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La seconde vie de "l'historien pamphlétaire" Henri Guillemin sur le net

C'était le pendant suisse d'Alain Decaux, célèbre conteur d'Histoire de la télévision. Henri Guillemin, historien et critique littéraire décédé en 1992, a tourné dans les années 1960-1970 une série d'émissions pour la télévision suisse. Il évoquait tour à tour Napoléon, Robespierre, Jeanne d'Arc ou encore l'affaire Dreyfus. Des émissions qui connaissent aujourd'hui une deuxième vie sur le net, et conservent toute leur pertinence selon Etienne Chouard, que Maja Neskovic a rencontré cet été pour notre émission "@ux sources". L'occasion pour les @sinautes de se déchaîner dans le forum de l'émission. Historien ? Pamphlétaire ? Historien-pamphlétaire ?

Derniers commentaires

Bonjour,

Pour ceux que ça peut interesser, je pose ça là...
https://podcast.scouderc.com/Guillemin/

Ciao
Il m'arrive un truc!! Je lis des mémoires de François Mauriac (sorti en 1959) (10-18 poche) et devinez de qui il parle? De H.Guillemin. Il ne l'aime pas du tout, il lui reproche de trop fouiller dans la vie privé des gens de lettres, dans des sources non publiques de leur vivant.
Ce que tous les historiens font et sont fiers de faire, on a quand même été gratouiller le crâne de Henri IV.. sans lui demander l'autorisation, sans parler des ADN pour rechercher le cadavre de Louis 17, on va se gêner.
Déguisé, c'est le même reproche que lui font les histoiriens actuels: de ne pas rester dans l'image officielle, d'aller dans les replis douteux qui compromettent la réputation post-mortem des hommes célèbres. La postérité qu'on se construit de son vivant qui ne ressemble pas à celle qu'écrit l'Histoire, c'est un peu fort de café tout de même! Chut disent-ils tous, mais je trouve qu'il ne faut pas laisser des personnes écrire leur légende, d'autres savent qu'il faut brûler quelques papier dans sa cheminée ou s'en ficher.

p.s. le o et le i étant voisins, je n'ai pas fait exprès de taper histoiriens, mais je le laisse.
Dans l'épisode "la guerre se prépare" de la série vidéo proposée par la TSR (*) "l'autre avant-guerre (1871-1914)", Mr Henri Guillemin mentionne un livre prémonitoire de Mr Francis Delaisi "la guerre qui vient" édité en 1911.
À toutes fins utiles, ce livre est disponible en chargement libre sous ce lien => http://www.pdfarchive.info/De/

anecdote : dans ce même épisode, j'ai transmis le 29 octobre dernier, sous la forme de l'avis autorisé, cette information complétée de mes remerciements pour la mise à disposition de ses conférences, le modérateur a gardé les remerciements, supprimé l'information et rendu anonyme l'auteur de cet avis !

(*) http://gillemin.blogspot.fr/
genial merci beaucoup pour ce lien
je vous communique à titre indicatif, la réponse d'une responsable de la RTS à qui j'avais demandé si il y avait encore des conférences inédites:

Pour ce qui concerne les conférence d’Henri Guillemin, nous avons encore un cycle de conférences que nous n’avons pas proposé car la série ne nous est pas complète : il s’agit de conférences consacrées à la Révolution française. Nous avons également des émissions littéraires qui ne sont pas encore publiées. Nous allons examiner la possibilité de les mettre à disposition sur notre site.


Donc il y a encore du biscuit… miam!
ok merci
Une contradiction sur celine
quelle contradiction?
ha ça y est j'ai compris!!

un vraie historien,c'est un type qui ne dit pas ce que les faux historiens disent à juste titre.

c'est ça ?
et ici y a t-il des contradictions factuelles?
(j'en ai pas vu mais j'ai pas tout lu)
quelles sont les erreurs de guillemin ?
je lis depuis une une demie heure les attaques contre guillemin et je sourie en me rappelant se débat avec lui sur pétain.il était seul contre 4 historiens qui le prenaient de haut mais.....pas un argument concret.(a part la taille de pétain)
erreur
Cela a peut-être été déjà dit, mais tant pis !...
Henri Guillemin n'était pas Suisse, mais Français, né à Mâcon.
Brillant universitaire, ancien élève de l'Ecole normale supérieure.
Il paraît que les vidéos de Guillemin circulent intensément sur le net. Le poison est dorzédéja en train d'attaquer la belle science historique. Moueu heu heu heu ha ha !
Une émission du week-end dernier qui expose le rôle de l'histoire, vu par les historiens (avec Offenstadt notamment, spécialiste de l'historiographie).
Un bon outil pour débattre, je pense.

"L'histoire dit-elle la vérité ?" est la question posée.
Les points abordés (dans la seconde partie notamment) recoupent parfaitement nos débats.


http://www.franceinter.fr/emission-3d-le-journal-les-rendez-vous-de-l-histoire-de-blois
Et à quand une émission sur l'histoire, la vérité et le savoir, avec Offenstadt d'un côté et Latour de l'autre ?
J'ai l'impression que beaucoup sur ce post n'ont pas compris l'importance des travaux de Guillemin, l'important ce n'est pas de savoir si tout est exact, l'important c'est sa remise en cause de l'histoire des vainqueurs. Ok c'est subjectif, c'est vrai, mais l'histoire est toujours subjective! Ce que l'on appelle histoire officielle c'est simplement celle des riches et des puissants, des vainqueurs du moment quoi, il serait plus que temps de nous rendre compte de tout ça pour reprendre notre destin en main, et Guillemin nous y aides, merci à lui!
Guillemin a dû toujours plaire auprès d'un public large, car les historiens ont laissé la place.
Pas de seconde vie. C'est survaloriser le phénomène. Le goût pour Guillemin se prononce sur des forums d'un site, ce n'est pas non plus une vague à grande échelle. On reste dans un débat grandement confidentiel, au regard du poids des grands médias et de l'impact médiatique d'un Zemmour, d'un Casali, etc.
En revanche, je préfèrerais un Guigui à un Casali, c'est certain !
Si l'on met de coté l'appréciation objective de chacun sur le talent de Guillemin, ce qui moi m'a beaucoup impressionné dans sa vision historique est la cohérence de son analyse allant de la révolution à aujourd'hui. A moins de prouver que la majorité des faits qu'il avance sont faux car il en existe des opposés qui ont primé dans l'Histoire, je ne vois pas ce que l'on pourrait lui reprocher. En particulier lorsque l'on voit ce que se permettent les "historiens" qui occupent nos média ou qui sont célébrés comme étant des pointures dans leur domaine.

Ceci dit, que des "historiens" officiels critiquent la méthode plutôt que le contenu et le montrent en exemple à ne pas suivre auprès de jeunes universitaires donnent vite envie de prendre parti pour cet homme dont l'enthousiasme devrait servir justement de modèle à nos futurs professeurs d'histoire. En ce qui me concerne, je l'ai découvert sur Robespierre et je dois avouer avoir reçu une série de baffes à un rythme en mode baccalauréat dans les Sous-Doués. Autant dire que cet homme ébranle les fondations de toute personne ayant pour sources principales l'école et les média modernes. (un bon 90% on peut dire?)

Ceci dit, et parce que j'ai toujours aimé troller sur ces forums remplis de gens de biens, je me permets d'enfoncer un peu ceux qui se font un plaisir de cracher à la gueule d'un mort aujourd'hui dont l'amour de l'Histoire lui a donné la force de produire ces conférences passionnantes. Il mériterait au moins qu'on l'attaque sur son analyse des faits qu'il présente plutôt que sur ses compétences ou autre, ne serait-ce que par respect envers le travail titanesque qu'il a probablement du fournir afin d'arriver à un tel résultat. Voici donc le crachat:

Un historien au XXIe siècle c'est quoi?

C'est un mec dont l'utilité au sein d'une société marchande est nulle si son travail ne sert pas à affirmer le modèle socio-économique mis en place depuis la fin de la féodalité. (critique valable pour toute science humaine comme la sociologie et l'économie hors finance. On retrouve les mêmes poncifs du style "laissez tomber Marx et Keynes, exemples à ne pas suivre" dans les amphi d'économie). Les historiens "objectifs" devraient donc tirer le bilan de l'apport de leur profession dans le monde réel d'aujourd'hui et aller pointer à l'ANPE avec tous ceux qui n'ont pas eu accès aux bons réseaux.

