les noirs, c'est un ignoble massacre, c'est une boucherie, des torrents de sang. Hergé ne montre rien de cela dans son album, il montre simplement sa bêtise crasse, alors l’interdire pourquoi pas, l'humanité n'y perdra rien du tout.
J'ai lu la décision de justice publié par tintin.com decision de justice et d'une part, je trouve que la manière décrire de ce pdf me semble pas très rigoureux , mais c'est sans doute une impression, et d'autres part , que le tribunal ne semble pas avoir entendu parler de l'expérience de clark et clark aux états unis traitant de l'intégration des stéréotypes par les minorités. Je pense à tous ces gamins de couleur qui vont introduire des informations très interessantes sur le rapport entre les blancs et les noirs en lisant tintin au congo ...
Dommage ...
Et Tintin en Irak, vous connaissez ?
Cote cinema, il y a aussi les Tarzan des annees 1930-1940, qui sont quasiment inregardables si on ne baigne
pas un minimum dans les prejuges de l'epoque. Il y a clairement des createurs qui s'inscrivent dans leur epoque,
sa culture et son etat d'esprit et il y a des createurs qui savent s'en degager et tentent de faire des oeuvres
"universelles". Herge ne faisait pas partie de cette deuxieme categorie. Il faut le dire et l'ecrire un peu partout
afin de vacciner contre l'esprit de "race superieure" que pourrait vehiculer un album comme "Tintin au Congo".
Mais surement pas interdire un tel album, meme s'il contient des propos colonialistes et racistes.
C'est l'occasion de revoir ou découvrir le film de Vautier, Afrique 50.

Afrique 50 était une simple commande de la Ligue de l'enseignement destinée à mettre en valeur la mission éducative de la France dans ses colonies. Sur place, il décide de témoigner d'une réalité non commandée, le film sera interdit pendant plus de quarante ans. Ce sera le premier film anticolonialiste français, chef-d’œuvre du cinéma engagé, qui lui vaudra 13 inculpations et une condamnation de prison.
http://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=afrique%2050%20vautier&source=web&cd=4&ved=0CDsQFjAD&url=http%3A%2F%2Ffr.wikipedia.org%2Fwiki%2FRen%25C3%25A9_Vautier&ei=K4zEUOi3LoimhAfMqYH4Bw&usg=AFQjCNFEsiI6fg9hs1LnUAeiUkIh2ay_Tw&bvm=bv.1354675689,d.ZG4

Une œuvre magistrale, un acte de résistance exemplaire, qui me fait penser à ces scientifiques missionnés pour prouver l'inocuité de tel ou tel produit, et qui s'apercevant de leur dangerosité, le dénoncent au péril de leur carrière. Ils sont rares, ceux-là !
Dans sa préface à la réédition de 1989 des l'intégrale de la BD Buck Danny, Jean-Michel Charlier, scénariste de la série, tient des propos sur les "mœurs du temps" (on pourrait ditre "les éléments de langage" si l'on ne craignait pas l'anachronisme) qui rejoignent ceux d'Hergé. On trouve dans les premirs épisodes, qui datent de 1945, des formules comme "faces jaunes" ou "faces de citron" pour désigner les japonais. Ces termes ont été conservés dans l'édition de 1989.
je croyais, depuis toujours, être la seule à ne pas aimer et ne pas avoir aimé Tintin ! (ouf sauvée) ;-)
Je n'ai jamais aimé Tintin. ( Ouf sauvé )...
Pas fait exprès.
gamma
Poème à mon frère blanc

Cher frère blanc,
Quand je suis né, j'étais noir,
Quand j'ai grandi, j'étais noir,
Quand je suis au soleil, je suis noir,
Quand je suis malade, je suis noir,
Quand je mourrai, je serai noir.

Tandis que toi, homme blanc,
Quand tu es né, tu étais rose,
Quand tu as grandi, tu étais blanc,
Quand tu vas au soleil, tu es rouge,
Quand tu as froid, tu es bleu,
Quand tu as peur, tu es vert,
Quand tu es malade, tu es jaune,
Quand tu mourras, tu seras gris.

Alors, de nous deux,
Qui est l'homme de couleur ?

