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Pas de précaires dans les fictions télé : "Les publics ne vont plus accepter cette soupe insipide"

Les fins de mois difficiles, les feuilles de paie indéchiffrables mais toujours désespérément au ras du sol, le maquis des allocations et des aides sociales... toute cette réalité sociale rendue visible par le mouvement des Gilets jaunes, était totalement absente auparavant des images d'information, mais aussi des images de fictions télé, les séries, les téléfilms. Comment et pourquoi cette réalité sociale a-t-elle été éclipsée dans les fictions ? C'est parfois subtil et c'est le sujet de notre émission avec nos deux invitées : Mémona Hintermann-Afféjee, ex grand reporter et ex-membre du Conseil Supérieur de l'audiovisuel ; Pauline Rocafull, scénariste : Le Piège afghan (Arte, 2010) ; Classe Unique ( France 3, 2019), film sur la désertification des campagnes et les migrants.

Commentaires préférés des abonnés

Au-delà de invisibilité, l'animalisation...


Les dispositifs d’humiliation que l'ordre médiatique impose au plus grand nombre sont multiples et graduels. Le premier stade de cette stratégie, le plus connu, est rhétorique, avec l'euphémisation (p.e. pla(...)

Je dois avouer avoir été assez surpris par le sujet… et j'ai adoré l'émission. Excellentes invitées — je ne connaissais pas Mémona Hintermann-Afféjee, et je le regrette tant je l'ai trouvée passionnante — et de bons exemples.

Et l'école en question da(...)

J'ai adoré l'émission. J'ai toujours été étonnée de voir dans les séries la tête des apparts, où tout le monde semble avoir décroché la timballe, quelque soit le métier.
Au passage, pour "Harmonia", j'en ai vu deux parties hier, et comme ça se termina(...)

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c'est affligeant de tourner à ce point autour du pot . l'invisibilité d'une majorité de français en dessous du seuil de pauvreté ne peut surgir comme les gilets jaunes sur grand écran . Cela serait un aveu que les classess sociales existent que marx est en core contemporain . L'idéologie marxiste est repoussée niée et une construction dénie  nos réalités de survie dans un monde en lutte . Les dépossessions sont à l'oeuvre et la fictions des séries un écran de fumée pour que notre monde ne se voit plus . La télé est au service du grand capital 

Le problème, c' est qu' on a tendance à préférer être représenté par un Brad Pitt winner, que par le gros dégueulasse dessiné par le regretté Reiser, quelque soit le degré de réalisme...Appelons ça le côté sale de l' amour-propre!

Euh, je parle, encore, que de moi, œuf corse!

Carpe diem...

Lorsqu'il était encore en vie, mon grand père aimait beaucoup regarder plus belle la vie alors qu'il avait toujours détesté les feuilletons et se moquait de son beau frère fan d'amour gloire et beauté!

Je lui avait demandé pourquoi ça lui plaisait. "C'est des histoires de gens normaux et pas uniquement de gros  richards!" m'avait-il répondu. Il avait le sens de la formule mon pépé! ^^

Et donc, tout les soirs, devant sa sacro-sainte soupe, mon ptit pépé regardait plus belle la vie!

Je sais pas pourquoi je partage ça... Ca m'a juste fait pensé à lui..

Dans Les Diaboliques de Clouzot il y aussi une piscine :-D

On en revient toujours au même problème : celui de la représentativité sociale au sein des organismes de pouvoir. Qu'ils soient politiques ou culturels, y règne toujours un "entre soi", une reproduction des mêmes élites qui se cooptent. Avec, au bout, un regard totalement déformé de la société, vu uniquement à travers le prisme des classes les plus aisées.

Sans parler, à la télévision, de ce que souligne à juste titre Pauline Rocafull : l'obsession du beau, qui se manifeste non seulement à travers les décors, mais également à travers les personnages (A de très rares exceptions près, seuls les personnages négatifs peuvent éventuellement être laids, ou "moins" beaux". Et encore) 

Ce qui m'étonne toujours cependant, pour des gens qui ont le regard pourtant vissé sur les tableaux d'audience et les sondages, c'est cette totale absence de remise en question, face au constat que, par exemple, les séries françaises sont nettement moins populaires que les séries anglaises, américaines, ou scandinaves. Et absolument invendables (et invendues) à l'étranger, pour la plupart. 