Ou qui dans un but de rendre leur discipline plus scientifique, se sont reniés dans tous les sens du terme par rapport aux théories des historiens les ayant précédés au XIXe siècle.

Ce sont des scientifiques, donc qui se basent sur des techniques considérées comme telles en particulier pour tout ce qui concerne la datation de vestiges archéologiques. Donc, ils passent un temps non négligeable à apprendre ces techniques plutôt qu'à étudier le coeur de leur discipline. Si l'Histoire de l'Humanité est totalement incohérente, c'est pas grave car des techniques vaseuses considérées comme scientifique la valident.

A cause de leur inutilité économique, les explications au sujet de l'Histoire moderne qui nous sont fournies ne permettent ni de comprendre pleinement le passé ni de saisir de quoi est constitué notre présent. C'est bien sur ce point que Guillemin enterre ses critiques de sa tombe, l'écho de son analyse résonne encore aujourd'hui sur les problèmes majeurs qui nous préoccupent et tout son travail repose sur des exemples historiques de périodes confrontées aux mêmes problèmes que nous sur des sujets socio-économiques et donc institutionnels.

On peut aussi bien rigoler quand on lit l'Histoire officielle de la préhistoire et de l'antiquité qui équivaut en gros à une grosse tache noire ne faisant pas spécialement honneur à leur discipline quand on observe les vestiges de ces périodes faisant passer l'analyse historique officielle comme étant totalement incohérente voir suspecte par moment.

C'est ainsi que des émissions attribuant la construction des pyramides à des extra-terrestres sont considérées plus crédibles aujourd'hui dans des pays comme les USA que les explications d'un paumé mettant en avant un croquis avec 4 égyptiens soulevant une pierre de 9 tonnes à main nue.

En tout cas merci de mettre en avant le travail de cet homme totalement génial, j'ai pu constater que depuis quelques temps, les sites francophones de torrent les voient apparaître en vidéo et mp3 comme parmi les documentaires les plus échangés. Cela est une preuve supplémentaire (mais difficilement quantifiable) que de plus en plus de gens se réveillent d'un enfumage généralisé long de plusieurs siècles en s'échangeant les rares ressources 2.0 le dissipant un petit peu.

PS. Oh putain, j'ai 2000 messages à lire de l'émission sur Chouard (totalement géniale au passage, merci encore Maja). Cela fera passer plus vite le temps au boulot cette semaine, merci à tous :)
Ce week-end, j'ai rencontré JCMartin, universitaire retraité spécialiste de la Révolution, et, hanté par les débats sur ces forums, je lui ai demandé ce qu'il pensait de Guillemin, étant donné qu'il place deux de ses titres dans la biblio de son dernier ouvrage. Il m'a expliqué qu'il a eu de très bonnes intuitions sur Robespierre, notamment sur son mysticisme. Mais que le travail du Guigui n'était pas rigoureux sur bien des points. Il rejoint donc Annie Lacroix-Riz. Le débat est clôt.

Et de constater une fois encore, sur ces forums, que personne ne sait que les historiens, déconstruisent les mythes à longueur de pages...
Dormez braves gens, le complot est là, l'histoire est officielle, les historiens manipulent. Heureusement que d'aucuns dénoncent cela. A croire que les Asinautes deviennent le relais du Figaro.
cela fait un moment que ma religion est faites sur l 'histoire, elle n'existe pas c'est un fantasme collectif, que l'on utilise politiquement suivant les époques et les chapelles.
c'est pourquoi il faut toujours plus d'historiens pour que l'on prennent de la distance avec les interprétations que l'on nous donnent.
je ne parle évidemment pas des faits genre 1515.
finalement le plus honnete fut staline qui modifia les archives photos en fonctions des disparitions qu'il avait programmés.
les nouveaux historiens comme shlomo Sands sont intéréssants car ils déconstruisent les mythes, et nous font comprendre l'intéret de l'histoire pour les politiques, et cla de tout temps.
Oui, la nuance de Potiron me séduit
Je réponds ici à quelques propos généraux de Irfan et pompastel, pour plus de lisibilité.

Au sujet de Rémond et de Furet, il y a une différence entre le milieu scientifique d'une part, les enseignements scolaires et l'espace médiatique d'autre part. Furet est encore très largement soutenu dans ces deux derniers domaines.

Sur la Révolution française (programme de seconde), voici ce qu'éduscol conseille en biblio "pour aller plus loin".
- Biard, M, Bourdin, P, Marzagalli, S, 1789-1815, Révolution, Consulat, Empire, Belin, 2009
- Biard, M, La Révolution française, Tallandier, 2009
- Furet, F, Penser la Révolution française, Gallimard, 1978
- De Baecque, A, Pour ou contre la Révolution française, Bayard, 2002
- Martin, J –C, La Révolution française, Documentation photographique n°8054, 2006

Sur le thème de la guerre, enseigné en première, on trouve encore René Rémond (Du mur de Berlin aux tours de New-York, Bayard, 2002).

Donc ce sont encore des références. On notera que leur pendant "de gauche" est absent. Et de fait, ce qui reste très marqué dans les programmes et leur orientation, c'est précisément un très fort anticommunisme.

Par exemple, en ce qui concerne l'étude des régimes qui se disent communistes : on met le stalinisme dans le thème "les totalitarismes", donc même si le programme invite à étudier les différences entre ces totalitarismes, il établit de fait une équivalence entre le nazisme, le fascisme et le "soviétisme" (expression qui n'a d'ailleurs pas de sens dans ce contexte si on est un peu rigoureux).
Les références sur ce thème, toujours chez éduscol, sont :
- Rousso H. (dir.), Stalinisme et nazisme. Histoire et mémoire comparées, complexe 1999. (Première partie Nicolas Werth et Philippe Burrin)
- "Communisme et fascisme au XXe siècle", Le débat n° 89 mars-avril 199
- "Les crimes cachés du communisme", L’Histoire, numéro spécial n° 324, octobre 2007 (je l'ai lu à l'époque où je n'avais pas encore résilié mon abonnement à l'Histoire, il est particulièrement gratiné).

Heureusement, on n'a pas osé y mettre le Livre noir du communisme… En revanche, le bouquin est cité dans un passage dont je vous laisse apprécier la saveur rhétorique : "Ce concept [le totalitarisme] est-il opératoire pour des historiens ? Une comparaison historique de ces régimes est-elle possible ? Il ne s’agit pas de mettre en évidence un modèle unique, mais de dégager les spécificités de chaque régime, par delà un certain nombre de ressemblances. Cette comparaison historique s’est longtemps heurtée à un tabou, au-delà même de la chute du mur et de la disparition de l’URSS, comme le montrent les polémiques autour du livre de François Furet Le passé d’une illusion (1995) et du Livre noir du communisme (1997). Cependant plusieurs historiens se sont lancés dans une analyse comparée portant aussi bien sur la genèse de ces régimes que sur les points communs et les spécificités de leurs fonctionnements respectifs."

Voilà voilà. Alors, les profs peuvent eux-mêmes faire des recherches, et trouver des références bibliographiques plus adéquates. Mais, ceux qui ont déjà enseigné le savent, on n'a pas toujours le temps de faire des recherches approfondies ; et, par exemple sur la Révolution française, les profs formés à l'école de Furet-Ozouf et compagnie dans les années 1980-1990 ne vont pas vraiment chercher plus loin - ça fait des enseignements à la Furet pour quelques décennies encore. Quant à la qualité des manuels, ça dépend du sujet. Un exemple : à propos de Robespierre, ils en restent majoritairement à l'image univoque de responsable de la Terreur (je prends pour référence les dernières éditions des manuels Magnard, Hatier : il "impose le gouvernement révolutionnaire et la Terreur" et Nathan : "au printemps 1794, Robespierre accroît son pouvoir en éliminant les Montagnards jugés extrémistes ou trop indulgents comme Danton. La Terreur est accentuée par les lois de Prairial" ; on retrouve partout un extrait d'un discours à la Convention titré "Robespierre justifie la Terreur" - je n'ai pas accès au manuel Belin).

