96
Commentaires

Nos Vies Numériques - 6

Le fait est désormais indiscutable : Alain Finkielkraut, qui a des avis sur tout mais n'est documenté sur rien, dit énormément de conneries. Reconnaissons-lui tout de même - on a tout à coup un élan de compassion - certaines intuitions précoces : lorsqu'il soutenait, dès 2000 dans Internet, L'inquiétante extase (co-signé avec Paul Soriano) que la "qualité du jugement de l'internaute est inversement proportionnelle à sa vitesse de connexion", il pointait tout de même un rapport non dénué de pertinence entre la vitesse (haute) et la qualité (basse) des procédures cognitives qui nous jettent dans les pièges de la compulsion... Mais le titre l'annonçait déjà, avec son "extase" pleine de promesses : il y a des pièges pleins de volupté.

Derniers commentaires

J'ai mis du temps, mais c'est que mes neurones commencent à rouiller...
Je n'arrivais pas à trouver ce que le pôvre Finkie évoquait. Et puis clac, le flash !
C'est tout lui. Maître Jojo, Maître Pierre, enfin kivouvoulé.

C'est là : http://www.youtube.com/watch?v=dCHi5apc1lQ
Une initiative intéressante : Philippe Bilger soumet Alain Finkielkraut à la question :

http://www.youtube.com/watch?v=jPMFwAXj5Ss
mal placé

Ah Finkie, que de crimes on commet en ton nom !

Quand j'étais moins vieux, c'était dans les années 70, je me régalais à l'écoute de Finkie, qui à l'époque n'était que Daniel Finkelkraut.
Je ne me souviens plus de l’émission. C’était en milieu de journée sur France Culture.
Bon, j’ai vieilli et Finkie aussi. Sans vouloir me vanter, je pense que j’ai mieux vieilli que lui.
A telle enseigne que dès que je reconnais sa voix dans le poste, je change de chaîne.
Un jour, c’était chez Marie Richeux à France Culture, j’ai entendu un invité parler de Finkie : et il en a dit ceci : « Alain Finkelkraut, c’est quelqu’un qui sera toujours désolé que sa mère ne soit pas restée celle qu’elle était le jour de sa naissance ».

I could not find better.
Tout-à-fait d'accord. La droite intelligente ( Finky) doit être soigneusement distinguée de la droite bête, c'est une simple question de bon sens politique.
Je trouve ce front d'ASI anti Finkielkraut tout à fait ridicule et malvenue. Finkielkraut n'est pas sans défaut mais il a plutôt besoin d'être défendu que d'être attaqué :

— Soit, il est invité sur les plateaux, mais uniquement par ce que cela donne l'occasion a des intégristes de gauche de le conchier en public et de le traiter de tous les noms

— Finkielkraut n'est pas raciste c'est simplement idiot de dire le contraire. Franchement je n'aimerait pas être à sa place ! On ne peut rien faire contre une accusation de racisme a part clamer qu'on est pas raciste, ce qui ne sert à rien puisque personne n'écoute : la suspicion est née.

— Je ne comprends pas qu'ASI puisse aller autant dans le sens du vent médiatique : il est aujourd'hui quasiment impossible en france de parler d'islam, de république, d'immigration de manière un tant soit peu critique sans se faire traiter de raciste. Pour moi il n'y a pas besoin de chercher plus loin pourquoi le FN fait autant de parler de lui. Quand on pourra parler librement et calmement de ses sujets sans se faire insulter, le FN n'aura plus aucune raison d'être et il disparaitra.

— Enfin, c'est facile de critiquer Finkielkraut, mais c'est quelqu'un d'une grand intelligence qui écrit des livres d'une qualité rare. Quand les livres de Daniel Schneidermann seront de ce niveau…

Bref si on pouvait arrêter cette cabale sur ASI (Daniel Schneidermann, Gilles klein, Judith… à qui le tour ?)