L'entre soi est un univers clos, où il fait bon vivre sans trop douter de ses talents.

Tout à fait d'accord ....

Deux choses :

1/ J'en ai marre d'être perçu comme un consommateur et qu'on me demande de réagir en tant que tel.

2/ La question de la centralisation géographique, en plus d'être sociale, des prises de décisions finales mérite d'être posée également.


Sinon, bonne émission !

Merci pour cette émission. 

Le CSA est, y compris pour le temps de parole des formations politiques, ce qui nous préserve du risque de "télévision d'Etat", non ?

À rapprocher du mécanisme qui a invisibilisé, en 68, ceux qui n'étaient ni parisiens, ni bourgeois, ni arrivistes... ni femmes. Et qui ensuite se sont fait une spécialité de la repentance sournoise, tandis que tous les médias les exhibaient comme d'authentiques représentants de la révolte qu'ils avaient reniée. 


Parlons par exemple des femmes dont on a dénaturé le combat pour l'égalité en prétendant qu'il s'agissait de "laisser les dortoirs de filles accessibles aux garçons". J'ai oublié quelle est l'auteurE de cette trahison, mais je lui attribue le premier prix de la falsification, sachant que,  parmi les premiers combats, il y a eu ceux des Résidences Universitaires de filles, qui n'étaient peuplées que de rurales et de bas revenus (il fallait habiter loin d'une ville et être boursière). 

Au-delà de invisibilité, l'animalisation...


Les dispositifs d’humiliation que l'ordre médiatique impose au plus grand nombre sont multiples et graduels. Le premier stade de cette stratégie, le plus connu, est rhétorique, avec l'euphémisation (p.e. plan social/licenciement, assistanat/solidarité) qui, par le Discours, tend à camoufler la violence sociale et ses effets concrets*.
Le second, pointé dans le débat d'@si, est l'invisibilité avec la construction de récits historiques ou fictionnels et l'effacement concomitant, de toutes traces du rôle social ou pire, de l'émancipation des classes populaires.

Mais la dernière forme d'humiliation, à laquelle de nombreuses mises en scène télévisuelles, fictionnelles ou non, prêtent leur concours est sans doute la plus insidieuse car elle emprunte à un mode d’expression liée, à l'origine, à la critique du conservatisme bourgeois : celle de la caricature. 

Un siècle et demi après Daumier, le cinéma, et bien-sûr, la télévision sont devenus les principales fabriques de caricatures à travers lesquelles les classes sociales sont sommées de prendre conscience de leur condition. « Vouée » à disparaître, la culture des "gens de peu" subit à ce jeu des représentations un sort peu enviable depuis les années 80.

Le succès d’une troupe de café-théâtre créée par un groupe de lycéens de Neuilly-sur-Seine est à cet égard emblématique d’une grande inversion dans la représentation du « Peuple » héritée de la tradition romanesque, de Hugo à Gorki et prolongée par cinéma d’Après-Guerre. La sortie dans les salles, en 1982 (soit un an après la victoire de F. Mitterrand et un an avant le virage libéral de 1983, du « père Noël est une ordure », suivi en 1988 (soit trois mois avant l’effondrement du PCF (6,8%) et la percée du FN (14,4%) à l’élection présidentielle) du long clip publicitaire « la Vie est un long fleuve tranquille » constituent les premières mises en scène de grande envergure, sur le mode comique, de la lente déchéance des classes populaires en sous-prolétariat orchestrée par le libéralisme compassionnel. 

Cette thématique est alors omniprésente, sous couvert de divertissements parodiques, dans les programmes des télévisions privées, comme Canal +, lancées la même année sous les auspices de François Mitterrand et de son ministre de la culture Jack Lang. Elles inaugurent le long processus de dégradation qui conduit aux représentations abjectes que diffusent aujourd’hui ad nauseam les émissions dites de « télé-réalité ». Ce bestiaire du «populisme» est le pendant télévisuel du catéchisme «libéral» des classes dominantes en guerre contre la majorité constitutive du «Peuple» à laquelle elles refusent toute dignité afin de lui interdire toute perspective d'émancipation**.