J'aimerais enfin préciser quelque chose. Contrairement à la façon dont ça a pu être formulé sur ces forums, "les historiens" n'en veulent pas à Guillemin, ni ne lui reprochent quoi que ce soit. D'abord parce que les historiens, ça n'existe pas. Il y a des historiens, parmi lesquels beaucoup de sensibilités et de degrés d'honnêteté (ceci dit, en France, la façon de faire de l'histoire est tout de même majoritairement conservatrice). La majorité se fout de Guillemin ou n'en a jamais entendu parler, certains l'aiment pour ce qu'il est sans gober tout ce qu'il dit, d'autres le détestent pour ce qu'il fait. Bon. Ensuite, parce qu'il n'y a pas à en vouloir à Guillemin, sauf dans la tête de quelques excités que l'engagement irrite - il fait de l'histoire, mais je ne crois pas que quiconque dise qu'il est historien (d'où un procès bien peu à propos ; personne ne fait un tel procès à Sacha Guitry, par exemple).

Je pense qu'une grande part de l'engouement actuel pour Guillemin (qui reste tout de même restreint à un microcosme, faut être honnête) participe du même phénomène que celui pour Stéphane Hessel. C'est un homme âgé, qui présente bien, qui parle bien, qui défend le droit d'être indigné dans une société qui ne connaît que le devoir de se taire, asséné de plus en plus fort depuis une trentaine d'années (du bien-nommé tournant de la rigueur qui brisa les espoirs de pas mal de monde, au sarkozysme pour qui quand il y a une grève, on ne s'en aperçoit plus), et où l'histoire est perpétuellement instrumentalisée et placée au centre du débat politique pour défendre des idées puantes (nationalisme, racisme, bienfaits de la colonisation, justification des offensives guerrières, etc.).

Forcément, un discours stimulant et passionné qui va contre ce discours dominant, ça plaît.

Ca plaît parce que l'espace médiatique ne relaie qu'une infime partie de ce que la recherche historique produit, et bien souvent ses porte-paroles sont les vieux pontes à réseaux, réseaux ou cercles d'influence et de cooptation qui sont un vrai problème dans le milieu universitaire en France, notamment dans les sciences humaines et particulièrement en Histoire (à Paris IV, c'est une méchante critique quand on vous dit que vous faites du Bourdieu ou du Foucault - expérience vécue). D'où une histoire médiatique qui est souvent -de moins en moins sur certains sujets- du bon côté du manche. Quant à Arte, la qualité critique de ses documentaires est encore assez inégale.

Je ne sais pas si Irfan a déjà enseigné, mais pompastel doit bien savoir combien les élèves oublient facilement ce qu'on leur a dit la veille - ne parlons pas alors de ce qui reste d'une année sur l'autre, ou d'une décennie à l'autre. Nous autres profs d'histoire, on baigne dedans en permanence. Ca fait 10 ans que j'ai passé mon bac S, et j'ai tout oublié de ce que j'ai appris en physique. J'imagine que la culture historique des gens dont l'histoire n'est pas le métier est réduite à quelques souvenirs d'école et à ce qui existe aujourd'hui de l'histoire dans l'espace politico-médiatique, ce qui explique cette représentation d'une histoire officielle/dominante de droite (pour simplifier).

Le problème n'est donc pas que Guillemin plaise, c'est qu'il n'y ait quasiment que lui pour porter largement et gratuitement une version "de gauche" de l'Histoire de France (avec toutes les pincettes qu'il faut prendre ; on pourrait dire aussi "du peuple" si ce concept n'était pas si problématique, ou "populaire" à la Zinn - qui a quand même fait un bien meilleur boulot, question rigueur). Si ça pose problème à certains historiens, qu'ils se mettent à produire des émissions, des blogs, n'importe quoi, qui puisse être accessible par tous. D'ailleurs, certains le font (Performances, de Noiriel par exemple). Parce que les bouquins, c'est cher, c'est parfois compliqué à lire, mais surtout long, et pour bien comprendre il faut des bases que tout le monde ne partage pas.

Finalement, on en revient à un problème général : les chercheurs ne "vulgarisent" pas. Et ils râlent quand des non-spécialistes essaient de le faire.
[quote=ALR]"Ça tient dix fois plus la route que tous les ouvrages publiés en 2010 sur la défaite de 1940"

C'est la phrase clef, non ? L'idée est que de l'histoire ouvertement partisane peut être plus pertinente à lire (à un moment donné !) qu'une histoire qui revendique le sérieux non partisan. Tout de même, @si le sait bien car c'est vrai aussi en média : il n'existe pas une chose telle qu'une actu ou que de l'histoire neutre. Vive les partisans déclarés : ce sont les contenus les plus purs à interpréter, ceux où au moins une bonne part des biais sont donnés d'emblée. Quel journaliste de canal se déclarerait comme partisan du capitalisme libéral ? Et pourtant, le sous texte évident de tout ce qu'ils font c'est que c'est l'idéal de l'humanité. En histoire la discipline accentue encore l'effet "cherry picking", c'est à dire où la sélection de sources présentées sous des apparences exhaustives suit toujours une thèse, y compris dans la source "contradictoire" : prenez quatre source montrant quatre verités différentes mais pas directement contradictoire et vous n'avez presque plus de possibilité de faire un texte compréhensible et intéressant. Guillemin ? Il fait des textes très intéressant...
Je ne connais de M. Guillemin que sa conférence sur Robespierre...

Auparavant, j'avais surtout été intoxiquée par les opinions de M. Furet. J'ai bossé dans mes vertes années sur des manifestations de la commémoration de bicentenaire de la Révolution française (ça s'appelait comme ça), et donc, Robespierre (et sa clique) était un tyran sanguinaire et la Révolution un bain de sang, point barre...

Je me demandais quand même pourquoi des gens que j'estimais, comme Jean-Luc Mélenchon par exemple, s'obstinaient à citer Saint-Just et l'HORRIBLE Maximilien, en des termes élogieux... Très étrange... Pourquoi il y avait des rues « Robespierre » comme à Montreuil par exemple, mais ailleurs aussi ? Il n'y a pas de rue Staline ou de rue Adolf...

Par la suite, j'entends une émission de Daniel Mermet « Paris pas perdus» avec Éric Hazan qui racontait une tout autre histoire que celle qu'on m'avait servie toute ma vie.
Premiers doutes sur l'enseignement et la vulgarisation de l'Histoire de France... Seraient-ils idéologiques, par hasard ?

Ensuite, j'ai entendu la conférence de M. Guillemin...

Puis plusieurs émissions d'interviews de Éric Hobsbawm. Tiens, tiens, M. Guillemin ne serait donc pas tout seul ?
Par contre, Éric Hobsbawm n'aime pas trop trop M. Furet, qui lui, n'aime pas la Révolution populaire qui gêne messieurs les bourgeois (Ziiiip ! clac ! couic !)...
Éric Hobsbawm, je crois, est un historien « sérieux». Pourtant, sa vision de Robespierre et de la Révolution en général est assez proche du portrait qu'en fait M. Guillemin.

Tout cela ne serait-il pas qu'un problème d'idéologie politique, voire morale ?

Et on dit que la lutte des classes est morte !
Ma contribution hebdomadaire à la promotion du Monde (au cas où personne n'en aurait parlé jusqu'ici): un dossier Histoire dans le Monde des Livres à l'occasion des rencontres de Blois, avec 2 contributions assez passionnantes sur l'histoire de France et le travail de l'historien. C'est ICI et Là.
Comme quoi, l'Histoire, c'est sans doute encore les historiens qui en parlent le mieux. (on s'en doutait un peu).
"Historien partisan" ; ou comment ce qui aurait dû rester antinomie est de plus en plus un pléonasme.