Un peu d'indépendance d'esprit, c'est ça que je demande à ASI, en tant qu'abonné, merci.
Pour retrouver l'attente "numérique", la délicieuse attente que le message veuille bien partir ou le fichier se charger, rien de tel que d'avoir un correspondant d'un autre continent qui vous la fait revivre par personne interposée... L'an dernier, dans un hotel international où le groupe électrogène se déclenchait plusieurs fois pas jour, je m'étonnais que mon jeune interlocuteur n'ait pas reçu un mail envoyé quelques heures avant. Je n'ai pas su, à sa réponse, si l'absence d'électricité chez lui était temporaire ou non.

Et pourtant, quel progrès ! Quand je pense qu'il y a trente ans il me fallait attendre plusieurs semaines une réponse par courrier d'un collègue africain, universitaire comme moi. Dix ans plus tard il y avait des numéros de téléphone et de fax variés (des voisins, le lieu de travail d'une soeur, ou d'une cousine) où l'on pouvait tenter sa chance. Il suffit aujourd'hui, habituellement, de se dire que la connexion sera meilleure dans quelques heures, voire une demi-journée, et on peut toujours téléphoner sur le portable si on est pressé.

Sommes nous si changés, effectivement ? Dans une salle d'attente je travaille comme autrefois. Probalement ma façon à moi de lutter contre l'ennui et l'anxiété. Je reconnais le faire parfois maintenant avec mon smartphone bien que j'ai toujours un papier et un crayon à cet effet. Mais ce n'est pas très différent. Chacun réagit comme il peut. En tous cas j'ai bien aimé m'instruire sur Heidegger et l'égalité d'âme.
Mââmme Judith, écoutez ça.
http://www.youtube.com/watch?v=djhD40912m8
C'est rather tango.
Une petite vestale pour la route (sous contraintes en courrier 10) :
https://vimeo.com/64412828
Ou sphinge
"Nos machines étaient grosses et beiges..."

*********************
Et Judith d'illustrer le souvenir, à peine évoqué, par l'image d'un Mac Plus ! Ah les premiers ordinateurs Macintosh !!! 1 Mo de RAM vous rendez-vous compte ?

C'était en 1985, je crois ; à l'époque je ne détestais pas, pas encore, les lamentations aussi victimaires que péremptoires du médiatique et pathétique Finkie sur les pédagogos, les barbares de banlieues et les illettrés de l'internet. J'avais entrevu, sans doute trop rapidement, quelques-unes des pistes pédagogiques que pouvait offrir ce nouvel auxiliaire à l'enseignement qu'était l'ordinateur, surtout s'il était mis en réseau avec ses congénères, mais il fallait apprendre aussi de nouvelles langues étrangères : le DOS, le PASCAL, le FORTRAN, le BASIC et pouvoir s'organiser à l'échelle d'un établissement pour avoir accès à la salle informatique. Alors on n'était pas arrivé, malgré les plans "Informatique pour tous" car si l'on était une petite école, on n'était pas assez riche pour espérer se doter correctement et rapidement en matériel, et si on était une grosse école au contraire, c'était les nouveaux modes d'organisation qui posaient de redoutables problèmes tellement insurmontables parfois qu'ils désespéraient les plus volontaires.

Et puis, un jour, je fus invité par un couple d'amis enseignants dans le collège dont lui était le Principal. Il me fit visiter un dimanche la salle informatique du GRETA rattaché à son établissement. Il y avait là plusieurs dizaines de "grosses machines", des PC de différentes marques qui tournaient toutes sous windows 3 ! et puis, sur une table un peu à l'écart, il y avait un Macintosh... "Ça, tu vois, me dit M. le Principal, c'est l'avenir ! l'informatique de demain !"
Après quelques parties de Tétris et une "Aventure du chat Inigo" je trouvais effectivement que mon échange avec cette machine, plus semblable à un minitel qu'autre chose, était beaucoup plus sympathique que ce que j'avais pu ressentir jusqu'ici sous windows 3. Et puis, ces liens "hypertextes" qui faisaient apparaître une image ou sonner une phrase musicale, avaient quelque chose d'à la fois ludique et magique. Quelques temps plus tôt, j'avais entendu à la télévision, dans l'émission "L'avenir du futur", Seymour Papert, auteur de "Jaillissement de l'esprit", répondre par l'affirmative à la question : "Est-il possible de tomber amoureux d'un ordinateur ?" Du coup, je m'étais précipité sur le bouquin bien sûr !

