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L'IUFM, expliqué aux Bisounours

Après le tumulte, le silence.

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Bonjour,

Ce que vous oubliez de préciser il me semble, c'est que si les IUFM apprennent certes la pédagogie, elle n'est que très théorique et abstraite. Malgré ce que vous semblez croire, la pédagogie ne s'apprend pas par de vaines paroles mais par le contact avec le terrain (la salle de classe) avec le soutien d'un tuteur.

Je vous conseille ainsi vivement de regarder les épreuves de didactique du CAPES, l'absurdité de la formation y est affligeante. Et si vous prenez le temps de parler avec de jeunes professeurs, ils vous diront que les IUFM représentent une perte de temps considérable et qu'ils n'y apprennent rien. En revanche, ils regrettent le nombre d'heures de cours trop élevé en période de stage et le faible encadrement.

Cette réforme est mauvaise, non parce qu'elle prévoit la suppression des IUFM qui n'ont été qu'une simple pompe à fric et un moyen de placer les profs incompétents mais bien introduit auprès de la hiérarchie. Elle est mauvaise parce qu'elle ne prévoit rien qui vienne remplacer efficacement une structure nuisible. En effet, cette suppression se fait dans une optique uniquement budgétaire, et il semble hors de question d'investir dans la formation des futurs enseignants de nos chères têtes blondes.

Mes excuses encore pour vous empêcher d'être des bisounours ! :)
Très cordialement,
WS
Je me permets d'apporter ma petite pierre personnelle au débat (quoique l'envie me pousserait plutôt à l'envoyer sur quelques carreaux judicieusement choisis).

Oui, les IUFM ne servaient pas à grand chose mais plus par manque de réelle formation pratique que par manque d'utilité. Une formation pour enseigner est plus que nécessaire, elle n'existe hélas plus vraiment en France. Supprimer les IUFM ne fera que l'entériner alors qu'il faudrait au contraire les réformer de fond en comble pour apporter une vraie formation psycho-pédagogique (désolée pour le gros mot) aux futurs profs. En effet, comme l'on si bien dit d'autres internautes, savoir n'implique pas automatiquement que l'on sait transmettre ce savoir, surtout à des jeunes.

Ceci dit, nous (les profs), venons de découvrir qu'il n'était même plus nécessaire désormais de savoir. En effet, nous sommes désormais chargés de faire de l'histoire de l'art sans jamais avoir suivi un seul cours à ce sujet en histoire, lettres, éducation musicale, technologie et arts plastiques (seule discipline où on la maîtrise un minimum). Les élèves de 3ème pourront même présenter en option un oral à ce sujet pour le Brevet dés cette année.

Quant à l'attractivité du métier et au master, rions, rions. La suppression des postes et la dévalorisation du métier a atteint un tel niveau en ZEP, qu'une collègue dont le mari maîtrise bien l'anglais vient de se faire racoler pour savoir si, par hasard, son mari ne serait pas intéressé par un poste de prof d'anglais. Pour information, j'enseigne à Saint-Denis (93). Mes élèves de 6ème ont attendu un prof d'allemand deux mois cette année. Mais bon, ce sont des "racailles" de banlieue, ils tiendront les murs ou balayeront nos trottoirs dans quelques années, à quoi pourrait bien leur servir une deuxième langue vivante?

L'éducation "nationale" n'existe déjà plus, le gouvernement, et toutes ses réformes actuelles en ce qui le concerne, ne fait que montrer plus clairement cette réalité. Tout comme on affiche désormais clairement qu'on a de l'argent quand on en a, et qu'on em... ceux qui ont la bêtise de ne pas en avoir, on pourra bientôt se vanter d'avoir des enfants qui reçoivent un véritable enseignement contrairement aux crétins dont les parents ont eu la bêtise de ne pas faire bac+15 ou d'avoir des copains PDG dans le cac40.