*« Travaillant pour elle seule, exploitant pour elle seule, massacrant pour elle seule, il est nécessaire [à la bourgeoisie] de faire croire qu’elle travaille, qu’elle exploite, qu’elle massacre pour le bien final de l’humanité. Elle doit faire croire qu’elle est juste. Et elle-même doit le croire. M. Michelin doit faire croire qu’il ne fabrique des pneus que pour donner du travail à des ouvriers qui mourraient sans lui » 

Paul Nizan, Les chiens de garde


** "There is no such thing as society." (La société n'existe pas)

Margaret Thatcher, Women's Own magazine, octobre 1987


Par la bande...


L'émission est réussie. 

Avec astuce elle aborde l'absence de représentativité du corps social sur les écrans 

qui est aussi patent et évident que dans les assemblées parlementaires de tous les pays. 


Comme toujours, les règles régissant les gouvernances de l'audiovisuel 

sont des portes ouvertes aux captations par la ploutocratie toute puissante.


Mais même en imaginant que chaque membre du CSA soit à l'image de cette 

magnifique dame, (Ménona Hintermann-Afféjee) elle explique très bien 

comme la loi est complaisamment castrée par des parlementaires  

eux même non représentatifs de la population. 


On retombe sur la désignation problématique des représentants, dans un système représentatif.


En clair, Le CSA n'est pas le coupable majeur... Le problème c'est la constitution... 


Comme souvent non ? 


PS: C'est super court là, les cheveux !  Mais c'est bien quand même...  

       Y a des visages auxquels tout va, que voulez vous ! 

      C'est pas juste, mais c'est comme ça ! :)



étrange ce sujet. Qui a dit que les télé séries et films doivent refléter la réalité ? médiocres en tout, si les productions françaises, neuneues au delà du possible,  donnaient en plus à voir des taudis, des laids, des zones, des angoisses de fin de mois, mais ... à quoi servirait Arte?

Daniel semble faire une fixette sur les piscines et leur récurrence élevée dans nos fictions françaises. 


Cependant je me pose la question de la pertinence de cette remarque, la piscine privative n'est pas l'apanage exclusif en France des classes aisées, il est sûr qu'il est peu probable que les classes précaires et pauvres aient accès a ces équipements mais des personnes habitants dans une banlieue pavillonaire avec des revenus "normaux" ont souvent accès a cela (bataillons nombreux parmis les GJ) je rappel que la France est le second marché mondial de la piscine domestique derrière les USA et que la piscine moins que la taille de la maison ou de l'appartement est un révélateur de richesse.

Excellente émission,

Seul bémol, pourquoi légiférer la production artistique pour l'obliger à traiter des sujets de telle ou telle façon.
Le problème est bien plus large, c'est en gros TOUTES les productions audiovisuelles y compris les JT, reportages etc ... qui sont impacté par cette consanguinité bourgeoise dirigeante et totalement hors sol.

La ou il faudrait revoir la législation c'est surtout sur la façon dont les directions sont nommées, sur quels critères quelles compétences, puis aussi sur l'accessibilité aux écoles, etc.
Puis sans doute, pour la question des fictions, plus d'indépendance pour les réalisateurs et scénaristes dans les choix artistiques tant que ça reste dans les limites budgétaires imposées par la production.

Un grand oubli : "le p'tit quinquin"
question que j'aurais aimé entendre : Les séries françaises avaient pourtant la côte dans les années 60-70 que s'est-il passé depuis ?

le cinéma français ne fait pas mieux; les classes populaires sont à la marge pour un stephane BRIZET, combien d'Ozon etc... ??

Même à l'époque de Sautet ( cinéaste dont on critiquait le point de vue bourgeois de la société ) semblerait aujourd'hui plus ancré dans la réalité que la plupart des cinéastes qui ont pignons sur rue. Les protagonistes de leurs histoires sont tous CSP+++ .... voire, ce qui est encore plus décalé, travaillant dans le milieu du cinéma (cf le dernier Valéria BRUNI-TEDESCHI ) dont on nous rabat les oreilles en ce moment.

De plus si on traite des prolos c'est pour en faire des caricatures ( Les Tuches, Camping etc...)

