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Commentaires

Le musicien, le cinéaste et la cohérence

Django Unchained, le dernier film de Quentin Tarantino, est depuis peu disponible en DVD et Blu-ray. Une polémique avec Ennio Morricone a suivi cette sortie. L'occasion d'explorer les relations, parfois tumultueuses, entre réalisateurs de films et compositeurs. Et le principe de la réutilisation, au cinéma, de musiques existantes, des frères Lumière à Tarantino, en passant par ...les publicités d'aliments pour chiens.

Derniers commentaires

Hello Sleepless !

Bien heureux de vois tes connaissances valorisées comme elles le méritent sur ce site.
L'article est passionnant. J'aurais juste deux ou trois chicaneries à faire, rien de grave... ;)
- il me semble qu'il faudrait plus que tu ne le fais rendre justice au travail somptueux de Michel Chion
- Rameau abandonne l'évocation de l'ethos des modes après le Traité de l'harmonie (1722)
- La Génération harmonique de 1737 a assez peu influencé Marc-Antoine Charpentier, mort en 1704... ;)
- il y aurait lieu de distinguer la rhétorique baroque, de l'expression romantique (dans laquelle s'enracine bien plus la musique de film)...

Bises,

N.
Par Jean-Stéphane Guitton, compositeur et enseignant

Ça alors !
Enjoy
:-)
Merci pour cet article!
J'espère qu'il y en aura d'autres!
C'était formidable. Merci :)

(C'est fou le nombre de gens compétents en musique et en musique de film qu'il y a dans les forums d'@si)
Mon père me disait que dans les années 50-60, il y avait littéralement la "musique de film de la semaine". Un thème principal dans un film qui devenait un succès, souvent repris en chanson par différents artistes. Une semaine c'était Le troisième homme, la suivante La panthère rose, puis 8 et demi, etc. Des musiques que tout le monde connaissait. Ça a complètement disparu et c'est l'inverse qui se produit aujourd'hui. Les compositeurs se voient contraints de partager leur partition avec des succès pop d'autrefois, parfois mêmes tirés …d'autres films. Si au moins on faisait l'effort de proposer de nouvelles orchestrations ou interprétations de ces titres anciens, mais généralement non.

Quand aux compositeurs actuels, j'ai également du mal à m'enthousiasmer. A côté des équipes d'arrangeurs au kilomètre dirigés par Hans Zimmer, beaucoup de compositeurs confondent composition et effets spéciaux sonores (nappes de textures, electro beats…), et ceux qui écrivent encore pour des instruments de l'orchestre, outre de se voir imposés des tubes anciens ou récents dans leur film, ils semblent obsédés par l'idée de servir uniquement le film, mais jamais la musique. Alexandre Desplat est l'exemple même de cette tendance. Un grand professionnel dont les partitions, toujours parfaitement adaptées au besoin du film n'ont pas le moindre intérêt quand on leur retire les images. Et je ne parle pas du recours facile au papier peint minimaliste à trois balles qu'il utilise si souvent. Du reste, Morriconne lui-même semble se lamenter de cette tendance. Interrogé sur la musique de films actuelle il disait il y a quelques années "il y a beaucoup à entendre, mais rien à écouter".

J'aimerais savoir si quelqu'un, un historien, critique, chercheur,… s'est penché sur cette mutation de la musique et du cinéma; connaitre ses interprétations. Moi, je trouve cette évolution assez frustrante.
ce qui est con, c'est que ça demanderait une explication de texte pour les gens qui n'ont aucune idée de la question modal vs tonal, et tempérament inégal (j'ai accordé mon clavecin tous les jours pendant 25 ans...) et égal...


Peut-être que j'arriverais à glisser ça au détour d'une chro. Pas dit (question de pertinence).

il y a des rencontres, des vraies vraies rencontres avec une musique, une oeuvre d'art, un film aussi, qui soudain vous touchent le coeur, vous terrassent... c'est un mystère, une magie.

C'est toute la difficulté, la plupart du temps, d'expliquer le "pourquoi".

Tu parles de Mahler, je ne sais pas si tu connais l'Adagio de la Symphonie n°10 en Fa#. Moi, ça me fout par terre.


mais c'est quand même étrange comme la musique, les mots peuvent susciter des affects. en y pensant bien, c'est vraiment bizarre, non ?