Vive la France! Liberté, égalité, fraternité pour tous!
"Cependant, sur le Net, et dans ce qui reste de vivant, d'actif et de vigilant comme forces militantes, il y a belle lurette que la cata est annoncée ! "
En effet Juléjim, je râlais de ne rien voir à ce sujet sur @si.
Effectivement c'est l'école primaire qui va être, est en passe d'être, en premier lieu cassée, celle des fondements de tout savoir, quoi, à force de réduction de postes, de suppression de rased, de manque de remplaçants, d'enseignants précaires, d'Epep, avec projets péda quantifiables comme en économie, des enseignant-e-s mal préparés et déconnectés de la réalité du terrain, malléables et corvéables à merci, des programmes mettant de côté la réflexion personnelle des élèves et une hiérarchie de plus en plus à la botte...
De toute façon la boucle est bouclée: on pleure sur l'école qui ne marche pas, on lui sucre des postes, des structures et des aides, et divers pans de programmes, elle va donc encore moins bien fonctionner, on aura donc beau jeu de dire que l'école privée (et chère de préférence, religieuse en option) c'est mieux, n'est-ce pas.
Dénoncer le silence dans lequel est en train de se préparer le massacre du peu qu'il restait de qualité dans la formation des enseignants à l'iufm est utile et amplement pertinent. Cependant, sur le Net, et dans ce qui reste de vivant, d'actif et de vigilant comme forces militantes, il y a belle lurette que la cata est annoncée !

Je n'en donnerai qu'un seul exemple, celui de cet article paru en SEPTEMBRE 2009, sur le blog d'Eveline Charmeux. Les prof@sinautes sauront de qui je parle, les autres, s'ils ont la curiosité de parcourir le blog (et éventuellement son site pédagogique), mesureront sans doute mieux encore le gouffre, le précipice, qu'il peut y avoir entre ce que propose la droite gouvernementale depuis 2002, en matière d'éducation nationale au nom de l'indispensable esprit de réforme, et la montagne de propositions inspirées de la réflexion et de la pratique des acteurs de terrain, praticiens, formateurs et chercheurs en éducation, qui resteront lettre morte encore longtemps, voire à jamais, tant que l'idéologie et le lobbying tiendront lieu de politique éducative.

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Mebahel a évoqué plus haut le temps des Ecoles Normales. J'ai connu cette époque où les élèves-stagiaires en 1ère année, puis en 2e année de formation professionnelle, se voyaient transmettre quelques éléments de théorie et/ou de savoirs disciplinaires, dispensés par des "profs d'école normale", ceux qui les avaient préparés au bac et qui ne se prenaient pas spécialement pour des experts ou des docteurs es pédagogie. La pratique pédagogique, les normaliens en parlaient, l'observaient, l'analysaient, s'y initiaient au contact des maîtres d'application qui les accueillaient dans leurs classes, dites classes d'application.
Je garde le souvenir indélébile et fort de cette Mme Dubois, institutrice chevronnée, présentant à une vingtaine de personnes, regroupées au fond de sa classe de CP, une séquence de lecture inspirée de la méthode naturelle, chère à Célestin Freinet. Elle était morte de trouille, ayant décidé l'année précédente d'abandonner la méthode mixte (semi-globale) du manuel Daniel et Valérie pour faire ce qu'elle appelait "le grand saut".
Et aussi cet instit Freinet d'un village sarthois, nous accueillant au seuil de sa classe en chaussons ! C'est auprès de ces personnes-là, sur le terrain, puis ensuite dans différents mouvements pédagogiques, au contact de collègues ayant les mêmes problèmes ou préoccupations que moi, la même passion pour le métier aussi, que je pense m'être formé, pour l'essentiel. Du côté de la théorie, dont je ne néglige pas l'importance, il y a les lectures personnelles et puis, là aussi des rencontres, décisives, avec des chercheurs et des pédagogues de haut vol.


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Au total, ceux qui vont sans doute y perdre le plus, ce sont les collègues du 1er degré, les professeurs d'école, comme on dit, ceux qui "n'instituent" plus puisqu'ils doivent "professer"... Et encore, ce n'est même pas sûr, tant le formatage des esprits commence tôt. Les profs de collègue et de lycée, n'ayant je crois bien, à quelques rares exceptions près, jamais su ou même simplement imaginé où se trouvait l'alpha et l'oméga d'une formation professionnelle dans leur discipline, n'auront peut-être que la déception de ne rien voir arriver qui comble enfin leurs attentes et leurs besoins. Rien à regretter vraiment donc. Maigre consolation tout de même...

Bon courage à tous! Salut et fraternité de la part d'un ex !
Terrible toute cette discussion...

