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La semaine où la Suisse a provoqué l'Europe

Manifestations en Bosnie-Herzégovine ; "Fuck The EU": une diplomate américaine dérape, Microsoft Bing censure son moteur de recherche chinois, même en dehors de Chine, affrontements au Vénézuela, et la Suisse, en adoptant un référendum anti-immigration, provoque l'Union Européenne.

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J'ai l'impression que l'idée que nous pourrions apprendre des choses de la Suisse, ne suscite pas d' intérêt.
Dans ces moments là, je vois la France comme un ex grand pays un peu autistique et qui se laisse peu questionner par l'Autre. Empétré dans ses idéologies (actuellement, cela devient une soupe confuse où tout le monde s'en prend à tout le monde...), le regard français (je généralise évidement) est sans cesse tourné sur lui-me^me...
Exemple concret, à Geneve la politique sanitaire de distribution d'héroine est en place depuis des années, elle est évaluable, mesurable...Il suffit de prendre un peu de temps et de regarder. Le débat sur ce sujet en France n'en tient pas compte...
Pareil pour le vote citoyen. Je trouve ça génial même si cela peut induire pas mal de problèmes. Les gens ici, autour des votation parlent entre eux des questions de la cité et les argumentations sont sophistiquées... En France, la seule fois où l'on s'est mis à travailler et à discuter entre citoyens sur le sujet, c'était pendant le référendum de 2005. On connait la suite...
Mes chers amis, attention aux comparaisons et amalgames... Je travaille au quotidien à Genève et j'ai tellement l'habitude des clichés de notre grand pays, sûr de ses idées, de ses valeurs, de son universalité.... Je vis dans une ville où il doit y avoir au moins 40% d'étrangers (aucun équivalent en France) et cette ville, ce canton n'a pas voté pour la limitation du flux migratoire. C'est une ville (pareil à Lausanne, Neuchatel...) que je ressens comme beaucoup moins violente que partout ailleurs en France..En dehors de la question économique, je pense que l' on a beaucoup de choses à apprendre de cette Suisse que les français regardent souvent de haut (ça m'arrive aussi de temps en temps).
Si vous vivez à Genève, il y a à peu près 50 % d'étrangers, pas 40 %.
50 % d'étrangers dans une ville qui regroupe toutes les instances, fédérations internationales et diplomatiques, c'est quelque part logique.
Surtout, c'est implicitement ou explicitement présenté comme automatiquement "problématique" par les gens qui n'y vivent pas. Les cantons avec peu d'étrangers ont voté majoritairement pour cette loi, et, comme le souligne Hayeren, Genève a majoritairement voté contre. Quant aux nationalistes grecs qui n'ont jamais fichu un pied en Suisse...

C'est délicieux quand les gens de l'extérieur (un montagnard suisse, un fasciste grec, un frontiste français, etc) décident, à la place de ceux qui "vivent ensemble", de la difficulté à "vivre ensemble".
J'avais connu la même chose quand j'étais étudiant à Annecy. 20% de FN aux municipales, alors qu'il devait y avoir 25 arabes et 2 noirs dans toute la ville (et je les connaissais, c'étaient mes voisins). Et quand on demandait aux gens pourquoi le FN (à 20%, ils se décomplexaient un peu), alors ils disaient qu'ils ne voulaient pas de ce qui se passe à Genève ou à Annemasse, sans pour autant vraiment savoir ce qui s'y passait...
Je confirme l'explosion de joie de l'extrême-droite grecque à l'annonce des résultats du vote suisse. Apparemment, la Suisse vient d'être sauvée d'une terrible "menace culturelle" (ah bin oui, le yodel se perd un peu, à Genève), elle démontre l'hypocrisie de l'UE qui ne fait de reproches qu'à la Grèce (sauf que la Suisse et ses bilatérales sont en train d'en prendre plein la poire sans même être dans l'union), et personne n'est xénophobe du tout du tout (sauf que tous les arguments pratiques, économiques, politiques, allaient à l'encontre de ce vote - dont le coût en termes économique et social semble peser bien peu par rapport à l'enthousiasmante victoire sur la présence des étrangers dans le paysage).

Les entreprises romandes, la recherche académique, les ONG internationales, la diplomatie extérieure, l'économie suisse (et son faible taux de chômage) sont torpillés au nom du "moins de bougnoules dans ma rue", ce qui présente l'unique avantage de tomber le masque habituel du "je suis pas raciste, mais faut être réaliste par rapport à l'économie". Ce coup-ci, l'extrême-droite populiste s'est imposée contre les positions de tout ce qui se trouvait à sa gauche, y compris celles de la "droite respectable" dans laquelle elle puise parfois ses excuses. Derrière les rhétoriques pseudo-pragmatiques habituelles, la xénophobie se dévoile ici en roue libre, sans fard, et transformant déjà les "à cause de" d'hier en "malgré que" d'aujourd'hui. La "pureté ethnique" est désormais un impératif moral, au même titre que ce qui était reproché il y a peu, par les mêmes, aux Droits de l'Homme.

C'est du pur jus. Et sans retour : les votes sur la constitution requièrent la majorité des cantons, et la Suisse et morcelée en mini-cantons ruraux et montagnards imposant le traditionalisme dans ces scrutins. Même une majorité de la population ne suffirait pas à corriger le tir en sens contraire.

Par contre, habituez-vous. Les velléités migratoires ne vont pas plus faiblir que la connerie nationaliste, dans les années qui viennent. La fermeture et la militarisation des frontières (nationales et continentale) ne répondront à leur propre absurdité que par la surenchère de la violence et de l'arbitraire. La Suisse donne le ton de la prochaine décennie européenne. Profitez bien. Et souvenez-vous de ce vote en pays économiquement stable, à chaque fois qu'on vous agitera "la crise" ou "la peur pour l'emploi" comme excuse pour les pauvres frontistes désemparés.
Oui "Fuck the EU" ! c'est ce qu'on dit en français le 29 mai 2005 54,68% des français.
Mais la quenelle, c'est qui qui l'a eu la quenelle ?
Merci pour cette bonne (et inquiétante) revue de presse, Gilles.
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