Et les odeurs, t'en fais quoi des odeurs :)
ça y est, je reste bloquée. je vais être HS, mais bon, je reviens à mes lubies, et je cite ta citation :

Puis, à la suite des travaux de Jean-Philippe Rameau dans Génération harmonique (1737), Marc-Antoine Charpentier «établit un jeu complet de correspondances entre tonalités et impressions, sensations ou sentiments, en se fondant sur la notion d’«ethos» attribuée aux modes anciens. Il prête aux gammes une «couleur psychologique». Certaines tonalités majeures : Ut, Ré, La, caractérisent la joie, l’allégresse, Fa, le furieux, l’emporté tandis que Mi symbolise le guerrier. Les tons mineurs : Mi, Sol, Si manifestent la tendresse, la douceur, celui de Fa le lugubre, de La le plaintif ou le triste.»

«[...]Cette conception perdra toute consistance quand on aura affaire à la généralisation du «tempérament égal».[...] Elle demeure cependant largement enracinée dans les esprits, voire les cercles musicaux, et continue à prévaloir de nos jours, favorisant une approche caricaturale ou simpliste du commentaire et de l’illustration musicale.»(5)

ce qui est con, c'est que ça demanderait une explication de texte pour les gens qui n'ont aucune idée de la question modal vs tonal, et tempérament inégal (j'ai accordé mon clavecin tous les jours pendant 25 ans...) et égal...

mais c'est quand même étrange comme la musique, les mots peuvent susciter des affects. en y pensant bien, c'est vraiment bizarre, non ?

j'étais pas fan de mahler, pas ma culture, un soir on m'a traînée rouspétante au chant de la terre alors que j'étais baroqueuse pure et dure, version schönberg avec l'orchestre contrechamps, et hedwig fassbender pour chanter l'abschied que je ne connaissais pas, en plus je parle pas allemand, et tout d'un coup, ça m'est tombé dessus, l'extase pure, le petit accord majeur qui advient au milieu, et l'ewig mourant de la fin, j'en sanglotais, j'avais des fils de morve mêlée aux larmes qui me ruisselaient dessus, absolument irrattrapable j'étais ! il y a des rencontres, des vraies vraies rencontres avec une musique, une oeuvre d'art, un film aussi, qui soudain vous touchent le coeur, vous terrassent... c'est un mystère, une magie.

pour les cinéphiles, je recommande ce débilement traduit en français "requiem pour un massacre" (idi i smotri, va et vois) de klimov. les nazis en biélorussie. la bande-son de ce film est tellement fulgurante, prégnante, que, des années après son visionnement, je ne peux pas entendre un gros porteur à hélices dans le ciel, avec ses infra-bas et une sorte de chantonnement obsessif quelque part, sans y repenser
Bravo !
Encore !
Je n'ai pas accès aux morceaux ce matin, mais même sans ça, c'est de la balle
C'est de la boule, cette chronique, et j' dis pas ça parce-que je suis fan du chroniqueur, je précise.
On devine bien ton amour de la musique, c'est ton côté chroniqueur de groupes, je sais bien.

Merci Sleepy ^^
Ouais ! Bonne nouvelle ! :-)))

Ça nous console (un peu) de la mort d'André Verchuren aujourd'hui même.
Je dirais que la musique de Tarantino est à l'image de son cinéma, où il fait du neuf avec du vieux : tous ses films tentent d'imiter, parodier, et dynamiter les standards d'une catégorie spécifique de film (le film de 2nde guerre mondiale pour Inglorious Basterdz, de kung-fu pour Kill Bill, de gangsters pour Reservoir Dogs et Pulp Fiction, de blaxploitation pour Jacky Brown...) Reprendre la musique de ces anciens films ou de ces anciennes époques est une façon de rendre hommage et de mettre le spectateur dans le ton, et mettre une musique "non appropriée" participe à la déstabilisation du spectateur qui ne voit pas ce qu'il s'attendait à voir dans un film de ce genre. Cela joue aussi pour le côté humoristique de la scène (c'est comme ça que je prends la scène de torture dans Reservoir Dogs par exemple).
Il faut noter que les musiques non appropriées sont surtout présentes depuis Kill Bill, on est plus dans le registre de l'hommage dans les précédents, et j'ai l'impression que les clichés des genres sont malmenés surtout à partir d'Inglorious Basterdz.
bonne chronique merci
Nickel cette chronique musicale. Pourvu que ça dure !
C'est bien intéressant tout ça.
Pourvu que ça dure.

Pour le coup, cette proposition issue du forum (brouzouf, Ulysse et Bruanne) a passé le mur (du son).