Au moins on a eu "petit paysans" qui avait les 2 pieds ancrés au sol ( dans le fumier même) ça sauve l'honneur !

Ma fille a fait l'ESRA , écrit , mais travaille à mi-temps à l'accueil d'une banque ... c'est dire la difficulté d'apporter de nouvelles têtes chez les scénaristes ,  le carnet d'adresses semble être le cœur du métier .

Légiférer pour encore plus normer la  création. Voilà qui est bien de chez nous. Désolé mais malgré la bonne volonté et la pertinence des deux intervenantes, la qualité de nos productions est encore bien éloignée de celles produites à l'étranger.

Aussi j'ai relevé le manque de diversité des auteurs, qui devraient aussi travailler plus souvent en équipe, et surtout l'immuabilité des dirigeants de chaines TV. Il se pourrait même que c'est toute la production qui devrait être bouleversée quand je repense à une série comme Marseille sur Netflix. Que de retard, que d'archaïsme. Pour un peu, on se croirait chez les soviétiques. 

Les offres en PPV et les téléchargements pirates ont encore de beaux jours devant eux.

Si la télé n'a pas fait grand chose sur la diversité sociale, elle a fait un maximum sur la diversité des genres: dans les séries, 80% des (disons) des chefs dans la police sont des femmes. Avec ma femme, ça nous amuse assez.

Remarque tout à fait à côté de la plaque, mais j'avais envie de la faire ;))

Bonjour,


Enfin le sujet est abordé ... c'était quoi déjà la série télé américaine des années 80-90 qui parlait de familles riches ??? "Beverly hills" je crois ... et à l'époque on avait pas trop le choix des chaines à regarder ...

La manipulation mentale était déjà en marche.


Un petite illustration de l'évolution de la vision des riches. "La boum" et "Lol" les 2 films avec Sophie Marceau. L'histoire est en gros la même : des parents avec les problèmes de leurs enfants. Il est interrresant de voir l'évolution des cadres de vie des parents. Le plus anciens (la boum), des parents aisés qui vivent en appartement. Le plus récent (Lol), cette fois c'eest carrément hotel particulier ...


Je doute que cette émission, qui soulève un petit rien mais tellement révélateur, ne fasse beaucoup parler d'elle.


Merci en tout cas d'avoir lancé le sujet.

J'ai adoré l'émission. J'ai toujours été étonnée de voir dans les séries la tête des apparts, où tout le monde semble avoir décroché la timballe, quelque soit le métier.
Au passage, pour "Harmonia", j'en ai vu deux parties hier, et comme ça se terminait sur des points de suspension suggérant une suite, je suis allée vérifier, et le Dieu Wikipédia m'a dit que c'était un 6 x 52 mn
Pas sûre que je tienne la distance...  Je préfère Marleau et de loin.
Pour ce qui est des scénaristes, ça, vu comment ça fonctionne ce n'est pas étonnant que ça bouge peu. Un scénariste ça bouffe pas ? Faut qu'il bosse et ensuite seulement, si ces messieurs-dames - déjà pas hyper variés eux-mêmes dans leur origines - qui tiennent les cordons de la bourse sont séduits, on commence à entrevoir quelque chose... Du coup, beaucoup de scénaristes font d'autres trucs à côté, et pendant qu'ils font ces trucs, ils ne créent pas... Et on perd un potentiel énorme, juste parce qu'ils ont besoin de vivre comme tout le monde...

L'émission est lumineuse.


Merci.

La superficialité de ces séries à la con n'est plus à démontrer, je crois.

...et "le p'tit quinquin" alors ? Ça compte pour des prunes ?

Ce message a été supprimé suite à la suppression du compte de son auteur

Je dois avouer avoir été assez surpris par le sujet… et j'ai adoré l'émission. Excellentes invitées — je ne connaissais pas Mémona Hintermann-Afféjee, et je le regrette tant je l'ai trouvée passionnante — et de bons exemples.

Et l'école en question dans le 14ème s'appelle le CEEA (Conservatoire Européen d'Écriture Audiovisuelle) et je la recommande chaudement, malgré le fait qu'elle soit à Paris et payante (autour de 2 000€ à mon époque).

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