Léopold SEDAR SENGHOR


quand j'ai lu Tintin au Congo je n'y ai vu que les images de l'Afrique et elles m'ont donné l'envie de voyages...
j'étais trop petite pour savoir ce qu'étaient racisme, colonialisme voire ethnocentrisme...
par contre, ce que je savais c'était qu'"on était tous des frères sur la même terre et qu'un jour c'était l'Afrique dans le besoin et qu'un autre jour ça pourrait tout à fait être nous, etc etc."......parce que ma grand-mère me l'avait dit non mais...

ni elle ni moi n'avions capté que les blancs y étaient allé à l'époque pour du caoutchouc, de l'ivoire, du cuivre, de l'argent, du cobalt, de l'or, des diamants, etc....
elle croyait aussi que c'était pour un monde meilleur, propagande de l'époque ânonnée dans le seul but qu'elle envoie de l'argent aux missions ggrhumpff !

mais décidément, que rien n'a changé pour l'Afrique : l'homme blanc n'y va toujours que pour la piller !
AREVA : L'Afrique irradiée
Shell et le delta du Niger : la saga continue

ne pourrait-on imaginer aujourd'hui un Tintin explorateur qui pourrait caricaturer les agissements des occidentaux en Afrique :le pillage et le mépris (Guaino dans la bouche de Sarko !) qui perdurent ??
en 2011, une très belle expo au quai Branly : "EXHBITIONS, l'invention du sauvage" expliquait très bien à quel point la notion de race n'a été inventée que pour justifier le pillage de l'Afrique par les colons !
salutaire sauf que le pillage continue sans plus personne pour le dénoncer à part quelques ONG à qui les gros actionnaires du CAC 40 opposent le progrès, et nos Etats, les innombrables [s]pots de vin[/s] "emplois à la clé" !!......
pour contre-balancer cette lecture tintinolesque, pourquoi ne pas aller lire ces deux petits bijoux? Textes et/ou dessins du maître et Catherine M'Boudi.
Les Carnets de l'Afrique à Paris aux éd. Parigramme, avec un super blogue (comme dirait l'autre)
http://carnetsdelafriqueaparis.blogspot.fr/
et Adama N'Diaye, le tout premier griot du monde, paru aux éd. Bayard jeunesse. Je crois pas qu'il y ait eu un blogue, mais ya une bonne idée du contenu ici : http://plumesetpinceaux.hautetfort.com/albums/
hors sujet mais juste pour faire suite au Vite Dit sur Startreck : petit clin d'oeil à notre tata Obliv' :
OBLIVION
(décidément la "mer de nuages" de Friedrich a effectivement très largement inspiré la SF pfff)
:)
Moi ce qui m'avait choqué, étonné quand j'étais tout gamin (6-8 ans), c'est que Tintin tue autant d'animaux avec cette facilité, ce détachement.
Et aussi que les animaux semblaient si stupides.

Ce lion à la queue arrachée par Milou, je trouvais que ça collait pas. Y'avait un truc qui me gênait.

J'ai pas aimé non plus que Tintin creuse à la chignole un trou dans la peau du rhinocéros pour y mettre un bâton de dynamite. Je me souviens m'être beaucoup et longtemps questionné sur le sujet: je savais que la peau d'un rhinocéros était épaisse, mais ça me semblait pas possible qu'il ne puisse rien ressentir à ce point là.

Et y'avait l'histoire d'un pauvre crocrodile, mais je ne sais plus si c'est dans Tintin au Congo, ou L'Oreille Cassé.

Et puis, il y a cette histoire avec les singes. Il n'arrive pas à tuer un singe, il tire, il tire, mais le singe ne tombe jamais, et finalement quand il va voir sa prise, il a fait un carnage en tuant une dizaine de singes. Ou c'est pas avec des gazelles plutôt ? Bref.

Par contre, j'aimais beaucoup la dernière page, avec le plan quasi aérien du village, où il semblait se passer une multitude de choses et où il y a plein de choses et de détails à voir. Par contre, les dialogues étaient pas terribles.

Par rapport au racisme, ça ne m'a même pas effleuré l'esprit. Mais quand le train déraille, le personnage qui ne veut pas se salir, c'est comme le lion: je trouvais que sa tenue ne collait pas, il y avait quelque chose qui me dérangeait.

Je trouvais aussi injuste qu'il gronde les autres alors qu'il faisait rien lui-même.

Et de toute façon, et ça je continue de le penser, Tintin n'est entouré que par des nigauds et des benêts. Que ce soit dans cet album ou tous les autres, les personnages, hormis de très rares exceptions, sont tous des idiots naïfs et candides d'une très grande bêtise. Quelle que soit leur couleur de peau.