En Allemagne, on étudie à l'Université avec tous ceux qui font par exemple de l'Histoire et des maths (ou du sport) - car on y enseigne DEUX matières - et après un tronc commun, les uns prennent la branche "enseignement" et les autres continuent vers le master ou le doctorat.

Ceux qui ont suivi la branche "enseignement" passent leur PREMIER examen d'Etat au bout de 3 ans qui n'est pas un concours. S'ils l'ont réussi, ils cherchent une école ou un "tuteur" et préparent une année en classe.

Elle commence par une "hospitation" c'est-à-dire que le jeune futur enseignant assiste, au fond de la classe, aux cours des enseignants en poste dans l'école ou le lycée.

Puis il prend en charge un cours par semaine, le prof qui est son tuteur assiste au cours au fond de la classe. Celui-ci a une feuille avec des rubriques précises et il prend des notes. A la fin du cours, il y a une heure commune pour en discuter. Le "tuteur" ne lui dit pas seulement ce qui ne va pas, mais surtout ce qu'il a trouvé particulièrement bien, il lui fait part de ses observations concernant le comportement des élèves pendant le cours, comment il les voir réagir aux méthodes et contenus... Cette période dure entre 2 et 6 mois selon les régions.

Et ainsi de suite, pendant toute une année. Le "Referendar" (futur fonctionnaire) prend de plus en plus de cours seul, à la fin, le "tuteur" n'y assiste plus, mais reste à disposition pour donner conseil. Pour ceux qui comprennent l'allemand: http://de.wikipedia.org/wiki/Lehramtsreferendariat

A la fin de cette année le futur enseignant passe le DEUXIÈME examen d'Etat. S'il est reçu avec une bonne note, il a tout de suite une affectation - toujours dans sa région, il n'est jamais envoyé à l'autre bout du pays, ce qui favorise les liens culturels entre les enseignants et leurs élèves. Ils ne sont jamais "déracinés", comme l'a été par exemple mon frère après son CAPES qu'on a envoyé depuis son Sud-Ouest natal au Blanc-Mesnil en Ile-de-France, alors qu'il était jeune marié et que sa femme travaillait dans le Sud-Ouest...

Ce système français est ABERRANT.
C'est bizarre... Je n'aurais pas résumé le problème de la masterisation ainsi. J'aurais plutôt dit "plus de pseudo-pédagogie et moins de disciplinaire".
Parce qu'à terme, les gugus du gouvernement, ils comptent supprimer les concours (il n'y aura bientôt plus de création de postes à ce rythme), et faire enseigner à moindre coût des "vacataires" ou "contractuels" qui auront un master "éducation".
Comme l'a très bien dit je ne sais plus quel @sinaute, et d'autres encore, c'est sur le terrain qu'on apprend le mieux, mais il faut qu'on soit accompagné, guidé, pour ne pas péter un câble.
Quant aux IUFM, on est le plus grand nombre (je dirais 90% des enseignants, et encore, je suis gentille je crois) à regretter qu'ils ne nous aient rien apporté. On aimerait leur dire tout ce dont on a eu besoin ; et on ne peut que déplorer la perte de temps et d'argent qu'ils représentaient.
Les IUFM étaient à réformer, c'est évident : perte de temps et d'argent pour tout le monde (je m'excuse pour les 2% de formateurs qui sont compétents). Le système mis en place pour les profs des écoles est plus performant que celui qui vaut pour les profs de collèges et lycées (des stages, dans différents établissements, sur une année).
Et je confirme ce que d'autres ont dit : plus de la moitié des profs obtiennent l'agrégation et le capes et n'ont jamais enseigné auparavant, ce n'est absolument pas nécessaire.