Je ne sais pas si Guillemin est partial, mais il est en tout cas coupable d'être passionnant.
Henri Guillemin? ses travaux sur la Commune sont excellents... pour le reste, il s'est un peu échauffé les boyaux. Que des commentateurs osent mettre ce Tartarin de Lorant Deutsch sur le même plan, c'est se foutre du monde. Quant à Annie Lacroix-Riz, laissez-moi rire...
De Guillemin, j'aime bien aussi un ouvrage ("Victor Hugo et la sexualité", paru chez Gallimard en 1954) dont personne ne parle et qui vaut bien celui de Souchon... C'est pas triste sur Totor, le vaillant "rhinocéros" à sa Juliette.
Sébastien, votre analyse pondérée et documentée de l"'affaire Guillemin" est un exemple de journalisme. Merci !!
D'autant que je me suis englouti avec passion la plupart des émissions disponibles, jusqu'à une certaine lassitude et quelques doutes, ne pouvant pas recouper les propos de Guillemin avec ceux d'autres sources…
Après tout, je crois que c'est un peu ça, l'Histoire : il est difficile de trouver des vérités incontestables. Il en est de même avec l'actualité, d'ailleurs ; et on peut le constater tous les jours !
Il faut arrêter de vouloir embrigader l'Histoire. Je ne connais pas encore les vidéos de ce monsieur (ça ne saurait tarder) mais personnellement j'ai appris et découvert mille fois plus de choses historiques grâce à un écrivain vif et acéré comme François Cavanna que par les historiens "purs et durs" impartiaux, mornes, qui n'ont jamais un mot plus haut que l'autre car ils recherchent "l'objectivité", notion dont l'existence reste très contestable.
Pataugeant avec délectation dans le Guillemin ces derniers temps, je suis tombé sur cet extrait dont la teneur m'a quelque peu troublé. Je pense qu'il en dit fort long sur les considérations, conscientes ou inconscientes que Guillemin mobilisait dans son travail sur l'histoire et la littérature.

Je serai très curieux de recueillir vos avis. Et pardon par avance si le sujet a déjà été levé dans le forum sur l'émission du père Chouard : absent cet été, je ne suis revenu sur les forums qu'en septembre et ne puis, bien sûr, parcourir les 1300 contributions qui le constituent.

http://www.rts.ch/archives/tv/divers/3448463-celine-vu-par-guillemin.html
[quote=Sébastien Rochat]Grand analyste, pamphlétaire, pas vraiment historien, excellent conteur, mais souvent partial : difficile d'avoir des avis plus tranchés sur Henri Guillemain dont la deuxième vie sur le net semble aussi prometteuse que sa carrière de conteur. Enfin, on peut en débattre (dans ce nouveau forum ?)

Les choses seraient elles en train de changer sur @si?!

Je trouve que cet article résume très bien le débat et pose habilement la question centrale : Qu'est ce qui dérange les historiens concernant Henri Guillemin? Les faits? Difficile de se faire une idée... Guillemin manipulerait ou se tromperait inconsciemment... Mais les faits concrets manquent à l'appel... Probablement parce que Guillemin n'est pas assez célèbre pour avoir susciter la critique!?
Ce qui gêne a priori les historien, c'est qu'il prend parti. Une façon consensuelle de le nommer serait d'utiliser l'expression "historien engagé".

Engagé. Ce terme s'oppose évidemment au constructivisme qui traverse en ce moment les théories de l'apprentissage. Mettre l'individu face aux faits, pour le laisser trouver ses propres réponses. Une façon honnête de voir les choses. Ne pas prendre parti, pour ne pas imposer. Une façon de respecter la liberté de chacun. Et au fond, tout tend à prouver que cela marche... Jusqu'au récent mea-culpa du président de la république, qui après le travail des historiens, reconnaît la faute morale commise par les institutions 50 ans plus tôt.
Quel besoin Guillemin a t-il de nous dire que napoléon était un salaud... Napoléon n'est que le fruit du contexte historique. L'époque appelait un général. Et forcément pas le plus discret, le plus empathique ou le plus patient... Alors quel intérêt de démontrer qu'il était un salaud si le contexte ne pouvait pas laisser une autre personne arriver au pouvoir qu'un salaud...
La morale ça n'est pas le problème de l'histoire, c'est le problème de la philosophie. Et comme cette dernière n'a apparemment rien démontré par A+B, il convient logiquement de garder cette réserve, qui conduit à ne porter aucun jugement sur l'activité humaine.
Le jugement c'est pour les militants. Eux, les Guillemins, les zémmours, les ACRIMEDs, sont bien trop orientés idéologiquement pour qu'on puisse leur faire confiance... Et puis il n'y a aucun moyen de hiérarchiser leur idéologie...

Aller savoir pour quelle raison, j'ai regardé il y a deux jours et pour la première fois le débat Schneidermann/Maler qui date de 2010 (Je n'étais pas abonné à l'époque). Sans porté de jugement sur l'ambition d'acrimed (que je ne connais pas plus que ne me la permis ma dizaine de visite), que j'ai découvert par @si paradoxalement, je constate que DS et ASJ ont clairement signifié a Henri Maler que le rôle du journaliste était clairement de présenter les faits aux publics sans militantisme aucun.
Comment dans ces conditions la fin d'un article posté sur ce site peut-il se terminer par un questionnement sur ce sujet?

Merci à "Vincent" pour le lien sur l'émission avec Bourdieu que je me suis fait dans la foulée et merci à Djac d'être finalement resté, au grand soulagement j'imagine de Pow Wow.
@Potiron et Nonosse : je vous ai cités ici, cet été :-)
http://www.arretsurimages.net/forum/read.php?5,1235096,1245155#msg-1245155
Ce débat dans les forums @si m'avait échappé... merci d'attirer mon attention là-dessus (souvenir, souvenir de l'époque où j'étais un forumeur assidu... est-ce que Fan de canard et tous les autres sont toujours là ? est-ce qu'on y parle toujours de musique austro-hongroise ? ;)

Je ne reviens pas pour faire long. Juste pour indiquer que l'idée de "neutralité la plus objective qui soit" est un leurre positiviste qui a fait long feu, en matière d'histoire comme de beaucoup d'autres choses, depuis un bon siècle maintenant. Il n'y a pas d'observation "neutre" et "objective" - mais il y a des affirmations vraies et fausses. Si je dis : "Cette table est ronde", cela peut être vrai (si elle est effectivement ronde) ou faux (si elle est carrée). Mais ça n'est pas neutre : en disant une chose pareille, je n'accorde en effet d'intérêt qu'à sa forme - et pas à sa taille, le matériau dont elle est faite, sa position dans la pièce, les objets qui se trouvent dessus, sa date de création etc. Je sélectionne un trait parmi mille autres possibles : je ne suis pas neutre. Pour moi, il importe que j'en sois conscient - pour éviter un biais idéologique inconscient ; pour celui qui m'écoute, il importe qu'il en soit conscient aussi, et qu'il analyse les déterminants de ma subjectivité (quel "intérêt de connaissance" justifie que X s'intéresse à la forme la table plutôt qu'à sa couleur ?). L'objectivité n'existe que dans l'objet ; tout discours sur cet objet, émanant d'un sujet, porte la trace de ce sujet. En histoire, cela a donné "l'histoire problème" théorisée par Lucien Febvre (dont on peut pas dire qu'il n'est pas historien, et que c'est un simple pamphlétaire, je pense... ;-), et au nom de laquelle je ne sais plus qui (pardon...) a affirmé qu'il n'y a d'histoire que contemporaine (le point de vue problématique étant directement tributaire du présent) : le passé (comme la table) n'est pas donné, il est construit par l'historien à la mesure de son questionnement (qui se reformule à rebours au fur et à mesure de l'enquête historienne). Lucien Febvre, ce faisant, ne fait qu'inviter à prendre conscience et à assumer ce à quoi même un historien positiviste ne pouvait échapper : la subjectivité inévitable de l'historien comme sujet. Cela veut dire que l'on peut absolument écrire une histoire de la deuxième guerre mondiale sans dire un mot des chambres à gaz : il suffit pour cela d'écrire l'histoire de la guerre sous-marine dans le Pacifique entre les USA et le Japon (par exemple). Cette absence des chambres à gaz dans le discours historien n'indiquant en rien que celles-ci n'ont pas existé (de même que le fait de ne pas évoquer la taille de la table ne veut pas dire qu'elle n'a pas de taille... !).