C'est bizarre mais c'est comme ça: ca ne me dérangeait pas trop que tous les humains étaient dépeints comme des imbéciles, mais j'étais plus "perturbé" par le fait que les animaux le soient aussi.
une très intéressante chronique.
Peut on juger de la valeur d'une civilisation avec des critères objectifs, je pense que oui, peut on juger de la valeur d'un mode de pensée sociétal, je pense que oui (le libéralisme économique étant pour moi fondamentalement néfaste) je ne me prive donc pas de juger un mode de pensée donc rien ne m'empêche objectivement de faire ce même arbitrage pour les composantes d'une civilisation.
La civilisation occidentale a prouvée pour le pire et n'en déplaise a certains un peu pour le meilleur sa supériorité non pas intrinsèque et corollaire d'une supériorité génétique mais situationnelle, faisant de tous ses pans culturelles les bases de la pensée mondialiste actuelle.
Ce que l'on ne peut faire par contre c'est de juger les gens inférieurs a l'aune de leur civilisation, celle-ci étant la résultante de nombreux facteurs indépendants du bon vouloir des populations, l'Europe ayant eu la chance d'être un territoire sans véritable désert, sans mousson, au ressources de bases abondantes (bois, eau, pierre, nourriture) au climat tempéré, les civilisations qui y ont vues le jour ont pues profiter d'un environnement plus que favorable et c'est tout cela qui fit la force du modèle occidental lui donnant du temps pour s'épanouir et non pas la prétendue supériorité "des ethnies européennes ".
Le racisme c'est considérer une personne ou un groupe appartenant à une ethnie ou groupe religieux différente du sien comme fondamentalement et intrinsèquement inférieur sans considérations pour son héritage social et culturel, ce qui n'empêche pas le jugement avec ses critères propres des modes de pensée différents, si il est possible de dire que le nazisme est une ignominie il est donc possible et nécessaire d'émettre des jugements sur des formes d'expressions civilisationnelles je suis contre l'idée de relativisme culturel* qui condamne l'humanité à ne jamais se comprendre et à pardonner les pires atrocités, je reste malgré les torts que l'on peut lui accoler un enfant de l'idéal universaliste, humaniste et Bourdieusien.

*Vous remarquerez que le relativisme ne s'applique pour personne à la pensée raciste, le fait qu'il prenne pied dans un univers mental et sociétal particulier ne le rend pas plus excusable, ce que dit justement le représentant du CRAN dans l'article.

La civilisation occidentale humaniste et fille des Lumières, ce qui n'est donc pas toute la civilisation occidentale reste pour moi comme la démocratie un modèle caduque mais sans réelle alternative à court terme, l'Asie ayant décidée de prendre le pire dans notre modèle (mercantilisme, productivisme forcené) en oblitérant le meilleur c'est à dire une certaine vision de l'homme, l'humanisme en somme, l'Amérique n'étant qu'un démembrement de l'Europe, il faut donc se tourner vers l'Afrique comme un symbole pour peut être voir émerger un modèle concurrent et pérenne car pour l'instant l'Occident et c'est logique puisque maitrisant parfaitement le modèle de base est le seul a proposer ses propres contre-modèles comme l'alter mondialisme.

Donc pour moi Tintin au Congo est raciste car partant du postulat que l'intelligence ou la force de caractère a plus a voir avec l'ethnie qu'avec le contexte géographique et culturel dans lequel elle s'exprime.
Dans l'Etoile Mystérieuse, Le personnage de Bohlwinkel est une jolie caricature antisémite. D'ailleurs dans une première version, ils s'appellait Blumenstein
Une préface pour Tintin au Congo ? Pourquoi pas.

Il faut simplement qu'une personne noire, d'origine africaine, du CRAN, écrive que : si elle avait été née blanche en Belgique dans les années 1910, dans le milieu familial d'Hergé, elle a conscience qu'elle aussi aurait pu croire les mêmes choses qu'Hergé.

Ce n'était pas du fait de sa race blanche qu'Hergé pensait ce qu'il pensait, mais du simple fait qu'il était un homme né dans un certain contexte social et historique.

Une personne noire qui n'est pas raciste a conscience de cela. Elle doit se mettre à la place d'Hergé, dire ce qu'elle aurait fait à sa place, dire ce qui en dehors de la race aurait fait qu'elle, ou une autre personne noire tirée au hasard, aurait fait autre chose à sa place.