Mais je suis contente que vous parliez de ce sujet, même si j'ai le sentiment curieux que ce débat ne jaillit pas à la surface parce qu'il est très complexe, et que nous ne sommes pas tous d'accord (dans mon lycée, les profs d'EPS sont pour ; en EPS, cela fonctionne ainsi depuis plusieurs années ; on se spécialise dans un master éducation après la licence. Moi, je dis ça, je dis rien, mais s'il faut choisir un master "enseignement", beaucoup de gens ne seront jamais profs, parce que ça donne pas très envie de se spécialiser comme ça, et d'avoir des cours de merde pendant 2 ans, et de faire un, voire deux mémoires sur la pédagogie et la transmission des savoirs !!!!! ahhhhhhhhhhhhhhhhhh ! au secouuuuuuuuuuuuuurs ! rien que le mot me fait hurler !!!)
Indépendamment de la disparition de la formation elle-même (il en a été beaucoup question dans les posts précédents), ce qui va disparaître aussi ( et c'est peut-être ce qui est visé ... qui sait ?) c'est l'esprit de "corps" ou le corporatisme, selon qu'on le trouve positif ou négatif.
Pour le premier degré, les vieux de la vieille Ecole Normale avaient passé des années ensemble, ils étaient potes ( et souvent camarades), ils militaient ensemble, ils animaient les colos ensemble, ils avaient des tas de manifs à leur actif, beaucoup se sont mariés entre eux : ils partageaient une culture. Est-ce un bien, est-ce un mal, je ne trancherai pas... mais c'était un fait !
Avec les IUFM les parcours ont été plus complexes, mais on continuait à reconnaître ses collègues de promo, ses collègues de stage ...
Sans les IUFM, il n'y aura que des gens qui se croisent à la photocopieuse, qui auront vécu des choses très différents et viendront d'univers très variés. Diversifier les parcours pourrait être une richesse, mais ce n'est pas du tout comme ça que les choses sont pensées.
D'autant que cela doit aboutir à la concurrence des établissement... et peut-être à celle des enseignants au sein d'un même établissement !
On poursuit donc le débat sur la "nécessaire" reforme du système éducatif mis en place par le gouvernement. Sujet au combien hautement sensible dans notre pays républicain.

L'histoire enseignée au lycée sa vous forme un être humain, sans formation pédagogique nos apprentis enseignants sont démunis... C'est sur qu'après son passage sous le roulot compresseur ministériel l'éducation en ressortira en piteux état. Seulement voila, ce qui m'énerve c'est que des que l'on parle education nationale en france on parle aussitot de valeurs, de citoyens, de formation d'etres humains. Les profs se sont nos Promethees, ceux qui apportent la connaissance et la discipline à nos chères tetes blondes.
Je ne conteste pas le fait que l'éducation mérite d'être au coeur des préoccupations de la société, mais le fait de lui confier tant d'espoir (apprendre aux jeunes qui parlent le verlan a parler a l'endroit, persuader ceux qui ne veulent pas apprendre de se tourner vers le droit chemin) apporte finalement beaucoup d'illusions et lui nuit terriblement.
Les profs sont la pour nous enseigner leurs connaissances et trop souvent ont leur en demande trop! Et c'est là que réside la faiblesse de notre système français. Quand on leur donnera la place qu'ils méritent (de simples professionnels de l'enseignement), et qu'on les considèrera comme des gens normaux comme les autres (ils ne sont pas parfaits) que l'on améliorera la situation.