La distinction entre vérité et objectivité est essentielle. Je peux partager le questionnement de l'historien, le point de vue qu'il adopte pour configurer la sélection de ses sources et la lecture qu'il en donne, sans souscrire à son propos : car il dit peut-être des conneries - parce qu'il n'a pas consulté toutes les sources nécessaires, qu'il les a mal critiquées, qu'il les a mal lues, qu'il en a tordu le sens. Or c'est le biais de Chouard : il évalue la vérité d'un discours en fonction du point de vue adopté par son énonciateur. Quiconque partage son hypothèse idéologique dit des choses vraies ; les autres profèrent nécessairement des menteries. Or une subjectivité ne peut-être l'indicateur d'une vérité. Adopter ce genre d'attitude est dangereuse (sur un plan épistémologique), et regrettable (sur un plan personnel, car c'est l'assurance de ne jamais évoluer dans ses convictions, que l'on a de cesse de vouloir vérifier et conforter). "La France est un pays très endetté" est un fait que l'on ne peut pas balayer au seul prétexte que l'Aphatie qui l'énonce ne l'énonce que pour le regretter et prôner des politiques d'austérité. On peut souscrire au fait, sans souscrire au problème qui a conduit à sa constitution. L'inverse est aussi vrai : on peut considérer que Napoléon est un salaud, sans pour autant tenir pour nécessairement vrai qu'il fut incestueux.

Le hic, c'est que Guillemin se masque comme sujet problématisant son enquête et construisant ses sources. Il masque son lieu d'énonciation et dévoile son "histoire problème" sous la forme d'une "histoire récit" (contre laquelle s'est pourtant constituée l'histoire problème : http://artic.ac-besancon.fr/lp_lettres/publiacad/itineraire/itineraire4/tabproblematik.pdf).

L'autre hic, c'est que Guillemin, dans le format oral qu'il adopte, ne peut s'assujettir à l'exigence fondamentale de référencer ses sources. Il tient parfois à appuyer la véracité de son discours sur l'autorité d'une source, en prenant un papier dans ses notes, dont il fait lecture ; mais il ne communique pas les références de cette source. Le téléspectateur n'est donc jamais en mesure de vérifier les propos de Guillemin, et de critiquer son propos. Tronque-t-il une citation ? C'est possible, probable même. Mais il faudrait reprendre l'ensemble des citations auxquelles il procède, retrouver leur source putative, et vérifier la troncature. Tâche pas si colossale, mais il faut le temps pour le faire. Et Pompastel, comme nous tous, est contrainte de dire : je n'ai pas d'exemple précis.

Ces deux hic tiennent tous deux du dispositif adopté par Guillemin : l'émission télévisuelle, qui oblige au récit, et empêche le référencement.

Bon débat, les amis ! ;)
Ce que je ne comprends pas, c'est que le débat devrait porter sur "secret d'histoire" et autre Laurent deutsheries télévisuelles qui peoplelisent l'Histoire, nous la rendent agréable (ce qu'elle est intrinsèquement) par maints petits récits de faits-divers, et sur l'absence flagrantes d'émissions plus pertinentes et mettant les pieds dans le plat telle qu'on a connu ou qui existent à la radio, face à elles.
"Histoire parallèle" de Marc Ferro et vlan on fait taire ceux qui en appelle à de la neutralité bidon.

On est dans une époque où on nous vend de l'histoire décaféinée, mais re-caféinée.

C'est une tendance globale.
Les rues en sens unique, contrarier nos élans, masquer l'autoritarisme idéologique (3 mois d'attente pour une ivg sous délai), allemand LV1 pour être dans un groupe d'élèves de bon niveau, raté! c'est l'escalade 2 langues vivantes en 6ème/latin/grec, on ne sait plus quoi faire comme option littéraire..., tout ça pour finir en S, c'est risible.

Il faut absolument trouver un nom à la maladie mentale qu'on va créer, la communicalite? Qui nous fourvoie dans des débats en décalage intellectuel total.

Modif: quand je m'énerve j'oublie plein de mots.

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J'ai été soufflé par sa vision du centre gauche qu'il nous dévoile à partir de sa série sur la Commune, mais également dans celle intitulée "l'autre guerre". Difficile après cela de ne pas y voir une continuité avec notre histoire politique contemporaine.
Et tous les autres véritables historiens sui s'attardent avec grand larmes sur les terreurs rouges tout en passant sous silence les terreurs blanches que sont-ils au juste ? Des historiens officiels ? Pourquoi ne les qualifie-t-on jamais d'historiens partisans ceux là ?
Comme toujours ceux qui bousculent sont voués aux gémonies. Il y a bien lontemps que les vrais spécialistes ont dénoncé "la fabrique scolaire de l'histoire" editions Agone Passé et Présent. Mais ne doutons pas que les partisans de la fabrique vont se déchaîner tout comme les partisans de l'information polissée.
Ca existe, l'Histoire sans parti pris ??
Bon, il est clair qu'il n'est pas considéré comme un véritable historien, y compris par les "pointures" qui apprécient son travail. Le débat semble donc clos, contrairement à ce que dit l'article.
Ça c'est de l'esprit de synthèse :-)

Bon, il est clair qu'il n'est pas considéré comme un véritable historien, y compris par les "pointures" qui apprécient son travail. Le débat semble donc clos, contrairement à ce que dit l'article.


Dans l'entretien "Guillemin intime" sur le site de la RTS, jamais, de mémoire, il ne se revendique comme tel. C'est avant tout, de formation, un critique littéraire.
C'est pour ma part Chouard qui me l'a fait découvrir et j'ai été scotché alors que l'Histoire m'a longtemps rebuté.
Je pense, mais c'est une interprétation subjective et personnelle, qu'il sait lui-même qu'il n'est pas objectif sur certains points, sa gestuelle même le démontre. Dans la série sur Napoléon, il le dit : "j'ai eu beau chercher, je n'ai rien trouvé qui ait démontré un peu de hauteur" ou quand il déclare "ne pas chercher la polémique" avant de tenir un propos qu'il sait l'être. Même chose sur Jeanne d'Arc, il se réapproprie le personnage, la fait même parler parfois, et ne cache pas son empathie.
Ceci dit, quand il rapporte par le biais de notes des faits en contradiction totale avec des auteurs qu'ils citent et qui rapportent l'inverse, personne ne songe à leur porter la contradiction à eux en leur adressant les mêmes reproches. C'est étonnant.
Des séries disponibles sur le site, c'est le passage sur Jules Ferry qui m'a le plus marqué. Ferry célébré pour l'école gratuite, mais Ferry également colonisateur, remplaçant les curés en perte d'influence par les instituteurs, chargés [s]d'éduquer[/s] de dresser les enfants à être sages, bien travailler sans réclamer, et faire la guerre (pour les possédants) quand le besoin se fera sentir. J'ai trouvé ça intéressant parce que jamais présenté sous ce jour.
De même sur la grande révolution "émancipatrice" de 1789 qu'on nous vend à l'école, et qui n'a été qu'une révolution bourgeoise et opportuniste où le peuple a fini cocu et maté à coups de canons.
Sa vison de Robespierre est aussi intéressante, elle s'éloigne de l'image d'égorgeur fanatique et manipulateur qu'on lit partout. Il prend parti sans s'en cacher quand, dans un entretien, il rapporte des propos rapprochant Napoléon et Robespierre en s'exclamant "outrage à la mémoire de Robespierre", ou quand il décrit Bonaparte tantôt pieuvre tantôt vampire.
Il ne s'agit pas de tout prendre pour argent comptant ni de tout considérer comme parole d'évangile mais je pense que pour toute personne désireuse d'enrichir sa réflexion, Guillemin reste une grande découverte, précieuse, et vivifiante, qu'on soit d'accord ou pas.
Dans sa dernière interview où il est assez âgé, quand on lui demande si la mort lui fait peur, il répond que ce qu'il craindrait le plus, c'est de perdre sa capacité d'indignation. Je suis prêt à pardonner toutes les erreurs à un type qui, à cet âge et alors qu'il n'a rien à y gagner, garde cette capacité là. Rester engagé quand tout pousse à devenir indifférent, ça mérite d'autres qualificatifs que celui de "clown" employé par l'imbécile du forum d'histoire visé dans l'article.
J'ai été soufflé par sa vision du centre gauche qu'il nous dévoile à partir de sa série sur la Commune, mais également dans celle intitulée "l'autre guerre". Difficile après cela de ne pas y voir une continuité avec notre histoire politique contemporaine.
C'est pour ma part Chouard qui me l'a fait découvrir et j'ai été scotché alors que l'Histoire m'a longtemps rebuté.