Quelques années plus tard, l'école maternelle où j'enseignais alors, possédait une demi-douzaine de Mac, puis une douzaine, puis une vingtaine, des Mac partout : dans chaque classe, à la bibliothèque, dans une salle informatique, dans le bureau du directeur... dans le salon de la majorité des collègues de l'école.

*********************
Aujourd'hui, je ne sais pas si je suis "amoureux" de mon ordinateur, ou de mon smartphone (je n'ai pas encore de tablette ou de liseuse mais ça pourrait arriver...), je sais juste que je regrette le temps déjà lointain où j'avais des amoureuses... mais ni ordi, ni smartphone... que du papier à lettres et un stylo-bille.
[quote=Judith Bernard]... le moindre différé nous plonge dans la fébrilité romantique de nos passions amoureuses [...]. Et l’on est presque soulagé parfois d’avoir à réapprendre l’essentiel: attendre.

Et si la sagesse était d'apprendre à ne plus attendre ?

“Standing on a street corner waiting for no one is power.”
Gregory Corso
On ne m'invite jamais à des mariages costumés sur des péniches. En revanche, lorsque je poireaute dans une salle d'attente, je passe le temps avec mon smartphone.
Suis-je normal, docteur ?
Quelles vies passionnantes nous menons!
Ca me fait penser à la dernière planche de boulet :

http://www.bouletcorp.com/blog/2013/11/09/amour-numerique/
M'accorderiez-vous cette tanda pour oublier un peu ces mots électroniques qui envahissent nos vies?
[quote=Judith Bernard]réapprendre l’essentiel: attendre.

Ce n'est pas vraiment une surprise car je l'espérais et quasi le pressentais, Judith Bernard vient de retrouver de la plus personnelle manière le verbe - attendre: warten - en lequel Martin Heidegger a condensé* son enseignement touchant l'attitude à adopter face à "la révolution de la** technique" en laquelle nous sommes entrés depuis Descartes. Il en a présenté populairement la pensée dans Sérénité (: Gelassenheit) après l'avoir développée plusieurs années auparavant dans un "dialogue" dont il a annexé une partie à Sérénité ainsi qu'on peut la trouver publiée en français chez Gallimard dans Questions III.

Qu'il me soit permis de saisir l'occasion d'en conseiller la lecture à Daniel Schneidermann: elle lui permettrait de revenir sur sa techno-fuite en avant continuée telle qu'elle est programmée au(x) terme(s) de sa Terra Incognita. net.


* du verbe verdeutlichen de même racine que Dichtung: poésie en ce sens essentiel que le mot n'a hélas plus (guère) en français.
** Je souligne le génitif car il ne s'agit pas d'une simple "révolution technique" comme il est malheureusement traduit en français.
On trouve chez Rousseau cette parabole: Deux hameaux de montagne presque contigüs sont séparés par un torrent infranchissable. Pour aller de l'un à l'autre, il faut redescendre jusqu'au pont situé à plusieurs heures de marche, puis se taper la remontée sur l'autre rive. Résultat: les idylles qui naissent entre ces villageois séparés sont d'un torride que même le jeune Werther n'a pas connu. Moralité, oulipo a raison: la contrainte libère, pas d'évasion sans barreaux.
c 'est dingue comme nos pulsions numérique sont si proche de la détresse amoureuse . ( vite savoir, vite comprendre, vite l'entendre, vite l’apercevoir, vite être rassuré, besoin d'immédiateté, irrésistible besoin d'obtenir même une micro miette d'un infime quelque chose de l'autre).
Abonnez-vous

En vous abonnant, vous contribuez à une information sur les médias indépendante et sans pub.