(par ailleurs d'autres "débats de société" mériteraient tout autant d'espace que le débat sur l'éducation nationale sur @si, cf euthanasie, protectionnisme économique en france etc.).
Il est possible de battre les deux fers à la fois, d'être contre la suppression de l'histoire en TS et être également contre la masterisation. En effet celle-ci se traduit par un rétrécissement du vivier social du recrutement des profs. Il est déjà difficile d'arriver à Bac + 4 pour la majeur partie des étudiants sans avoir à travailler, pour des raisons purement économiques, et il est donc évident que cela sera pire à bac + 5. conséquence: l'écart social, culturel entre les élèves et les enseignants ne peut que s'accroître, et la fracture culturelle encore plus difficile à colmater. D'autant qu'un certifié aujourd'hui commence sa carrière (donc avec bac + 3 plus un concours ultra sélectif, en moyenne ne recevant qu'entre 8 à 12% des inscrits) avec la magnifique somme de 1400 € net environ, un agrégé (bac + 4 et concours encore plus sélectif, avoisinant les 5% de reçus sur le total des inscrits dans la "plus facile" des agreg) débute à 1800 € environ. Il y a donc un légitime sentiment de ne pas être très bien payé aux vues des études faites. Quand on est originaire d'un milieu social modeste, on peut se dire que c'est mieux que rien. Mais plus on monte le niveau d'étude, plus le recrutement social est sélectif. Or la paye du prof ne correspondant pas aux salaires des cadres sup et professions libérales constituant le milieu d'origine de la majeure partie des enseignants actuels, et encore davantage avec la masterisation, le sentiment de dégringolade sociale des profs, et donc le ressenti vis-à-vis de l'institution et in fine vis-à-vis des élèves ne peut qu'en être plus grand. On voudrait casser l'école qu'on ne s'y prendrait pas mieux.
Et s'il est vrai qu'il n'y a pas de pétition d'intello sur le sujet, ce n'est pas que le monde universitaire ou de la recherche ne défende pas les IUFM: la conférence des présidents d'université, nombre de doyens, de syndicats du secondaire sont hostiles à la masterisation et le font savoir depuis longtemps (souvenez-vous des grèves très dures de l'année dernière qui étaient entre autre contre ce projet). La pétition sur l'histoire a été une réaction plus à chaud du champs universitaire des sciences humaines qui découvrait un peu rapidement un projet qui n'était pas en discussion depuis longtemps, contrairement à la masterisation.Si on a moins parlé du problème de la masterisation dans les médias que de la réforme de la terminale S, cela est surtout la faute à l'économie médiatique, qui n'aime à parler de l'école que lorsqu'on touche au symbole, et non de ses problèmes réels , de terrain, d'une école qui est si méprisée par la société en général et par les grands médias qui n'aiment souvent à présenter les difficultés de l'école que comme le résultat de l'incompétence de profs privilégiés coupables de tous les maux et payés à ne rien faire pendant 4 mois par an. Mais qui vient réellement expliquer aux non profs ce qu'est notre métier, ses difficultés et ses exigences? Ce n'est tellement pas vendeur...
L'argument de poids pour la masterisasation: permettre plus facilement le non remplacement d'un fonctionnaire sur deux, puisqu'on diminuera le nombre de personnes capables de postuler aux postes d'enseignants, qui seront de toute façon moins nombreux. Pédagogie, promotion sociale, méritocratie républicaine, au rencart, vivent les économies sur le dos des nos enfants!!! Ce qui ne veut pas dire qu'il ne faille pas réformer. Le problème ici, c'est qu'on s'appuie sur des dysfonctionnements réels de l'école qui n'arrive pas à remplir ses missions pour légitimer du sceau d'une pseudo modernité une politique de réaction sociale évidente
Je suis insti spé (en RASED) à Roubaix depuis 30 ans et je peux vous dire qu'une sérieuse formation initiale pour nos jeunes collègues est indispensable. Pour nos élèves pour qui apprendre à l'école est difficile, pour les enseignants débutants (et même chevronnés...) pour qui enseigner est extraordinairement éprouvant et souvent boulversant.
Les IUFM c'est sans doute pas parfait, il faut donc les renforcer, les améliorer...
On ne s'improvise pas enseignant. C'est un métier.
Et l'inquiétant c'est que l'on n'évoque pas du tout la formation des enseignants auprès des élèves porteurs de handicap.

Comme disait une amie, "en tous cas les élèves, eux seront toujours là".
Tout à fait d'accord avec DS. Il aurait fallu justement des réformes dans l'autre sens, plus de place à la pédagogie! accumulation de sottises, comme toujours, mais il faut changer, vous savez bien.
Pourquoi tant de silence sur la suppression des IUFM, demandez-vous, M. Schneidermann? Parce que, même si l'on n'ira pas jusqu'à l'exprimer à trop haute voix, c'est peut-être la mesure accueillie avec le plus d'enthousiasme dans la communauté enseignante...

TOUTES les personnes que je connais dans la profession, étudiants suivant la préparation au concours de recrutement, jeunes enseignants débutants, ou vieux routiers - à, soyons juste, une exception près (celle dont on dit qu'elle confirme la règle?) - m'ont toujours décrit l'IUFM comme une vaste entreprise de décervelage, une machine à pontifier des préceptes absurdes, et qui surtout ne prépare en rien à la réalité du terrain, qu'on apprend à gérer essentiellement... sur le terrain. Ce qui ne les empêche pas, comme le signalait "Paddy", de maintenir une épée de Damoclès au-dessus de la tête des enseignants débutants, dont l'avenir dans la profession est encore soumis à une phase "d'essai" sous surveillance.