Bah, c'est dommage, ça ! Mais quel contact avez-vous eu avec l'histoire (sans H, à moins que vous ne parliez du magazine ? :-)) qui vous rebute à ce point ? Si c'est effectivement ces mini-séries sur des grands personnages illustres en racontant un peu n'importe quoi sur eux, je vous comprends. L'histoire-bataille et l'histoire des rois, c'est rigolo deux secondes quand on est gosse, mais c'est vite triste. D'ailleurs je suis étonné que des gens très engagés à gauche (Chouard, Lacroix-Riz - elle-même bien mal vue par beaucoup d'historiens pourtant non suspects d'être de droite ou sociaux-traîtres - ou cerains @sinautes) soient emballés par des récits télévisés sur des grands hommes & grandes femmes, tous européens évidemment, et déjà ultra-connus, of course.
L'histoire apporte bien plus que ça, elle se renouvelle très souvent, et elle éclaire beaucoup de choses, avec de passionnants débats ! Quand je vois le nombre de personnes qui ne connaissent pas l'histoire impériale américaine aux Philippines et à Cuba, les guerres d'Insulinde, le génocide des Hereros, les "femmes de réconfort" raptées par les troupes japonaises, les massacres de Sétif et Guelma, la révolte de Madagascar 1947, la guerre de la France au Cameroun, la sécession du Katanga et l'assassinat de Dag Hammarskjöld... mettre en avant la sexualité de Napoléon apporte-t-elle un vrai plus sur notre compréhension du monde ?

Quant à Ferry, il est TOUJOURS présenté sous les deux aspects : Ferry-laïque et Ferry-Tonkin. A la fois un laïcisateur (bien plus pragmatique que ce qui est souvent dit, le mythe de "l'hussard noir" est battu en brêche depuis longtemps) et un affairiste colonial.
Certes, à l'époque d'Henri Guillemin, ce n'était pas toujours le cas (encore que le Ferry colonisateur était bien connu)

Quitte à comparer avec Decaux, il faut reconnaître à ce dernier qu'il écrivait en s'assumant "pour les enfants" ou "le grand public". Et j'ai un excellent souvenir de son "Histoire de France racontée aux enfants", lue quand j'étais petit, où il parle des peuples, Gallo-Romains et consorts. C'est très simplifié, incarné, pour des enfants, mais ça ne se limite pas aux grands hommes.

Ce que dit Chouard sur "l'histoire officielle" est bizarre, dépassé, comme Guillemin semble déjà l'être en 1972 (en tout cas l'extrait montré est un peu ridicule, il défonce des portes ouvertes).
En tout cas, tous deux semblent tenir à une histoire très vieille et engoncée, quoi qu'ils en disent. Se concentrer uniquement sur le petit bout de monde qu'est la France, c'est fini depuis longtemps.
Et puis si Chouard découvre "la vraie histoire de la Commune" grâce à ce type, c'est triste pour Chouard, c'est tout.
Et puis si Chouard découvre "la vraie histoire de la Commune" grâce à ce type, c'est triste pour Chouard, c'est tout.

Ah merci pour ce témoignage, plus de 2500 messages que j'espère que les @sinautes (surtout français, donc) vont enfin se décider à examiner leur représentation figée de l'histoire.
Formulé comme ça, possible que vous soyez plus convaincant.
Et puis si Chouard découvre "la vraie histoire de la Commune" grâce à ce type, c'est triste pour Chouard, c'est tout.

Bon sang, ça commence à me courir sur le haricot des trucs comme ça.

En quelle langue il va falloir le dire ? Avec quelles interjections ? Faut causer moderne ? Genre : « l'histoire mes profs m'ont dégoûté ma race avec, nique sa mère, c'est bidon l'histoire, la vie d'ma mère, qu'est-ce tu me fais chier avec l'histoire, enculé ».

Voilà où j'en étais, avec l'histoire, personnellement, une longue série de conneries à apprendre par coeur, couplée avec cette putain de géographie de merde. Pareil pour la philo vécue comme une torture dispensée par un trou du cul qui commençait invariablement ses cours par « Ouvrez votre Livre à la page tant, aujourd'hui on va faire les Nihilistes », putain de sa race. Dans la classe d'à côté (les deux littéraires, la mienne orientée "artistique"), le leur de prof faisait des trucs comme « Ouvre le journal, qu'est-ce que tu lis dedans ? » Eux ont tous eu la moyenne au Bac, j'ai eu 4, je pense juste pour la quantité.

Et quand on part sur des a priori comme ça, on s'imagine évidemment qu'un peu plus tard, adulte et tellement plus intelligent, on va rattraper toute cette bouillasse pourrave qu'on nous a fait ingurgiter à l'entonnoir, qu'on va s'ouvrir comme des fleurs au printemps à tout le savoir disponible, qu'on va dépasser naturellement le piétinement subi enfant, qu'il ne tient qu'à nous de nous gaver de tout ce savoir tellement disponible, tellement évident...

C'est triste pour Chouard, c'est triste pour moi, c'est triste pour vous qui passez l'agreg avec ce genre de truc dans la tête.

Franchement, merde.
Franchement, merde.

Dites donc, vous allez pas m'engueuler par ric hochet, quand même !?!
;-)


N'empêche, cette phrase : Et quand on part sur des a priori comme ça : ça fait ça à tout le monde, l'impression que l'autre est pétri d'a priori :-)
Mes excuses, je parlais de mes a priori, de ceux que l'Éducation a pris soin de m'inculquer. Et je m'adressais (principalement) à Irfan, désolé.

Mais je décroche (ou déserte), continuez sans moi.
Oui, mais votre phrase fonctionne aussi dans le sens des a priori qu'on pourrait avoir, quand on a reçu une initiation en histoire intéressante et ouverte, sur la possible facilité à rattraper toute cette bouillasse pourrave(...).

Je pensais que vous entendriez un clin d'oeil, - voire un chouïa d'auto-dérision, question de timing - désolée aussi.
Gemp ( sa mère!) a on ne peut mieux résumé l'avis et les connaissances moyennes sur le sujet. j'en étais également à ce stade. Alors c'est vrai qu'on peut toujours prendre un air dédaigneux et dire " c'est dOomâââge de ne pas connaitre untel untel et untel" mais c'est ainsi.

Par contre Ric Hochet je connais. Et franchement il n'y a pas de quoi se vanter.
Ah, bah moi j'étais en S, je suis allé à 1/3 des cours de philo parce que ma prof était nulle, effectivement (et j'ai eu 16 au bac), j'allais à tous ceux d'histoire et lisais mon livre, et regardais déjà sur le net quand j'avais besoin de choses en plus.
A un moment, il faut peut-être se dire que :
- l'histoire enseignée au lycée, ce n'est peut-être pas "l'histoire" : quand on doit faire passer à des classes de 30-40 adolescents des notions importantes, avec lesquelles on n'est pas forcément familier (un jeune prof ayant lui-même été étudiant en histoire ancienne n'est pas forcément au point sur colonisation/décolonisation), en très peu d'heures, et avec des consignes, bah on fait simple
- quand on est plus grand, on peut s'acheter des livres. Oui, ça ne tient pas qu'à nous, mais je vois mal comment on peut à la fois prétendre en chercher plus en histoire, et arriver à penser que ce genre de choses que Guillemin propose, c'est mieux.

Mais je laisse ceux que ça intéresse à la vie sexuelle de Napoléon, aux lubies de Jeanne d'Arc, et à l'enrichissement personnel de tel ou tel banquier.
...mais je vois mal comment on peut à la fois prétendre en chercher plus en histoire, et arriver à penser que ce genre de choses que Guillemin propose, c'est mieux.