Et si elle n'est pas raciste, elle reconnaitra qu'Hergé a été un homme bon, qui a réalisé une des plus belles oeuvres du XXème siècle, qui ne mérite certainement pas qu'on pose dessus une quelconque marque d'infâmie.
Mercredi dernier, je vais à la bibliothèque de ma ville (pas de délation), et dans le rayon BD, je tombe sur des Buck Danny. Comme mon fils adore les BD d'aviation, je prends un volume pour lui montrer.

Dès que je le lui donne, il se plonge dedans, et au bout d'un quart d'heure, il lève le nez du bouquin et il me demande :
Qu'est ce que ça veut dire, face de citron ?"

Et là, je me dis, "Je me souviens maintenant pourquoi j'ai toujours détesté cette BD"

Et à propos de Tintin au Congo, la plus grosse punition de cet opuscule, c'est que c'est le plus mauvais d'Hergé, même pire que Tintin chez les Soviets. Son racisme, même après qu'il ait été remanié, le rend ridicule. Si Hergé n'avait fait que celui-là, il serait définitivement tombé dans les oubliettes de la BD.
Mais heureusement, il en a fait de bien meilleurs, même si son chef-d'oeuvre, Tintin au Tibet ,reste très condescendant vis-à-vis de Tchang.
C'est encore plus effarant que ce dont je me souvenais. Et je ne vous dis pas, Alain, le sentiment du petit nègre de 10 ans que j'étais quand, lisant cette histoire, j'ai découvert les idiots attardés qu'étaient mes cousins restés en Afrique, que j'avais imaginés être des gens normaux : Tintin – comme son compère Tarzan – m'a instillé durablement un sentiment de honte.

(Mais non, Boule de Neige, qu'un petit chien blanc s'exprime dans un meilleur français que des hommes noirs n'est pas du tout signe de racisme...)

Merci, Alain, décidément, pour ce travail d'horloger et de remise à l'heure.
mal placé...
Hergé est sans doute sincère lorsqu'il affirme tranquillement que les préjugés racistes que cet album véhicule étaient très répandus à l'époque de la première parution.
Autres temps, autres moeurs.
Henri Guillemnin était-il raciste? Sans doute non.
Pourtant, il emploie (en 1972, donc bien après que le terme a été supprimé de l'album Tintin au Congo) le terme de "moricaud" pour évoquer l'étrange teint "basanné" de l'aristocrate breton Chateaubriand. C'est ici, vers 4mn15s
Allez, un petit hommage à la bédé belge pas raciste mais musicale et au grand Delporte https://www.youtube.com/watch?v=ECVB5SLWPK0
Je suis bien d'accord qu'il ne faut pas, qu'il ne fallait pas toucher à "Tintin au Congo": c'est une pièce de musée, ou, comme on voudra, une pièce à conviction. C'est sans doute le plus caricatural des albums, mais les autres ne sont pas exempts de condescendance, d'usage de stéréotypes, de xénophobie. Curieusement (miracle de l'amitié?) les chinois y échappent, en tous cas autant que je m'en souvienne. Les albums, je les ai tous lus et relus, fait lire à mes enfants et petits enfants. Hé oui, la lucidité ne nuit pas obligatoirement à l'amour, et je suis une fan de Tintin, un point, c'est tout.

Quand Hergé parle de la société telle qu'elle était à l'époque de Tintin au Congo, il parle bien sûr de SA société, du milieu qu'il fréquentait. Ce qui est touchant, c'est qu'en réécrivant Tintin au Congo, en gommant les trucs les plus flagrants, il se ridiculise carrément, et prouve, s'il en était besoin, que son repentir n'est QUE d'avoir choqué, que le fond de ses convictions est intact, qu'il peut juste édulcorer, dépoussiérer son mode d'expression.

Maintenant que j'y pense, il me semble bien que, dans Les bijoux de la Castafiore, les gitans installés sur le terrain de Moulinsart ne sont pas non plus trop mal traités. Et puis, il y a ces quelques cases, dans Le lotus bleu, où un gros plein de soupe, écartant les bras avec magnificence pour louer "notre admirable civilisation occidentale", renverse le plateau du serveur chinois et se précipite sur le pauvre diable, l'écrabouille d'insultes et de coups, puis reprend à grand peine son calme et le fil de son discours "... cette admirable civilisation occidentale qui..." Il y a aussi ce voisin de compartiment, dans "Les sept boules de cristal", qui interroge: "Qu'est-ce que nous dirions si ces gens-là débarquaient chez nous pour s'introduire dans les caveaux de nos rois?"