Je précise tout de suite que je n'ai pour l'instant aucune expérience personnelle de l'IUFM, ni de l'enseignement. Lorsque j'ai passé mon CAPES je n'ai pas suivi la préparation au concours que proposait cette institution (j'étais occupé à préparer l'agrégation en parallèle), ce qui ne m'a d'ailleurs en rien handicapé pour réussir ledit concours avec un plutôt bon rang, et je suis pour l'instant dans une situation de report de mon entrée dans la profession, étant doctorant allocataire (pour l'instant on me paye, horreur, pour faire de la recherche "pure", en l'occurrence ma thèse). Je ne prétendrai donc porter à titre personnel aucun jugement définitif sur cette institution. Mais force est de constater que dans les couloirs et l'intimité des bureaux, ce que j'ai entendu à l'époque de l'annonce de la suppression des IUFM s'apparentait plus à des hourras qu'à des lamentations. Dans de telles conditions, rien d'étonnant à ce que le combat des IUFM pour survivre trouve peu d'échos dans les médias...

Reste la question cruciale: que proposer en remplacement de cette institution? La réponse proposée par le gouvernement flirte peu ou prou avec: rien. Sinon la "masterisation", qui aura selon toute vraisemblance de graves répercussions sur l'univers de la recherche, sans bénéfice sur la dimension "pratique" de l'accession à l'enseignement. Au mieux une formation encore plus étique qu'auparavant, et qui sera de toute façon probablement assurée par des transfuges des défuntes IUFM...
Vous ne voulez pas déduire. A votre place je déduirais allègrement.

Les classes privilégiées (dans lesquelles je place les journalistes officiant pour des grands quotidiens nationaux - et les hommes politiques évidemment) se foutent de l'éducation qu'on donnera au plus grand nombre parce que celle qu'ils ont reçue, tout comme celle qui sera donnée à leurs enfants, ne ressemble en rien à ce que l'on trouve dans un collège difficile.

Du collège populaire au lycée d'élite parisien j'ai pu tester le gouffre. Et je parle d'un gouffre qui existait en 1995, année de mon entrée en seconde. Autant dire que depuis cela n'a cessé de se dégrader.

Mes étudiants de première année de droit n'enlèvent ni couvre chef ni manteau (et encore il n'y a pas de violence, ou elle est très exceptionnelle), ne sortent pas de feuille, ne notent rien, ne savent pas écrire français, ne comprennent rien de ce que je dis - sans exagérer, ils ne maîtrisent même pas la langue, pour la plupart. Cela en dit long sur les conditions d'enseignement dans le secondaire, ou avant.

Pauvres profs, je les plains.
Je manque de temps, mais une remarque: enfin un sujet sur la casse générale de l'école..ben il était temps, hein...
Jusqu'à maintenant, la formation dans les IUFM était tout sauf une véritable formation pratique au métier d'enseignant. Dispensée par des pédagogos trop souvent déconnectés du terrain, elle a été vilipendée par plusieurs générations de profs qui se sont rendus compte de la pauvreté de leur bagage en entrant dans des classes qu'ils ne savaient absolument pas par quel bout prendre, faute de mode d'emploi clair et utile. La réforme ne fait que poursuivre le processus de désintégration de la formation pratique des enseignants. Elle le rend plus évident, et devrait en effet déclencher un véritable débat. Prétendre qu'une solide connaissance de la matière suffit pour être "pertinent" auprès des élèves est une stupidité totale. Savoir est une chose, faire savoir en est une autre, qui demande bien d'autres talents. Mais ça, il y a longtemps qu'on refuse de l'entendre dans les centres de formation.
en même temps les mouvements pédagogiques, comme toute l'Education Populaire, perdent leurs aides et leurs militants.
Effectivement il est possible de passer les concours sans expérience. Mais une fois le concours réussi, on intégrait un IUFM qui permettait (en ce qui concerne le 1er degré) d'avoir une expérience professionnelle. Bien sûr, le système IUFM était exposé à pas mal de critiques (légitimes). Mais une fois de plus, le gouvernement utilise ces critiques pour balancer les IUFM au lieu de chercher à améliorer ce système.