Mais je laisse ceux que ça intéresse à la vie sexuelle de Napoléon, aux lubies de Jeanne d'Arc, et à l'enrichissement personnel de tel ou tel banquier.


en tt cas j"espère que vous ne faites pas, en l'histoire les raccourcis que vous faites ici.
Voila le discours de quelqu'un qui a de vastes temps de loisir. Ce qu'il faudrait, c'est que ce soit Franck Lepage qui vous réponde sur le sujet. :-)
En quelle langue il va falloir le dire ? Avec quelles interjections ? Faut causer moderne ? Genre : « l'histoire mes profs m'ont dégoûté ma race avec, nique sa mère, c'est bidon l'histoire, la vie d'ma mère, qu'est-ce tu me fais chier avec l'histoire, enculé ».

Voilà où j'en étais, avec l'histoire, personnellement, une longue série de conneries à apprendre par coeur, couplée avec cette putain de géographie de merde. Pareil pour la philo vécue comme une torture dispensée par un trou du cul qui commençait invariablement ses cours par « Ouvrez votre Livre à la page tant, aujourd'hui on va faire les Nihilistes », putain de sa race. Dans la classe d'à côté (les deux littéraires, la mienne orientée "artistique"), le leur de prof faisait des trucs comme « Ouvre le journal, qu'est-ce que tu lis dedans ? » Eux ont tous eu la moyenne au Bac, j'ai eu 4, je pense juste pour la quantité. Et quand on part sur des a priori comme ça, on s'imagine évidemment qu'un peu plus tard, adulte et tellement plus intelligent, on va rattraper toute cette bouillasse pourrave qu'on nous a fait ingurgiter à l'entonnoir, qu'on va s'ouvrir comme des fleurs au printemps à tout le savoir disponible, qu'on va dépasser naturellement le piétinement subi enfant, qu'il ne tient qu'à nous de nous gaver de tout ce savoir tellement disponible, tellement évident...

Et voilà comment l'école fait des traumatisés. Et ce que vous dîtes est juste, même si j'ai tendance à penser qu'il peut y avoir une pédagogie écoeurante, mais il y a aussi le désintérêt naturel de l'ado qui s'intéresse à autre chose à son âge. Je précise qu'aujourd'hui, la pédagogie s'est considérablement modifié, avec du travail sur documents, avec l'usage des TICE, avec des sorties sur le terrain, etc.

Mais il faut bien distinguer l'histoire scolaire de l'histoire universitaire.
Je vous trouve tout de même un peu condescendant, Irfan.

Il serait bon de ne pas oublier que la majorité des Français n'ont de contact avec l'histoire que les souvenirs des cours qu'ils ont eus à l'école - un enseignement qui dépend à la fois des programmes et des professeurs (et de la formation de ces derniers). Quant à ceux qui ont poursuivi des études en histoire, faut voir dans quelle fac et sur quels professeurs ils sont tombés (Paris IV n'est pas vraiment un exemple de pluralisme idéologique à cet égard, par exemple). J'ai passé mon bac en 2001, c'était donc il n'y a pas si longtemps, et n'ai jamais eu avant cela accès à quelque méthode d'analyse critique des sources et des documents. La Commune, je n'en avais jamais entendu parler. Robespierre était un tyran sanguinaire, la Terreur annonçait le nazisme, Ferry défendait seulement la laïcité, Napoléon était l'inventeur de la France moderne et de Gaulle était un saint homme.

Peut-être n'ai-je pas eu les bons professeurs ; il n'empêche, cet enseignement de l'histoire est une réalité. Les programmes n'ont amorcé un tournant que très récemment, vers l'histoire sociale, l'histoire des femmes, l'histoire des représentations, etc. J'ai découvert le versant critique un peu en prépa, et essentiellement en faisant ma maîtrise et en préparant les concours de l'enseignement par la suite.

Donc que certains, comme Chouard, découvrent de nouvelles perspectives grâce à Guillemin en surfant sur internet, je ne puis qu'applaudir pour peu qu'ils aillent voir plus loin après. Ce qui me plaît, pour ma part, chez "ce type", c'est le récit, la vibration, l'engagement, et un côté "si versailles m'était conté" du côté du peuple, que je trouve charmant. Enfin, "se concentrer sur le petit bout de monde qu'est la France", c'est, je pense, un bon début, surtout si c'est dans la perspective de mettre face aux granzommes ceux, tellement plus nombreux, dont on ne parle jamais vraiment. Ca n'empêche pas de voir aussi ce qui se passe ailleurs.
J'ai passé mon bac en 2001, c'était donc il n'y a pas si longtemps, et n'ai jamais eu avant cela accès à quelque méthode d'analyse critique des sources et des documents. La Commune, je n'en avais jamais entendu parler. Robespierre était un tyran sanguinaire, la Terreur annonçait le nazisme, Ferry défendait seulement la laïcité, Napoléon était l'inventeur de la France moderne et de Gaulle était un saint homme.

Peut-être n'ai-je pas eu les bons professeurs ; il n'empêche, cet enseignement de l'histoire est une réalité.

J'ai passé mon bac en 2005, ça ne fait pas une énorme différence, et j'ai entendu parler de la Commune, on a peu bossé sur la Révolution et l'Empire mais j'en ai un souvenir plus pluraliste - et en tout cas aucunement lié au naziste, votre prof devait être un sacré réactionnaire -, et je suis quasiment certain que le célèbre discours colonialiste & raciste de Ferry (et la célèbre réponse de Clemenceau) figurait déjà dans les manuels.
Cela dit, mon prof avait participé à la "Marche des Beurs" de 1983, il était encore assez jeune, je veux bien imaginer que d'autres élèves passent à côté de tout cela.

Quant à de Gaulle par contre, d'accord avec vous, c'est sans doute encore trop proche pour que l'opinion générale reconnaisse en lui l'antidémocrate et raciste qu'il était. Ayant travaillé sur Monnerville (mon arrière-grand-oncle, hélas si peu connu :-)), mais aussi un peu étudié les conditions de la Libération, ou ses rapports avec les Antilles, avec la Nouvelle-Calédonie, avec certaines autres colonies, et enfin son attitude pendant la guerre d'indépendance algérienne, je corrige toujours quelqu'un qui, dans une discussion, me dirait du bien de De Gaulle. (enfin de juin 40 à l'année 45, on peut mettre un peu sous le boisseau ses réactions antisémites, racistes, ou d'orgueil franchouillard, il a quand même fait du bon boulot dans l'ensemble !)

Bref : les manuels d'histoire ont des contraintes chiantes à maîtriser, mais beaucoup sont très bien faits, il faut juste les lire. Les magazines d'histoire existent et sont tous disponibles gratuitement en bibliothèque (L'Histoire, c'est très bien fait en général), et maintenant on a même d'excellents sites d'histoire sur le net, et beaucoup d'articles de recherche accessibles gratuitement - mais, je le concède, souvent très mal faits pour la vulgarisation. Beaucoup de livres bien faits sont disponibles pour pas très cher. Il y a donc bien de quoi se renseigner pour qui le veut.