Hergé avait quelques éclairs de bon sens, quand même.
Moi yen avait croire savoir que les ayants droit ( madame RG ? ) très sourcilleux sur les droits de reproduction. Vous pas risquer problème en diffusant toutes ces planches ?
Ou peut aussi parler d'Alix le blond gaulois et de son bien encombrant et maladroit ami l'egyptien Enak.
Par contre j'ai l'impression que les Belges ne sont pas super au point avec leur passé colonial. Autant en France c'est assez libre comme sujet de conversation, mais j'ai été étonné de voir les gens, même jeunes se braquer dès que j'abordais le Congo belge.

Après vous allez peut être me fusiller sur place, mais je reviens de Madagascar... les vieux sont plutôt nostalgiques de la période française.
Aujourd'hui dans le Pays c'est corruption, pauvreté, et déforestation / incendies de forêt (on dit qu'il n'y aura plus d'arbres sauf dans les parcs nationaux pour 2030 à ce rythme). C'est très inquiétant, et cela est dû à l'instabilité politique (avant le coup d'état ça allait encore).
Je ne sais pas d'où viens le problème (colonisation à l'origine, qui déstabilise un système, décolonisation trop rapide, soutiens néocolonialistes actuels... passivité des populations - mais que faire face à des forces armées ?), mais la situation est dramatique, parce qu'elle touche les ressources vitales du pays (pas de bois = pas de maison, pas de feu, érosion, sécheresse).
Je n'en finis plus de culpabiliser.
Je culpabilise pour Tintin au Congo, pour la prise de la Smala d'Abd el-Kader, pour les Croisades et l'Inquisition, je culpabilise d'être blanc, de manger à ma faim, d'aimer le porc et le vin, d'avoir 5€ de trop par mois pour être abonné à @si, je culpabilise pour mon père, ma mère, mes frères et mes sœurs, mes aïeux, Vercingétorix et les habitants de la grotte de Lascaux, je culpabilise de culpabiliser...
Voici l’article que j’avais passé sur Rue89, remanié pour l’occasion :

En assignant l’éditeur Casterman, le Congolais Bienvenu Mbutu Mondondo, qui réside en Belgique et non au Congo, tiens donc, était l’idiot utile de tous ceux qui crient que l’antiracisme fera autant de morts au XXIe siècle que le communisme au XXe siècle.

Certes, il y a beaucoup à faire pour lutter contre le racisme et l’esclavage, en Afrique comme au Moyen-Orient, car tous les esclavagistes et tous les esclaves ne sont pas européens (on pourra relire « Coke en Stock »).

Il faut lutter, mais pas en s’en prenant à une BD vieillotte, simpliste - et pas qu’au point de vue des idées -, et n’intéressant plus que les gens nostalgiques de leur enfance.
Actuellement, les enfants - qu’il convient évidemment d’éduquer au respect de la différence, expliquant que leur civilisation n’est pas, par quelque décret divin, essentiellement supérieure à toutes les autres - ne lisent guère Tintin, mais Titeuf et des mangas.

Si certains doivent avoir honte, ce ne sont pas les Africains, dont les élites intellectuelles sont parfaitement à même d’enseigner les richesses du passé pré-colonial, mais les occidentaux qui doivent reconnaître que leurs préjugés négatifs étaient totalement faux. A cause d’un européocentrisme suffisant, ils étaient incapables de comprendre vraiment qui étaient ces peuples qu’ils rabaissaient pour mieux les dominer.

Le hasard veut que j’aie lu récemment deux livres anciens :

- La BD « Les Casseboufigue en Afrique » de Guy Sabran (éd. GP - 1947), où une bande de petits Français débrouillards mène à la baguette une armée de « nègres » idiots, cupides, fainéants, naïfs, complexés et j’en passe. magnifique pruve du complexe de supériorité qui avait cours alors.

- Un recueil de cartes postales anciennes, « Souvenirs du Sénégal » (éd Regard - Visiafric) où les mêmes « nègres » sont photographiés dans leur vérité : qu’ils soient habillés ou nus, tous dignes, fins, à cent lieues des clichés crétins que nos parents partageaient en toute bonne foi naïve.