Outre le manque de toute formation pédagogique et didactique, cette réforme va permettre une entrée massive de précaires dans le système Education Nationale. Alors qu'il était jusqu'alors impossible d'enseigner dans le premier degré sans être passé par l'IUFM, aujourd'hui, grâce à cette réforme, il existera deux sortes d'enseignants: les fonctionnaires, ayant réussi le concours et les précaires, titulaires d'un master (n'importe lequel) autorisés à enseigner, mais sans bénéficier du statut de la fonction publique. Les équipes vont donc être composées de personnes disparates, certaines en CDD de courte durée (pour les remplacements notamment). Ces derniers seront malléables et corvéables à merci, la reconduction de leur contrat dépendant de leur "bonne conduite".

En outre, il est fort possible (d'après les enseignants-chercheurs en lutte l'an passé) que bientôt, les enseignants du 1er degré soient majoritairement des précaires: les Professeurs des Ecoles demanderont essentiellement à enseigner dans les "bonnes "écoles, classes moins difficiles, conditions de travail plus agréables etc....; les titulaires de master seront alors balancés dans les écoles difficiles, éloignées des centres villes ghettoïsés.

Le silence médiatique ne date pas d'aujourd'hui. Un an que les enseignants chercheurs sont en lutte, et pourtant les enjeux, bien décryptés par le mouvement, n'ont jamais été expliqués au "grand public"....
Osez la déduction, Daniel, osez ! Et puis si on cause des IUFM, ça va rogner sur le temps consacré à notre grand rocker national, et ça, ce serait inacceptable...
La formation pédagogique (dans le sens gérer des inappétences, des indifférences, des provocations, des hostilités) dans les centres IUFM était déjà presque inexistante (à peine quelques heures de modules et quelques semaines avant votre premier poste). On ne procède qu'à des controles de connaissances dans les matières enseignées.
Déjà que l'éducation nationale trouve normal d'avoir les plus jeunes profs inexpérimentés dans les écoles les plus difficiles, avec ce nouveau projet ca promet. Dans une, voire deux, décennies il n'y aura que l'école privée pour vous rassurer et assurer l'avenir de vos enfants.

Merci
bonjour
je doute que vous ayez le droit d'utiliser une image des bisounours sans autorisation, surtout dans le cadre d'une utilisation commerciale.
un peu de respect pour les auteurs, hein? daniel...
Cher Daniel,
Juste une précision : il était déjà possible de réussir son concours sans avoir enseigné ne serait-ce qu'une heure devant une classe (pour les concours du secondaire, je n'en sais rien pour les profs des écoles). C'est le cas pour tous les lauréats ayant préparé ce concours en candidat libre ou par d'autres biais que l'IUFM (Cned, prépa déjà plus ou moins intégrée à certains masters). Pour le CAPES externe, session 2009, 'seuls' 55% des lauréats sortiraient des IUFM (http://www.education.gouv.fr/cid5542/regards-statistiques-2009.html).
N'ayant jamais laissé de commentaires malgré un suivi de la première heure, j'en profite pour vous remercier et vous féliciter du succès de votre aventure blogosphérique !
Cher Daniel,

Merci de cette chronique ! et d'attirer un peu le regard sur cette question essentielle (mais je suis prof donc corporatiste - forcément !)...

Le problème est encore plus épineux. La réforme envisagée n'assure même pas l'excellence disciplinaire. Elle supprime la formation par le stage en situation et elle fait exploser les masters disciplinaires tels qu'ils existent aujourd'hui. Plus de formation de la recherche donc, en histoire par exemple ! Mais à la place, un "machin" dont personne, même les docteurs Frankenstein du ministère, ne sait à quoi il va ressembler. Une choses est sûre : ce sera un saupoudrage, sans aucune ambition intellectuelle. Au concours de recrutement, il se pourrait même qu'un professeur d'histoire-géo ne soit même pas évalué sur ses connaissances en histoire !!!!

Résultat : des profs mal formés, des étudiants dont on prolonge un peu plus les études artificiellement, une recherche universitaire sabordée.

Ces derniers temps... je perds la foi en mon métier, j'ai les larmes aux yeux.
Merci Daniel.

Camarlette
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