Si le ton était condescendant (j'ai pourtant fait attention !) ce n'était alors que face au ton plus méprisant, et violent, de ceux qui pensent avoir tout découvert et dévoilé. J'espère sincèrement que Guillemin savait que ce qu'il disait n'était pas totalement juste, et que Chouard connaissait la Commune avant de regarder sur son téléphone portable des émissions de télé suisse d'il y a 40 ans. Alors pourquoi font-ils comme si rien n'avait existé avant ?
AirOne, je suis totalement en phase avec votre façon de décrire ce que l'on ressent en écoutant Guillemin.
Je n'ai pas de formation d'historien et je veux bien accepter que sur chaque sujet il existe un ouvrage de référence non signé par Guillemin.
Pour ma part j'avais assisté à une conférence de HG en 1971 sur la Commune,et j'avais été ébloui par son talent. J'ai même retrouvé mes notes...
J'avais oublié le bonhomme et c'est l'interview de Chouard qui m'a remis sur sa piste.
Il se trouve qu'on m'a donné il y a quelques années un livre de l'historien Jean Savant sur Bonaparte dont il est un des spécialistes.
Ce Jean Savant se servait de toutes les correspondances privées disponibles, des mémoires et des confidences écrites d'époque pour tracer un portrait de Bonaparte très différent (ou plus complexe si l'on préfère) de tout ce qu'on nous apprend sur lui en ne gardant que ses faits militaires et actes d'administration du pays.
Il se trouve que le portrait psychologique du personnage ressemblait furieusement à celui de Nicolas Sarkozy (que Jean Savant n'a pas connu). J'ai ainsi compris pourquoi de nombreux auteurs ont comparé ce dernier à Bonaparte, et sans doute comment une bande de copains et de courtisans (Clavier-Napoléon, Depardieu,Gallo etc) ont contribué à persuader Nico qu'il serait le Bonaparte du 21 ème siècle.
Bref, arrivent les conférences de HG sur la RTS, et je me précipite sur les 12 racontant Bonaparte et Napoléon.
Et celà a été le même bonheur que de lire J Savant. Parce que comme ce dernier HG cherche une vérité du personnage au travers des correspondances elles-mêmes. Et j'attend de ses détracteurs qu'ils nous disent que ces lettres et ces témoignages directs et d'époque n'existent pas.
Autre choses: tous les professionnels qui sont amenés à faire des diagnostics, médicaux mais aussi techniques, savent qu'il faut recueillir des faits, des signes ou des symptômes, qu,i ordonnancés et hiérarchisés proposent un diagnostic.
Quel plaisir intellectuel, quand tous les signes nous mènent à un diagnostic qui "sent" le vrai, la bonne explication.
Quand encore ce mois ci, j'entend à la radio un quidam affirmer que "Bonaparte, ami de Robespierre était un révolutionnaire", j'ai la désagréable sensation que ce "diagnostic" n'est pas le bon.
En revanche la trajectoire de Bonaparte restituée par HG ou J Savant me parait plus réaliste et explique mieux comment on peut être un général issu de la Révolution et se faire nommer consul à vie puis empereur.
Il ne s'agit pas de tout prendre pour argent comptant ni de tout considérer comme parole d'évangile
C'est un minimum, en effet.
Ensuite, il faut passer à des travaux approfondis et méthodiques.


qu'on soit d'accord ou pas.
Le problème n'est pas, à mon sens, d'être d'accord ou pas, c'est un problèmede vérité historique et méthodique.
Mais je sens que je vais me faire allumer par tous les pontes philosophiques du forum.
Mille excuses de m'auto-citer, mais ça ira plus vite et ça clarifiera peut-être, surtout si on prend la peine de se rappeler quand Guillemin s'exprime, pour quel genre de (grand)public, et contre quoi :

Si on contextualise le travail d'Henri Guillemin, c'est sans doute très bien qu'il s'y soit pris de cette manière. Le bilan de ses publications et conférences est très largement positif, il y a quelque chose de très sain dans sa mauvaise foi qui, paradoxe à part, renforce l'idée qu'il est un honnête homme.
pompastel, 02/09/2012

Se crisper sur une angélisation de Guillemin est inutile, il vous tend une série de fils multicolores, déroulez les pelotes. Dans ce cas, ses postures de polémistes n'auront pas été vaines, cette fécondité-là est ce qui peut arriver de mieux à sa mémoire si on tient à tout prix à la célébrer.
pompastel, 22/09/2012


Quoi quoi quoi, Sébastien, vous n'avez pas pris la peine de tout relire et de tout réécouter de ce qu'a produit Guillemin afin de proposer une analyse technique de sa méthodologie ?
Quelque chose me chuchote avec insistance que vous en auriez le potentiel (mais sans doute pas le temps, vous non plus ) :-)
?
Depuis quand Guillemin est-il suisse ??

il a toujours ete francais il me semble : Il a meme ete attache culturel a l'Ambassade de France en Suisse

c'est a cause d'attaques a son encontre qu'il est alle se refugier a Neuchatel en Suisse
Annie Lacroix-Riz, comme modèle d'objectivité, on fait vraiment mieux. Mais je vois que je ne suis pas le seul à le rappeler.
Lacroix-ruiz n'est pas précisément un modèle parmi la communauté historienne, notamment sur son usage des archives : de nombreuses critiques lui ont été adressées à ce sujet sur son bouquin sur les origines de la défaite de 40 (où elle oublie des "détails" comme le pacte germano-soviétique de 39...).
J'ai été fasciné de découvrir qu'elle était du reste une égérie de Cheminade et Solidarité et progrès. Sur les forums d'historien, tapez son nom et vous trouverez quelques critiques virulentes et détaillées sur ses méthodes historiques...
"Dans l'histoire des forums d'Arrêt sur images, il y avait le 11 septembre (1 247 messages à ce jour pour une émission qui date de 2008). "
Il y eut aussi le forum "Michel Serres" fermé d'autorité par Mireille avant d'atteindre l'insupportable limite de 1000 messages.
rien de tel que l'histoire de France racontée par un non-Français.
Evidemment que Guillemin a un parti pris, ça fait même toute la saveur du personnage, surtout quand il déclare avant "attention, mon intention n'est pas de faire de la polémique". A ce petit heu là on peut alpaguer à peu près tout le monde.
Dans son genre, Lorant Deutsch aussi a torché un bouquin sur Paris rempli de parti pris, ça n'a pas empêché les plumitifs d'applaudir et la téloche d'adapter son naveton sans aucun recul et quasiment personne n'a relayé les critiques le concernant...
S'il y a des poux à chercher dans les têtes des historiens, mon avis est que Guillemin n'est pas prioritaire sur la liste, loin s'en faut !
Vive Henri, vive son talent, vive son esprit de rébellion, vive ses indignations !
Pour avoir torpillé Sollers avec classe et humour, il a ma gratitude éternelle !
je ne connais pas guillemin mais déjà j'aime bien.
Bon,

Je faisais parti des détracteurs d’Henri Guillemin… Je le suis toujours. Donc pas la peine d’en faire un fromage.

Je viens de commencer Les origines du totalitarisme d’Hannah Arendt qui a une formation de philosophe, découverte de mes tribulations médiapartiennes. C’est vieux aussi (années 50). C’est un mélange des genres aussi (histoire, philosophie politique et opinions personnelles). C’est anti-conformiste à souhait (le premier chapitre du premier livre, L’antisémitisme, par exemple se consacre à démonter les analyses simplistes et autres lieux communs sur l’explication de la Shoah).

Et c’est une sacrée claque.

En tout cas rien à voir avec ce que j’appelai « l’érudition » de Guillemin, c’est-à-dire des connaissances inutiles. Là, non seulement on en apprend beaucoup sur l’histoire en général, sans se concentrer sur une très courte période comme le fait Guillemin, mais au contraire en étudiant les « mouvements de fonds » (c’est essentiellement les XIXe et XXe), mais en plus on acquiert d’excellentes clefs de compréhension du monde présent : sur le racisme, le nationalisme, pourquoi les Français sont si obsédés par « l’intégration », etc.

C’est difficile à lire comme je n’ai aucune formation historique, philosophique ou politique. Alors, y’en a-t-il qui connaissent ? Qu’en pensent-ils ? Le côté Histoire est-il solide ? Impossible de me faire un avis critique pour l’instant, j’espère que ça viendra avec le nombre car j’ai résolument l’idée de perséverer avec d’autres auteurs.
Sa conférence sur Robespierre est particulièrement brillante. Orientée mais brillante !
Si on trouve que Guillemin est méchant avec Napoléon, c'est qu'on n'a pas lu ce livre de Roger Caratini :

http://www.herodote.net/Une_biographie_decapante-article-199.php

Qui montre avec éclat que jamais un Corse ne dira de bien d'un autre Corse :-)

(S'il y a des Corses ici, je risque de me retrouver avec un contrat sur les endosses, hein ! Patapé, tranzit ! Ou alors, avec une coquille d’œuf !)
[quote=Sebastien Rochat]L'@sinaute Mlemaudit en est "fan".



http://img4.hostingpics.net/pics/741218TVNtshirtbcviergenoir1225675410.jpg
Mais s'il s'emporte sur les relations incestueuses de Napoléon (dont on se fiche royalement en vérité), cela umplique-t-il que Guillemin dit n'importe quoi sur la création de la Banque de France (qui me paraît assez indépendant de ses histoires intimes et autrement plus explosif)?
Ahaha ! Excellent. Merci pour cette analyse.

Il est sûr qu'elle va être joyeusement disséquée ici ^^
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