L’Afrique avait son histoire avant que les occidentaux ne l’envahissent au XIXe siècle. Une histoire très riche et complexe occultée par les envahisseurs, comme fait tout envahisseur. Regardez comment, pendant longtemps dans nos livres d’histoire, nous n’avons vu la Gaule que comme un no man’s land vaguement peuplé de sympathiques nigauds.

Sur quelques générations, l’Afrique s’est vu imposer un progrès qui, pour nous, a pris des siècles. Cela a été fait en discréditant tout ce qui constituait son patrimoine économique, culturel, religieux. Reste à prouver que le progrès, notre progrès, est aussi un progrès humain. Car notre Occident est quand même cette civilisation qui a pondu deux guerres mondiales et quelques génocides ; qui, avec ses moyens techniques supérieurs, pille, pollue, détruit plus qu’aucune autre civilisation avant elle.

L’Afrique n’était pas un Eden : j’ai écrit plus haut qu’elle avait une « histoire complexe ». Elle avait déjà ses démons, mais ni plus ni moins que dans notre histoire. Nous avons tout aggravé. Nous avons fabriqué des gens partagés entre le complexe d’infériorité devant bwana (le colon blanc, en swahili) et la rancœur.
Des gens dont le désir de se projeter dans un avenir qu’ils veulent maîtriser est contrecarré : on poursuit, sous une autre forme, notre action prédatrice sur leurs ressources humaines et matérielles. Ce pillage qui, il y a un siècle, était l’esclavage, s’appelle maintenant « l’immigration choisie ».

On nous dit : « Ils sont aussi victimes de leurs propres dirigeants ». Et nous, on a mieux avec nos Sarkozy-Fouquet’s, nos médias asservis aux grandes fortunes et notre Medef ?
nous les peu
nous les rien
nous les chiens
nous les maigres
nous les Nègres

Nous à qui n'appartient
guère plus même
cette odeur blême
des tristes jours anciens

Nous les gueux
nous les peu
nous les riens
nous les chiens
nous les maigres
nous les Nègres

Qu'attendons-nous
les gueux
les peu
les rien
les chiens
les maigres
les nègres
pour jouer aux fous
pisser un coup
tout à l'envi
contre la vie
stupide et bête
qui nous est faite
à nous les gueux
à nous les peu
à nous les rien
à nous les chiens
à nous les maigres
à nous les nègres
...

( Léon Gontran DAMAS, extrait BLACK-LABEL, p. 50-51, Gallimard)
Toutes ces images des albums! J'espère que vous avez des sous de côté pour le procès que la fort procédurière veuve Hergé va pas manquer de vous intenter...
Ceux qui n’ont inventé ni la poudre ni la boussole
Aimé CÉSAIRE
Recueil : "Cahier d'un retour au pays natal"
Quand je pense que, môme, malade, on m'a offert cet album pour me distraire.

J'habitais Abidjan.
Moi j'aime bien l'apparition de Tintin plus antipathique que nature dans Le chat du rabbin:
http://www.actuabd.com/IMG/jpg/Sfar-Tintin-au-Congo.jpg
Quelle perte de temps c'est comme le buzz foireux sur les Schtroumpfs racistes...

http://www.rue89.com/2011/06/01/les-schtroumpfs-sont-ils-racistes-machos-et-antisemites-207356

Sinon y a aussi batman serial killer, Spiderman facho, etc..
A quand Le radeau de la méduse sexiste?
D'instinct, j'ai jamais aimé Tintin, je le trouvais être un héros trop élitiste, trop supérieur, trop bourgeois. Infect en un seul mot.
Aujourd'hui, les piroguiers africains chantent une nouvelle version de "moliba makasi". C'est pas un Belge, mais un Breton qui leur a apportée.
Excellent!!!
J'ai relu Tintin récemment, une énième lecture. Je crois bien que je peux mesurer ma progression intellectuelle au regard que je porte et que j'ai porté sur cette BD...
dans la même veine, il y a aussi les Black et Mortimer, qui trouvent toujours un bon arabe fidèle pour prendre une balle à leur place...

Un jour, Tintin ne sera plus une insulte pour les Africains, mais pour les occidentaux... une preuve si besoin est de notre bêtise...
comment osez-vous, Alain dire du mal de tinnin, mon non-héros de mon enfance ? chui choqué.
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