Bravo DS d'avoir recruté ce "compositeur et enseignant" là, bonne pioche.
Waouh !
Sleepless, le Korkos de la musique, rejoint la rédaction !
j'espère que ça va durer, et qu'il va avoir son petit onglet rose avec sa chronique rien qu'à lui.

Merci pour l'article, Sleepless,
et merci pour l'ouverture des oreilles, DS !
Je reviens de l'expo Musique et Cinéma de la Cité de la musique à Paris et ça fait du bien de lire un article avec du contenu.
Oui, mais alors on discute pourcentage ! :o)


Voilà, le vrai réflexe du musicien : c'est payé combien, c't'affaire...
YOUPI !

(message bisounours à caractère enthousiaste et de nature résolument optimiste)


Ce qui est rigolo, si on parle de cohérence, c'est que l'argument de Sylvia de Delibes concerne des nymphes, Eros, avec tout le tralala mythologique, et avec en plus des leitmotivs dans la musique parce que Delibes admirait Wagner, et une influence de Tchaikovsky en prime.

Et, alors, je vous pose la question, que vient faire une "pizzicato polka" dans cette galère ?
Question cohérence, hein… Une polka chez les grecs, je vous le demande un peu.

Bon, pas sûr qu'à l'origine ça s'appelle "polka", ça a l'air d'avoir été rajouté par la suite, le divertissement du ballet s'appelant juste à la base "pizzicato". Mais c'est sûrement du au fait que Delibes, et les autres après lui, on peut parier là-dessus, avait entendu la "pizzicato-polka" d'un certain Johann Strauss (écrite avec son frère Josef en 1869, quand Sylvia a été écrit en 1876) - où l'on reste donc totalement dans le sujet de cet article, même dans les moindres détails dudit article, dont on ne peut louer que l'extrême cohérence, du coup.
Superbe travail !

A propos de musique diagénétique et de "cohérence", David Simon ne joue pas la transition d'un mode à l'autre. Il reste en diagénétique pure, sauf exception. L'usage de la technique a évolué. Dans The Wire, c'est un parti-pris réaliste. Quand on entend de la musique, elle sort d'auto-radio. Sauf dans le final de chaque saison qui est tourné comme un clip vidéo de synthèse de toute la saison.
Même parti-pris dans Treme, dont le thème est les musiciens de la Nouvel Orlean post Catrina.

Pour Génération Kill, Simon a raffiné d'un degré de plus l'utilisation de la musique. Le dispositif diagenetique vise non plus seulement à renforcer le réalisme. L'objectif est cette fois-ci l'identification du spectateur aux personnages. Là encore, pas de transition d'un mode à l'autre. La playlist de la série est très riche, quatre à six morceaux de pop, de rap ou de rock par épisode.
La musique est chantés par les soldats. Pas diffusée par un post de radio.
Ce ne sont pas des morceaux d'ambiance. Ils sont même le plus souvent en décalage complet. En fait, ce sont des hits du Top 50. Des trucs que tout le monde connaît et a fredonné. Ca fait partie de la bande originale, non pas de la série, mais de la vie de chacun.
http://www.youtube.com/watch?v=UjueQs1JkTE

L'équipage du hummer entonne Teenage dirtbag, une bluette adolescente humoristique, en plein désert. Rien à voire avec la scène sauf que... la compagnie vient d'être confrontée à la mort d'un soldat, aux erreurs de commandement. elle comprend l'absurdité de la situation. En entendant Teenage Dirtbag, après avoir été touché par cette chanson dans les années 2000, l'avoir sois-même fredonné, on se met dans la peau de ces soldats. Encore faut-il avoir été ado amoureux délaissé à la fin des 90's. La série s'appelle "Generation kill" et c'est pas pour rien.

Le final de la série reprend le principe des finals de The Wire avec un clip (monté par un soldat qui le montre à ses camarades) sur The Man comes around de Johny Cash. Cettte fois avec transition diagnénétique immersive, dans un mouvement qui justement amène le spectateur, en même temps que les soldats, à prendre une distance dégoutté avec la guerre en Irak.
http://www.dailymotion.com/video/x73i7j_generation-kill-final-saison1_shortfilms

Une immersion qui provoque une distance, pour moi, on touche au génie.
Bel article (et tellement plus intéressant que balancer du fiel)

Trissotin.
Je trouve une certaine cohérence entre la séquence filmé de maddalena et la pub de Royal Canin, moi...
ah, ça fait carburer ton article. une idée me vient. dans la musique modale, par exemple le chant grégorien, chaque mode se voit attribuer un "affect", et c'est évident lorsqu'on entend un mode de do et ensuite un mode de mi. de manière étrange (mais j'adorerais qu'on m'explique), telle ou telle gamme inspire tel ou tel affect, le transporte, le signifie. je dis étrange parce que si la musique tonale qui nous baigne peut biaiser notre écoute, nous faire trouver les autres modes que do et la étranges, dissonants, tordus, on ne peut pas dire qu'à une époque où la musique était modale, l'oreille des auditeurs était biaisée. et tous les modes de la musique indienne ont leurs affects.

ce qui est marrant dans la musique tonale, c'est que, dans le fond, ce qui porte l'affect n'est plus le mode - la tonalité (perso, je ne sens absolument aucune différence "en soi" entre un do majeur et un ré majeur, sinon dans leur réalisation sur certains instruments : par exemple sur un clavecin, étant donné le tempérament, une gamme de do sonne de manière tout à fait différente qu'une gamme de ré : donc, à la rigueur, on peut en profiter pour leur attribuer des affects - mais dans les instruments modernes ?), ce qui porte l'affect, c'est l'horizontal, la mélodie quoi. telle mélodie, à telle vitesse en mode mineur ou majeur (c'est le dernier bastion où peut encore s'exprimer la modalité ancienne et ses affects), inspire tel ou tel affect.

bon, je sais pas si ce que je dis est complètement idiot. mais c'est juste pour dire à quel point un article aussi pointu peut inspirer des réflexions, qui, même idiotes, n'en sont pas moins un prolongement.
Passionnant...
D'autant plus que j'aime beaucoup les illustrations sonores de Morricone, enfin j'aimais... (particulièrement celle du "Bon, la Brute et le Truand"... la séquence où ils se retrouvent tous les trois dans le cimetière).
D'autant plus qu'après avoir vu "Django unchained", je me suis empressée de me renseigner sur la bande son que j'ai trouvée "réussie".
D'autant plus qu'en voyant des extraits d'anciens films N/B, j'ai fait des découvertes...
Et non seulement j'ai appris sur la musique de film, qui s'en est servi, comment s'en servir, etc... mais en plus ça m'a donné envie de découvrir Tarentino. Oui, je le reconnais, je ne me suis déplacée au cinoche que pour voir "Django Unchaîned"... Certes j'ai vu des morceaux de Kill Bill etc... à la téloche, mais je crois que Tarentino mérite un grand écran et un son autre que celui d'une téloche.
Merci...
J'en voudrais bien d'autres (articles) sur le cinoche... Pourquoi pas une analyse des bandes son des films d'Hitchcock ?
Dis, M. Jean-Stéphane (et la rédaction), on pourrait en avoir encore quelques doses ? ;o)
une nette tendance à mettre les petits plats dans l’écran
il fallait la faire celle-là ;-))
Merci pour cet excellent article, j'espère qu'il y en aura plein d'autres tout aussi passionnants.
Je propose une version musclée et moustachue du tube de Gerry Rafferty https://www.youtube.com/watch?v=qyvzcdmSNv8
magnifique, passionnant, et j'ai tout écouté. super exemples exemplaires, mais j'ai rien compris ou c'est bizarre que tu aies pas cité M le Maudit ?? et les chorals de bach, si joyeux pour parler de la mort ? bon, bach et les chorals, c'est HS, c'est vrai !!!
concernant l'adéquation ou la non-adéquation d'un film à la bande son, il y a un film que je n'ai jamais réussi à regarder tellement je trouve insupportable la musique qui va avec, c'est ran !!!
par contre je suis restée scotchée sur la série battlestar galactica aussi parce que j'ai trouvé les choix de musique absolument géniaux.
bref, je sais que, pour moi hein, la musique accrochée sur un film lui donne quelque chose, son absence voulue également, dans la mesure où un film sans son double musical est un geste artistique signifiant. un peu comme le rapport entre poésie et poésie mise en chanson : il se passe quelque chose "de plus" - ou "de moins".
bref, merci pour cet article fouillé, un vrai régal pour les neurones du matin, qui se mettent à chanter et à réfléchir - en musique !! sur un sujet absolument inépuisable, sur lequel j'espère que tu reviendras (je dois dire que j'en envisagerais une reprise d'abonnement, tellement je trouve chouette)
Yes ! Je vais lire ;)
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